Kailash Satyarthi: la capacité de s'indigner

Kailash Satyarthi prend une pause pendant qu'il s'adresse... (Photo Bernat Armangue, Associated Press)

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Kailash Satyarthi prend une pause pendant qu'il s'adresse aux médias à son bureau de New Delhi après avoir reçu le prix Nobel pour la paix.

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Isabelle Hachey

Au printemps 2013, Kailash Satyarthi m'a accueillie dans son bureau de New Delhi pour parler des enfants réduits à l'esclavage en Inde. Un sujet qu'il connaît par coeur, pour en avoir fait le combat de sa vie. Grand et élégant dans sa tunique blanche, l'homme de 60 ans, qui milite depuis plus de trois décennies, s'exprimait avec la passion et l'indignation des premiers jours.

Au cours de l'entrevue, M. Satyarthi - qui a reçu hier le prix Nobel de la paix conjointement avec la Pakistanaise Malala Yousafzaï - a eu un mouvement brusque qui l'a fait grimacer de douleur.

La veille, il avait pris part à une opération de sauvetage dans un atelier clandestin de New Delhi. Il y avait eu une bousculade et, dans la mêlée, M. Satyarthi avait été blessé à l'épaule. Malgré tout, le militant et son équipe avaient réussi à extirper 14 enfants de l'atelier de fabrication de bijoux et de sous-vêtements.

De toute évidence, la vocation de Kailash Satyarthi n'est pas sans risque. Au fil des ans, l'homme a perdu deux collègues dans des opérations de sauvetage. «L'un a été tué par balles et l'autre a été battu à mort. Nous avons tous des cicatrices», m'a-t-il confié.

Les opérations doivent être gardées secrètes jusqu'à la dernière minute, sans quoi les patrons des ateliers sont avisés par des taupes corrompues au sein des forces policières.

Menacés et battus

Depuis 30 ans, M. Satyarthi a arraché plus de 80 000 enfants des usines et des ateliers illégaux, qui pullulent en Inde. Des enfants moins bien traités que la marchandise qu'ils y fabriquent. Menacés, souvent même battus, ils sont contraints de travailler du matin au soir pour rembourser les dettes écrasantes contractées par leurs parents auprès de patrons sans scrupules.

En 2013, l'un des jeunes rescapés de M. Satyarthi m'a raconté qu'il n'avait pas de lit. Le soir, il se recroquevillait pour dormir au pied de la machine à coudre sur laquelle il avait travaillé depuis l'aube.

Ce genre de récit, crève-coeur, a le don de révolter M. Satyarthi, même après toutes ces années, et même s'il sait que l'Inde a encore énormément de chemin à faire pour mettre un terme à l'esclavage.

«Nés pour être esclaves»

L'homme s'inscrit «dans la tradition de Gandhi», a souligné hier le comité Nobel, puisqu'il a «dirigé diverses formes de contestation et de manifestations, toutes pacifiques, contre la grave exploitation des enfants à des fins de profits financiers».

En 2012, le militant a réussi à faire adopter une législation qui rend illégal le travail des enfants de moins de 14 ans. En pratique, toutefois, 60 millions d'enfants travaillent à temps plein en Inde, selon les estimations de M. Satyarthi.

De ce nombre, 10 millions d'enfants sont en «servitude de dette», une pratique illégale depuis... 1976. «Leurs parents et leurs grands-parents ont emprunté de l'argent, et cela se perpétue de génération en génération. Ils sont nés pour être esclaves.»

Kailash Satyarthi se bat pour changer les mentalités et s'insurge contre le fatalisme de ceux qui croient que le travail des enfants est une réalité inévitable dans un pays aussi pauvre et populeux que l'Inde.

M. Satyarthi n'adhère pas à ce point de vue «absolument pessimiste» et jure qu'il travaillera toute sa vie pour éradiquer l'esclavage dans son pays. Lors de notre rencontre, il a d'ailleurs insisté: les Occidentaux doivent assumer leur part de responsabilité en vérifiant que les vêtements qu'ils achètent dans les grands magasins n'ont pas été fabriqués dans des ateliers sombres et exigus de New Delhi.

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