Le Niger remet Saadi Kadhafi à Tripoli

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Le gouvernement libyen s'engage à traiter Saadi Kadhafi «conformément aux normes internationales sur le traitement des prisonniers», ajoute le texte.

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Agence France-Presse
Tripoli, Libye

Saadi, un des fils de Mouammar Kadhafi, connu pour sa passion du football et réfugié au Niger, a été remis jeudi par Niamey à Tripoli qui l'accuse de meurtre et d'implication dans la répression de la révolte de 2011.

«Saadi Kadhafi a été remis au gouvernement libyen le 6 mars, il est arrivé en Libye et est aux mains de la police judiciaire», a indiqué le gouvernement libyen dans un communiqué.

Le gouvernement libyen s'engage à traiter Saadi Kadhafi «conformément aux normes internationales sur le traitement des prisonniers», ajoute le texte.

Saadi Kadhafi, 40 ans, s'était réfugié au Niger en septembre 2011 peu avant la chute du régime de Mouammar Kadhafi, capturé puis tué dans sa ville natale de Syrte le 20 octobre 2011.

Dès son arrivée à l'aéroport militaire de Miitiga dans la nuit, Saadi Kadhafi a été conduit les mains menottées et les yeux bandés, vers la prison d'al-Hadhba à Tripoli, où sont détenus d'autres anciens dirigeants du régime déchu, selon le témoignage de Khaled al-Chérif vice-ministre de la Défense et responsable de la prison, sur sa page Facebook.

Des photos circulant sur les réseaux sociaux et qui ont été publiées par les autorités de la prison le montrent alors qu'un homme lui rase la tête et la barbe à l'aide d'un rasoir électrique. Il est agenouillé en tenue bleue sur un matelas à même le sol entouré de plusieurs hommes.

Saadi Kadhafi est accusé notamment «de crimes visant à maintenir son père au pouvoir», lors de la révolte de 2011 qui a renversé le dictateur, a déclaré à l'AFP Seddik al-Sour, porte-parole du procureur général.

Il est aussi accusé d'implication dans le meurtre en 2005 d'un ancien entraîneur d'Al-Ittihad, club de Tripoli où il évoluait, a ajouté M. Sour.

Il est poursuivi par ailleurs par les autorités libyennes pour «s'être emparé de biens par la force et l'intimidation quand il dirigeait la Fédération libyenne de football».

Footballeur raté

Passionné de football (soccer), Saadi Kadhafi a joué pour le club Al-Ahly de Tripoli, avant de rejoindre son rival Al-Ittihad.

Il était aussi capitaine de la sélection libyenne et a même réalisé son rêve en s'engageant durant une saison avec le club italien de Pérouse. Il dut toutefois abandonner son expérience italienne après avoir été contrôlé positif lors d'un examen antidopage.

Au terme de sa carrière de footballeur, il a été dirigeant du Club Al-Ittihad ainsi que de la Fédération libyenne de football.

Quelques jours après le déclenchement de la révolte libyenne en 2011, il avait été aperçu en tenue militaire, kalachnikov en bandoulière, faisant l'accolade à son père qui finissait un discours.

Militaire de formation, il a été, comme ses frères Saïf al-Islam et Mouatassim, à la tête d'une unité militaire.

Mais contrairement à ses frères, aucune information n'a filtré sur sa participation effective aux combats contre la rébellion, durant les huit mois de conflit.

Depuis son exil, les autorités libyennes de transitions réclamaient régulièrement son extradition.

Elles l'accusaient d'oeuvrer depuis le Niger à semer le désordre, en particulier dans le Sud libyen, notamment après que des forces loyales à l'ancien régime avaient occupé brièvement fin janvier une base militaire dans la région de Sebha (sud).

