L'EI détruit au bulldozer un joyau archéologique irakien

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Dans cette photo datant de 2003, Ddes travailleurs irakiens déblaient la statue d'un boeuf ailé datant du 8e siècle, sur le site archéologique de Nimroud.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Jean Marc MOJON
Agence France-Presse
BAGDAD

Le groupe État islamique a commencé jeudi à détruire au bulldozer la ville de Nimroud, joyau archéologique du nord de l'Irak, une semaine après la diffusion par les djihadistes d'une vidéo de la destruction de sculptures préislamiques inestimables à Mossoul.

L'ONU a annoncé dans le même temps que quelque 28 000 personnes avaient fui en quelques jours la région de Tikrit, plus au sud, où les forces gouvernementales ont lancé une offensive d'envergure pour en chasser l'EI.

L'EI a «pris d'assaut la cité historique de Nimroud et a commencé à la détruire avec des bulldozers», a dit le ministère du Tourisme et des Antiquités sur sa page officielle Facebook.

Un responsable des Antiquités a confirmé ces informations. «Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts», a dit ce responsable sous couvert d'anonymat.

Nimroud, une cité fondée au 13e siècle av. J.-C., est située sur les rives du Tigre à quelque 30 km de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, contrôlée par l'EI depuis juin.

Jeudi dernier, l'EI avait diffusé une vidéo sur laquelle des djihadistes réduisaient en miettes des sculptures préislamiques du musée de Mossoul. Pour l'organisation jihadiste, statues, tombeaux et représentations «favorisent l'idolâtrie» et méritent donc d'être détruits.

«Désastre»

Après leur saccage à Mossoul, les djihadistes auraient lancé aux gardiens du musée que Nimroud était leur prochaine cible.

«C'est l'une des plus importantes capitales assyriennes, on y trouve des bas-reliefs et des taureaux ailés (...) Cela serait un véritable désastre», avait alors indiqué à l'AFP Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l'Université Stony Brook de New York.

La destruction des trésors de Mossoul avait été condamnée par la communauté internationale, la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova réclamant à la Cour pénale internationale (CPI) de se saisir du cas.

L'EI a lancé une offensive fulgurante en juin 2014 en Irak, s'emparant de larges pans du territoire, notamment au nord de Bagdad.

Les forces gouvernementales, appuyées par les raids aériens de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, tentent depuis plusieurs mois de reprendre le terrain perdu.

Elles ont notamment lancé lundi une offensive mobilisant 30.000 hommes pour reprendre Tikrit, la deuxième plus importante ville conquise en Irak par l'EI après Mossoul.

28 000 déplacés 

«Les opérations militaires dans et autour de Tikrit ont précipité le déplacement d'environ 28 000 personnes vers Samarra», ont indiqué les Nations unies dans un communiqué jeudi, ajoutant que des «mouvements de déplacement supplémentaires» étaient toujours en cours au quatrième jour de l'assaut.

Les 28 000 personnes déplacées cette semaine viennent gonfler les rangs des 2,5 millions d'Irakiens chassés de chez eux par les violences, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Cependant, Amnesty International et Human Rights Watch s'inquiètent des dangers encourus par les civils à Tikrit après plusieurs menaces de représailles formulées par les miliciens chiites, dont des milliers de recrues ont été massacrées par l'EI dans le secteur en juin. Des tribus sunnites avaient alors été accusées de complicité.

Dans la bataille de Tikrit, les Irakiens n'ont pas demandé l'aide de la coalition, qui poursuit ses frappes quotidiennes contre l'EI ailleurs en Irak. La coalition mène également des frappes contre l'EI dans la Syrie voisine.

Les États-Unis ont en revanche confirmé la participation de l'Iran dans cette bataille.

Le secrétaire d'État américain John Kerry, en visite à Ryad, a indiqué jeudi que le général Ghassem Souleimani, chef de la Force Qods, une unité d'élite des Gardiens de la révolution, a été présent en Irak.

«Est-ce que le général Souleimani a été sur le terrain, est-ce qu'il joue un rôle? La réponse est oui», a déclaré M. Kerry, insistant cependant sur le fait que l'opération était sous contrôle irakien.

«Tout le monde sait qu'il y a un certain mouvement des forces iraniennes -à la fois dans et à l'extérieur du nord de l'Irak- qui sont engagées dans les combats depuis le tout début. Mais ce n'est pas coordonné. Nous ne nous coordonnons pas avec eux», a-t-il ajouté.

Il a par ailleurs appelé «toutes les forces irakiennes à éviter et empêcher les abus contre des civils et toutes activités qui violeraient le droit international ou alimenteraient les violences et divisions confessionnelles». Et d'ajouter: «Cela inclut également l'Iran».

En dépit de ces mises en garde, l'émissaire de l'ONU, Nickolay Mladenov, a affiché son optimisme sur la capacité du pays à rester uni, au terme de 18 mois de mission en Irak.

Il s'est notamment félicité du fait qu'il était «devenu de moins en moins acceptable (pour les acteurs politiques irakiens) d'être ouvertement communautariste dans un discours» depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau chef du gouvernement Haider al-Abadi, il y a six mois.

M. Abadi, de confession chiite, a cependant récemment assuré qu'il ne pouvait y avoir «de partie neutre» dans la bataille de Tikrit, estimant que toute personne choisissant la neutralité se rangeait de facto du côté de l'EI.

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