«Le Hamas, c'est le pouvoir, sans la loi»

Une scène à glacer le sang s'est déroulée... (PHOTO YASSER GDEEH, REUTERS)

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Une scène à glacer le sang s'est déroulée à Gaza, il y a deux jours. Six hommes étendus sur le sol ont été abattus d'une balle dans la nuque, en public. Un des cadavres a ensuite été attaché à une moto qui l'a traîné dans les rues de la ville, tel un trophée.

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Offensive d'Israël à Gaza

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Offensive d'Israël à Gaza

L'armée israélienne mène l'opération Pilier de défense, la plus importante offensive militaire à Gaza depuis la sanglante et controversée mission Plomb durci lancée en 2008-2009, qui avait fait plus de 1400 morts. »

Agnès Gruda, envoyée spéciale
La Presse

(Gaza) La date du 26 novembre 2011 est gravée dans la tête d'Abdelsamir Oueida, mécanicien qui habite dans le quartier d'Aqsula, à Gaza.

Ce jour-là, des miliciens du bras armé du Hamas sont venus arrêter son fils Ashraf, l'accusant d'avoir servi d'indicateur à Israël et d'avoir facilité une quinzaine d'assassinats ciblés dans la bande de Gaza. Dont celui d'Abdel Aziz al-Rantissi, figure de proue du mouvement islamiste au pouvoir à Gaza depuis cinq ans.

Ashraf Oueida a passé près d'un an en prison. Selon son père, il n'a eu ni procès ni condamnation. Vendredi dernier, son cadavre ensanglanté a été abandonné dans une rue de la ville. L'homme de 42 ans portait des traces de balle à la tête et au thorax. Ses assassins ont fixé un carton sur le cadavre: cet homme est un collabo, disait l'inscription signée par les brigades Ezzedine al-Qassam - l'organisation militaire du Hamas.

Comme si l'exemple d'Ashraf Oueida n'avait pas suffi, une scène à glacer le sang s'est déroulée à Gaza, il y a deux jours. Six hommes étendus sur le sol ont été abattus d'une balle dans la nuque, en public. Un des cadavres a ensuite été attaché à une moto qui l'a traîné dans les rues de la ville, tel un trophée.

Selon la loi locale, la collaboration avec l'ennemi est passible de la peine capitale. Pourquoi ne pas laisser simplement la justice suivre son cours? «Le Hamas se sert de ces exécutions pour envoyer un message à la population: si vous collaborez, vous serez punis, vous aussi», répond Khalil Abou Shamalah, directeur du centre de défense des droits de l'homme Al-Damir.

Ce centre dénonce ces exécutions extrajudiciaires et demande au Hamas de respecter la loi. Dans la majorité des cas, les accusés ont admis leurs crimes sous la torture. Les trois fois où il a pu voir son fils, en prison, Abdelsamir Oueida a vu des cicatrices sur son visage.

Khalil Abou Shamalah n'en est pas moins convaincu qu'Ashraf avait bel et bien collaboré avec Israël. Et qu'il n'aurait jamais confessé son crime s'il n'en avait pas été coupable.

Proche du Fatah

Abdelsamir Oueida, lui, a une autre vision des choses. Il croit dur comme fer que son fils était innocent. Et que si le Hamas s'est acharné sur lui, c'est parce que la famille est proche du Fatah, mouvement politique rival du Hamas.

«Ils savent que nous ne les aimons pas, alors ils sont en colère contre nous», dit le vieil homme, qui peine à raconter l'histoire qui a brisé sa vie et détruit sa famille.

Les exécutions de collaborateurs sont un phénomène répandu en Cisjordanie, où les contacts avec Israël sont plus faciles et plus fréquents. Ashraf Oueida avait un petit garage à Jérusalem, et il y appelait souvent, pour gérer ses affaires. C'est aussi pour ça qu'il a été ciblé par le Hamas, croit son père.

Vivre dans la honte

Mais que les accusations de collaboration soient fondées ou pas, la famille Oueida est dorénavant considérée comme pestiférée dans son quartier. Avoir un enfant collabo, c'est une honte en Palestine. Ashraf a eu droit à des funérailles très discrètes et les voisins ne sont pas venus présenter leurs condoléances, contrairement à la coutume.

«J'ai fermé les portes, je ne vois plus personne», dit le vieil homme, qui rêve de venger la mort de son fils en tuant son assassin.

Le Hamas commet bien d'autres accrocs aux droits et libertés, en harcelant les journalistes et en arrêtant ses opposants, déplore Khalil Abou Shamalah. Selon lui, «le Hamas, c'est le pouvoir, sans la loi.»

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