Les autorités nigériennes avaient affirmé précédemment qu'il n'était «pas question» d'extrader Saadi Kadhafi, au moins jusqu'à ce qu'il puisse être assuré d'un procès équitable en Libye. Le président nigérien Mahamadou Issoufou avait annoncé en novembre 2012 que son pays avait accordé l'asile à Saadi Kadhafi pour des «raisons humanitaires».

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Des photos circulant sur les réseaux sociaux et qui ont été publiées par les autorités de la prison montrent Saadi alors qu'un homme lui rase la tête et la barbe à l'aide d'un rasoir électrique. 

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Outre Mouatassim, deux autres fils de Mouammar Kadhafi sont morts pendant la révolte libyenne qui avait débuté en février 2011: Saïf al-Arab en avril 2011 dans un raid de l'OTAN, quelques mois avant Khamis tué dans les combats en août.

La veuve du dirigeant déchu, Safia Farkech, et trois autres enfants de l'ancien dictateur - Aïcha, Hannibal et Mohamed - avaient trouvé refuge en août 2011 en Algérie après la chute de Tripoli aux mains des rebelles, avant qu'une partie de la famille ne trouve asile dans le Sultanat d'Oman en 2013.

Saïf al-Islam, longtemps présenté comme successeur potentiel de son père, a été arrêté en novembre 2011 dans le Sud libyen par des ex-rebelles de Zenten où il est détenu depuis.

«La vie de Saadi Kadhafi menacée»

La vie de Saadi Kadhafi est «menacée», a estimé le responsable d'un collectif d'ONG nigériennes à Niamey.

«Nous sommes indignés par cette extradition, nous estimons que la vie de Saadi Kadhafi est menacée en Libye, qui est un non-État sans aucune sécurité», a déclaré à l'AFP Kani Abdoulaye, président du Collectif des organisations de défense des droits de l'homme et de la démocratie (CODDHD), qui regroupe une quarantaine d'ONG nigériennes.

Saadi Kadhafi extradé pour «détendre» les relations avec la Libye

Le Niger a affirmé jeudi que l'extradition vers Tripoli de Saadi Kadhafi, un des fils de Mouammar Kadhafi réfugié depuis septembre 2011 à Niamey, vise à «détendre» les relations avec la Libye voisine.

«Pour créer une détente entre deux pays frères et amis, nous avons décidé de mettre fin à cette situation qui tôt ou tard va arriver», a expliqué à la presse Marou Amadou, ministre nigérien de la Justice et porte-parole du gouvernement.

Mi-février, Niamey avait déjà livré à Tripoli le chef de la sécurité intérieure de l'ex-régime de Mouammar Kadhafi, Abdallah Mansour. Selon la presse nigérienne, une dizaine d'autres proches de Kadhafi ont été également remis aux autorités libyennes.

«C'est seulement en tenant compte des intérêts supérieurs de notre pays que nous avons décidé de mettre fin à cette situation qui met en difficulté notre pays, dans un contexte de sécurité sahélien compliqué. (...) Nous avions bien dit à nos hôtes que nous ne serons pas une source de préoccupations pour la Libye», a souligné le ministre nigérien.

Selon lui, le contexte politique a «changé» en Libye: «à l'époque, nous craignions qu'en remettant ces gens, ils ne soient tués. Je pense qu'au regard de l'appel démocratique et républicain qu'affiche le régime actuel de Libye, ce sont des risques qui ne sont pas à notre avis encourus».

Le Niger a bien cherché un autre État pour accueillir Saadi Kadhafi, mais «nous n'avons eu aucun candidat», a indiqué Marou Amadou.

Les relations entre le Niger et la Libye sont très tendues depuis que Niamey héberge une trentaine des proches de l'ex-dirigeant libyen.

Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a accusé le sud libyen d'abriter les terroristes qui ont attaqué en mai 2013 une garnison d'Agadez et une mine d'uranium d'Areva, dans le nord nigérien, faisant officiellement une vingtaine de morts.

Ces allégations ont été fermement démenties et condamnées par Tripoli.




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