Indonésie: des cyberguerriers musulmans à l'offensive contre l'EI

Munis de tablettes électroniques, de téléphones intelligents et... (PHOTO BAY ISMOYO, ARCHIVES AFP)

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Munis de tablettes électroniques, de téléphones intelligents et d'ordinateurs portables, environ 500 membres de Nahdlatul Ulama (NU) tentent de riposter à la stratégie en ligne de l'EI qui rallie à sa cause nombre de candidats au djihad à travers le monde.

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Le groupe État islamique

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Olivia RONDONUWU
Agence France-Presse
JAKARTA

Des centaines de cyberguerriers de la plus grande organisation musulmane d'Indonésie publient sur les réseaux sociaux d'innombrables messages faisant la promotion d'un islam modéré pour contrer la propagande de l'État islamique (EI) dans le pays musulman le plus peuplé au monde.

Munis de téléphones intelligents et d'ordinateurs portables, environ 500 membres de Nahdlatul Ulama (NU), la Renaissance des Oulémas, qui représente l'islam traditionnel indonésien, tentent ainsi de riposter à la stratégie en ligne de l'EI qui rallie à sa cause nombre de candidats au djihad à travers le monde.

«Nous ne laisserons jamais l'islam être pris en otage par des imbéciles qui ont la haine au coeur», a écrit dans un message sur Twitter Syafi» Ali, un membre important de NU.

Un avis partagé par le chef de la section des jeunes de NU, Yakut Quomas: «Pour nous, l'islam signifie simplement apporter une contribution à la civilisation existante, et non pas la remplacer».

La propagande sur l'internet aurait joué un rôle majeur pour quelque 500 Indonésiens partis rejoindre l'EI au Proche-Orient, notamment ceux vivant dans des villes où l'accès au web est facile.

Les dangers de l'influence grandissante de l'EI en Indonésie ont été mis en exergue par les attentats-suicides et attaques armées le 14 janvier à Jakarta. Quatre civils et les quatre assaillants ont été tués dans ces attaques revendiquées par l'EI, les premières de cette ampleur en Indonésie depuis 2009.

Outre l'envoi d'un nombre important de tweets, les membres de NU cherchent à occuper le cyberespace en créant des sites faisant la promotion des opinions modérées de l'organisation. Ils ont ainsi mis au point une application Android et des chaînes de télévision en ligne, qui diffusent notamment des sermons de prédicateurs modérés.

Une poignée de cyberguerriers sont basés dans un petit bureau à Jakarta, tandis que les autres se trouvent dans des lieux isolés, et tous communiquent entre eux par internet.

Difficultés et manque de moyens

L'organisation des oulémas, qui fait la promotion d'un islam modéré depuis des décennies, reconnaît avoir des difficultés à s'imposer face aux messages de haine de l'EI, organisation qui contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak, et dispose d'importants moyens financiers.

«NU a lutté pendant un moment contre cette propagande radicale. À chaque fois que nous leur infligions une défaite, ils ne mettaient pas longtemps à retrouver leur force», explique Yahya Cholil Staquf, secrétaire général de NU.

L'organisation va promouvoir un islam tolérant sur la scène internationale à l'occasion d'une réunion de responsables religieux du monde entier, qui s'est ouverte lundi à Jakarta et s'achèvera mardi.

NU va mettre en exergue la particularité de la foi musulmane de l'organisation, l'islam de l'archipel (Islam Nusantara), pour contrer l'interprétation radicale de l'islam par l'EI.

L'Indonésie, le plus grand archipel du monde avec 17 000 îles et îlots, compte environ 225 millions de musulmans sur une population de 255 millions d'habitants, pratiquant en grande majorité une forme d'islam modéré.

La philosophie de l'État indonésien se base sur le «Pancasila» (cinq principes) qui reconnaît notamment l'égalité entre les six religions reconnues par le pays. Ce n'est pas le cas dans d'autres pays musulmans guidés par la loi islamique, la charia. De plus, il n'y a aucune référence à l'islam dans la constitution indonésienne, contrairement à celle, par exemple, de la Malaisie, pays voisin.

Fondée en 1926, l'organisation des oulémas veut convaincre les musulmans à travers le monde de s'inspirer de l'Indonésie, où les minorités religieuses et une multitude de groupes ethniques coexistent pour l'essentiel pacifiquement, plutôt que des formes d'islam plus dur au Proche-Orient.

Mais les cyberguerriers de NU apparaissent comme des amateurs face à l'EI, qui utilise de manière sophistiquée les réseaux sociaux pour promouvoir son idéologie radicale.

Cependant, observe Robi Sugara, expert en terrorisme, l'approche de NU est intéressante: «C'est une bonne stratégie de remplir les pages de recherche Google avec du contenu sur l'islam modéré».

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