Un Assyrien raconte sa fuite devant l'EI

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Des djihadistes du groupe État islamique.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Mohamad Ali Harissi
Agence France-Presse
BEYROUTH, Liban

En apprenant que les djihadistes du groupe armé État islamique (EI) approchaient de son village dans le nord-est de la Syrie, Danny Jano a pris la fuite en pyjama, avec sa femme et ses deux filles.

Terrorisée, la famille Jano n'avait qu'une idée en tête: gagner un endroit sûr, au plus vite et sans se faire prendre, comme de nombreux autres chrétiens assyriens.

Joint par téléphone dans la ville de Hassaké (nord-est), l'homme de 35 ans a expliqué à l'AFP que les combats avaient commencé lundi à 4 h du matin. «Nous avons entendu le bruit des armes automatiques et des bombardements pendant sept heures, effrayés, avant de nous décider à abandonner notre maison».

«Bien nous en a pris, car nous avons su que Daech (acronyme en arabe pour l'EI) était tout proche de notre village» de Tall Misas, aujourd'hui entre les mains des djihadistes.

Le sauve-qui-peut des villageois s'est fait en tracteur et en voiture. «J'ai pris trois enfants sur ma mobylette et j'ai rejoint le convoi», a expliqué Danny Jano, tailleur de profession, précisant qu'il leur avait fallu cinq heures pour faire 30 kilomètres et rejoindre Hassaké.

«Ce furent les heures les plus longues et les plus difficiles de ma vie, car nous avons été la cible de tireurs embusqués et un mortier a touché une voiture».

Décrivant la fuite avec sa famille, Jano assure que «tous ont eu la peur de leur vie», mais qu'ils n'ont «pas réfléchi à deux fois». «Nous sommes partis en pyjama sans nous retourner, sans nous arrêter jusqu'à ce que nous arrivions ici».

L'EI a lancé une attaque lundi contre une série de villages et hameaux du Haut Khabour et a kidnappé au moins 220 chrétiens assyriens et pris le contrôle de dix localités dans la région de Tall Tamr, dans le nord-ouest de la province de Hassaké, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

«Un massacre»

D'après des militants et des responsables de formations assyriennes, cette offensive a fait fuir 5000 personnes vers les villes de Hassaké et de Qamishli.

Yokhana Haroun, chef de la branche syrienne du Parti démocratique assyrien, a affirmé à l'AFP que 1100 familles avaient pu être logées et aidées.

Haroun, qui parlait d'un point de rassemblement pour les réfugiés à Hassaké, a ajouté que «les gens sont arrivés épuisés et dans un dénuement total».

«C'est un crime contre les Assyriens pacifiques. Ils (l'EI) ont brisé la coexistence, la civilisation et l'histoire et ils nous ont rejetés des siècles en arrière et la communauté internationale regarde tout cela en silence. C'est un massacre», a-t-il dit.

À Qamishli, au nord-est de la ville de Hassaké et près de la frontière turque, 200 familles ayant fui l'EI ont trouvé un abri temporaire dans des maisons, selon Jean Tolo, un responsable de l'Organisation assyrienne pour les secours et le développement.

«Ils sont arrivés dans un terrible état mental», a-t-il expliqué à l'AFP au téléphone précisant qu'à Qamishli, «cela fait trois jours que des familles arrivent en continu».

Les Assyriens sont environ 30 000 en Syrie, soit 2,5 % du 1,2 million de chrétiens. Ils habitent surtout près de la rivière Khabour, dans la province de Hassaké, divisée entre les forces kurdes et l'EI alors que l'armée loyaliste est présente dans la capitale provinciale.

L'EI est connu pour sa brutalité contre les minorités en Syrie et en Irak. «C'est un crime indescriptible. Ils ont brûlé des maisons, fait sauter des églises, kidnappé nos familles et tout cela pourquoi? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse», assure Danny Jano.

Mais, pour se donner du courage, il affirme: «Nous retournerons chez nous. Si ce n'est demain, ce sera après-demain».

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