Irak: afflux record pour un pèlerinage chiite malgré la menace

Une marée humaine, toute de noir vêtue, se... (PHOTO REUTERS)

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Une marée humaine, toute de noir vêtue, se pressait au mausolée de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet. Sa mort en 680 dans la plaine de Kerbala, face aux troupes du calife Yazid, a définitivement établi la rupture entre chiites et sunnites.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Abdelamir Hanoun
Agence France-Presse
KERBALA

Des millions de pèlerins musulmans chiites marquaient samedi à Kerbala l'une des commémorations les plus importantes de leur calendrier religieux, alors qu'un important dispositif de sécurité était en place pour prévenir tout attentat.

Défiant la menace d'attaques des djihadistes sunnites, certains ont marché plus de 12 jours, depuis l'extrême sud irakien ou l'Iran voisin. D'autres ont fait le voyage entassés dans des autocars ou des camions pour venir commémorer l'Arbaïn, l'un des plus grands rassemblements religieux au monde qui marque la fin des 40 jours de deuil après l'anniversaire de la mort de l'imam Hussein.

Le ministre irakien de la Défense Khaled al-Obeidi a avancé jeudi le chiffre, record selon lui, de 17,5 millions de personnes à Kerbala (110 km au sud de Bagdad), dont quatre millions d'étrangers venus de 60 pays.

Une marée humaine, toute de noir vêtue, a envahi les rues de la ville sainte et se pressait au mausolée de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet. Sa mort en 680 dans la plaine de Kerbala, face aux troupes du calife Yazid, a définitivement établi la rupture entre chiites et sunnites.

Les fidèles portaient des drapeaux noirs, rouges ou verts avec des images de l'imam ou des slogans religieux, se frappaient la poitrine, chantaient à l'unisson, pris dans une transe collective.

Mais le pèlerinage a pris cette année une dimension plus politique, des pans entiers de territoire irakien étant tombés aux mains des djihadistes sunnites du groupe Etat islamique (EI), qui considèrent les chiites comme des hérétiques.

Et une attaque au mortier, qui a fait un mort vendredi près de Kerbala, a rappelé l'énorme défi sécuritaire que représente ce rassemblement. Un important dispositif de sécurité est en place pour éviter que l'EI, avec ses réserves apparemment inépuisables de kamikazes, puisse mener des attentats.

«Prêts au sacrifice»

Après l'attaque de vendredi, le nombre de forces de sécurité à Kerbala est passé de 15 000 à 40 000 hommes, selon le responsable des opérations de sécurité à Kerbala, le général Qais Khalaf Rahim.

Mais les pèlerins ne se laissaient pas impressionner.

«Oubliez les mortiers. Même si les djihadistes pleuvaient sur Kerbala, ça ne nous empêcherait pas de nous rendre au mausolée de l'imam Hussein», assure Kadhem Hussein, 25 ans, venu à pied depuis Nasiriyah, à quelque 300 km de là.

«Les efforts de ces djihadistes sont vains car nous sommes tous venus à Kerbala prêts au sacrifice, en espérant devenir martyrs», affirme Abdel Hussein Salem, un volontaire distribuant de la nourriture aux pèlerins à une des entrées de la ville.

Les leaders du gouvernement irakien, dominé par des chiites, et les autorités religieuses voient en ce pèlerinage un acte de résistance contre l'EI.

Et de nombreux Iraniens ont expliqué être venus sur ordre du Guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.

Tous les responsables semblent considérer que cet Arbaïn est le plus important qu'ils aient jamais vu.

De nouvelles routes ont dû être ouvertes pour gérer le flot des pèlerins affluant vers Kerbala et certaines villes du sud de l'Irak, majoritairement chiite, paraissaient vidées de leur population.

Des vues aériennes de Kerbala montraient des fleuves de fidèles, à perte de vue. Des hommes étaient perchés sur les murs, les toits et les fenêtres, tentant de canaliser le flot de pèlerins et d'éviter les bousculades.

60 camions-poubelles 

Le grand ayatollah Ali al-Sistani lui-même, la plus haute autorité chiite d'Irak, a admis que la ville «n'est pas, dans l'état actuel des choses, en mesure de recevoir un nombre aussi important de visiteurs».

La municipalité de Téhéran a envoyé 60 camions-poubelles et 10 000 volontaires pour gérer les tonnes de déchets engendrés par le rassemblement.

Alors que l'Irak est plongé dans le chaos depuis que l'EI y a lancé une offensive fulgurante le 9 juin, des responsables ont souligné l'importance des récentes victoires contre les djihadistes qui ont permis de sécuriser une partie des routes menant à Kerbala.

Ce fut le cas notamment de la reprise en octobre de Jurf al-Sakhr, une ville située entre la capitale et Kerbala.

Alors que la communauté chiite est fréquemment la cible d'attentats meurtriers, l'Arbaïn n'a jusqu'à présent pas été endeuillé par des attaques majeures.

Et la capitale Bagdad, endeuillée quasi quotidiennement par des attentats visant souvent des quartiers chiites, a fait l'objet de mesures de confinement presque toute la semaine pour minimiser les risques.

Trois personnes y ont néanmoins été tuées et quatre blessées cette semaine dans l'explosion d'une bombe près d'une des dizaines de tentes servant boissons et nourriture aux pèlerins de l'Arbaïn.

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