Égypte: le «oui» assuré au référendum constitutionnel

Selon les premières estimations rapportées mercredi soir, au... (Photo: AFP)

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Selon les premières estimations rapportées mercredi soir, au moins 90% des votants ont appouvé la nouvelle Constitution.

Photo: AFP

Emmanuel GIROUD
Agence France-Presse
Le Caire

La victoire du oui au référendum constitutionnel en Égypte ne faisait aucun doute mercredi mais le pouvoir espère plus de 50% de participation pour légitimer une candidature à la présidentielle du chef de l'armée qui a destitué le président islamiste Mohamed Morsi.

Ce référendum s'apparente à un plébiscite pour le général Abdel Fattah al-Sissi, nouvel et très populaire homme fort du pays, le gouvernement intérimaire dirigé de facto par les militaires n'ayant pas caché qu'une forte participation légitimerait la destitution de M. Morsi en juillet, qualifiée de «coup d'État» par ses adversaires.

Le général Sissi, commandant en chef de l'armée, vice-premier ministre et ministre de la Défense, n'a d'ailleurs pas caché ses intentions: trois jours avant le référendum pour une nouvelle Constitution à peine différente de la précédente, il a promis de se présenter à la présidentielle prévue cette année «si le peuple le réclame», tout en appelant à voter massivement pour le oui.

«Nous espérons une participation de plus de 50%», a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement Hani Salah mercredi soir à la clôture de deux jours de scrutin. Selon les autorités, les résultats officiels finaux doivent être annoncés «dans les 72 heures».

Selon les premières estimations rapportées mercredi soir par les médias d'État, au moins 90% des votants ont appouvé la nouvelle Constitution. Le taux de participation n'était pas encore connu.

Dans un communiqué publié après la fermeture des bureaux de vote, le porte-parole de l'armée a remercié les «foules» de votants d'avoir pris part à ce qu'il a appelé la «bataille héroïque du référendum».

La victoire du oui ne fait pas l'ombre d'un doute tant une vaste majorité des Egyptiens semble s'être rangée ces six derniers mois --au diapason des médias quasi-unanimes-- derrière ce pouvoir qui a destitué et arrêté M. Morsi, premier président démocratiquement élu en Égypte, et réprime dans le sang toute manifestation de ses partisans islamistes.

Ces derniers d'ailleurs, l'influente confrérie des Frères musulmans en tête, ont appelé à boycotter le référendum, si bien qu'aucune campagne n'a été menée pour le non.

Depuis le 3 juillet, plus d'un millier de manifestants pro-Morsi ont été tués par les forces de l'ordre et plusieurs milliers de Frères musulmans arrêtés, dont la quasi-totalité de leurs dirigeants, qui encourent, à l'instar de M. Morsi en personne, la peine de mort dans des procès qu'ils dénoncent comme «politiques».

Dans les files d'attente des bureaux de vote du Caire mardi et mercredi, la quasi-totalité des électeurs interrogés par l'AFP affichaient fièrement leur intention de voter «pour le général Sissi» et «contre les Frères musulmans», désormais considérés comme «terroristes» après avoir remporté toutes les élections depuis la chute de Hosni Moubarak en 2011. 

Plus de 350 arrestations

Durant les deux jours, plus de 350 personnes ont été arrêtées pour avoir perturbé les opérations de vote, selon le ministère de l'Intérieur. Mardi, neuf personnes ont péri en marge de manifestations pro-Morsi, tandis qu'une bombe de faible puissance a explosé au Caire avant l'ouverture des bureaux de vote.

Washington a appelé à un référendum «transparent», mais que le Congrès doit autoriser cette semaine le versement de près d'un milliard de dollars à l'Égypte, une aide essentiellement militaire qui avait été partiellement suspendue après le coup de force du 3 juillet.

Certaines organisations internationales de défense des droits de l'Homme ont dénoncé un climat de peur et de répression entourant le référendum.

Depuis le 3 juillet, les attentats contre les forces de l'ordre se sont multipliés, quasiment tous revendiqués par des mouvements jihadistes liés à Al-Qaïda mais attribués par le pouvoir aux Frères musulmans. Pour assurer la sécurité du scrutin, le gouvernement avait annoncé le déploiement de 160 000 soldats et de 200 000 policiers.

«On avait fait confiance aux Frères musulmans et accepté leur Constitution, leur gouvernement et leur Parlement (...) mais ils nous ont trompés. Maintenant, nous votons pour cette Constitution pour sortir de la crise», a déclaré à l'AFP une électrice du Caire, Jihane Abdelaziz.

En annonçant la destitution de M. Morsi le 3 juillet, le général Sissi avait nommé un président et un gouvernement intérimaire à qui il avait donné pour «feuille de route» d'organiser des élections présidentielle et législatives dans les six premiers mois de 2014.

Le projet de Constitution a été débarrassé de clauses ouvrant la voie à une islamisation de la loi, qui avaient provoqué une levée de boucliers sous la présidence Morsi, mais ne modifie que très marginalement les pouvoirs institutionnels et renforce encore un peu plus le poids de l'armée dans la vie politique.

La Constitution élaborée sous les Frères musulmans en 2012 avait recueilli 64% de oui mais seulement 33% des électeurs s'étaient déplacés. Pour nombre d'experts, le pouvoir actuel se contenterait même d'un taux légèrement supérieur pour crier victoire.




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