La poursuite réclame l'internement de Breivik

Anders Behring Breivik, lors de son arrivée à... (Photo:  Daniel Sannum Lauten, AFP)

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Anders Behring Breivik, lors de son arrivée à son procès, au palais de justice d'Oslo.

Photo: Daniel Sannum Lauten, AFP

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Tuerie en Norvège

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Tuerie en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

Pierre-Henry Deshayes
Agence France-Presse
Oslo

Le Parquet norvégien (la poursuite) a requis jeudi l'internement psychiatrique de l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, estimant qu'il y avait suffisamment de doutes pour le tenir pour pénalement irresponsable des attaques qui ont fait 77 morts l'an dernier en Norvège.

Si la Cour devait conclure différemment sur la santé mentale de l'accusé, celui-devrait être condamné à 21 ans de rétention de sûreté, une peine qui permet en fait de maintenir un individu en prison indéfiniment tant qu'il est considéré comme dangereux, a ajouté le procureur Svein Holden.

« Notre demande est qu'il soit contraint de suivre des soins psychiatriques » dans un établissement fermé, a déclaré M. Holden au terme d'un réquisitoire de près de trois heures.

« Si le tribunal conclut (...) que Breivik est responsable, le Parquet estime que les conditions pour la rétention de sûreté sont remplies », a-t-il ajouté. Dans ce cas subsidiaire, « il n'y a aucun doute que Breivik doit recevoir la peine la plus sévère, 21 ans de rétention de sûreté », a-t-il précisé.

Avant d'être menotté et reconduit par les policiers, Breivik s'est levé et a fait son salut d'extrême droite, en portant son poing fermé sur la poitrine puis en tendant le bras droit, dans un signe de bravade vis-à-vis de l'accusation.

Le 22 juillet 2011, il avait ouvert le feu sur des jeunes travaillistes réunis en camp d'été sur Utoya, faisant 69 morts, des adolescents pour la plupart. Juste auparavant, il avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, tuant huit autres personnes.

Pour justifier sa demande d'internement, le Parquet a invoqué une expertise officielle de deux experts qui ont conclu que Breivik souffrait de « schizophrénie paranoïde », un diagnostic suffisant, aux yeux des procureurs, pour jeter le doute.

Cette évaluation officielle a ultérieurement été contredite par une contre-expertise et par l'ensemble des autres psychiatres appelés à témoigner au tribunal d'Oslo, y compris ceux qui ont observé Breivik en détention.

Contrairement aux deux auteurs de la première évaluation, tous ces spécialistes se sont entendus pour dire que l'extrémiste de 33 ans présentait des troubles de la personnalité - une condition insuffisante pour éviter la prison -, mais pas de psychose.

Avant de condamner un individu à la prison, les juges doivent être convaincus qu'il est pénalement responsable au-delà du doute raisonnable, sans que l'on sache précisément où la barre se situe. Ce doute doit alors jouer en faveur de l'accusé, passible dès lors de la peine jugée la plus douce.

« Nous ne sommes pas convaincus ni sûrs que Breivik est (pénalement) irresponsable, mais nous sommes dans le doute », a souligné M. Holden.

La santé mentale de Breivik a été la question centrale du procès qui s'achève vendredi avec la plaidoirie des avocats après 10 semaines de procédure.

La défense devrait quant à elle demander l'acquittement puisque l'accusé a choisi de plaider non coupable ou, à défaut, qu'il soit reconnu responsable et condamné à la prison.

Tenant à être reconnu sain d'esprit pour ne pas voir son idéologie invalidée par un diagnostic pathologique, Breivik estime qu'un internement psychiatrique serait « pire que la mort ».

Selon un sondage paru jeudi, près de trois Norvégiens sur quatre estiment qu'il est suffisamment sain d'esprit pour être condamné à la prison plutôt qu'à un internement psychiatrique.

En dernier ressort, il reviendra aux juges de trancher la délicate question de la responsabilité pénale dans leur verdict attendu le 20 juillet ou le 24 août.

 




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