Syrie: Washington et Moscou au bord de la rupture

Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait... (PHOTO Abdalrhman Ismail, archives REUTERS)

Agrandir

Depuis 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 300 000 morts et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

PHOTO Abdalrhman Ismail, archives REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Crise dans le monde arabe

International

Crise dans le monde arabe

Consultez notre dossier complet sur les tumultes, conflits et guerres qui ont suivi le «Printemps arabe». »

Nicolas REVISE, Maxime POPOV
Agence France-Presse
WASHINGTON et Moscou

Les États-Unis et la Russie étaient jeudi soir au bord de la rupture sur le conflit syrien, Washington menaçant d'arrêter toute coopération diplomatique et Moscou répliquant n'avoir aucune intention d'interrompre la guerre malgré une catastrophe humanitaire à Alep.

Les Occidentaux ont encore haussé le ton, le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel condamnant avec force «les raids aériens barbares des Russes et du régime syrien sur l'est d'Alep, une zone où habitent des centaines de milliers de civils, dont la moitié sont des enfants».

Lors d'une conversation téléphonique rapportée par la Maison-Blanche, les deux dirigeants alliés sont convenus que Moscou et Damas «portaient une responsabilité particulière pour mettre fin aux combats en Syrie et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire de l'ONU aux zones assiégées et difficiles d'accès dans le pays».

Dans la matinée à Washington, le secrétaire d'État John Kerry avait une nouvelle fois menacé la Russie de geler leur dialogue diplomatique si le carnage d'Alep ne prenait pas fin. «Je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c'est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements», a-t-il averti.

Mercredi, M. Kerry avait proféré au téléphone la même menace à son homologue russe Sergueï Lavrov.

«Nous sommes à l'un de ces moments où il va nous falloir considérer durant un certain temps des alternatives, à moins que les belligérants n'indiquent plus clairement qu'ils sont disposés à réfléchir à une approche plus efficace», a mis en garde le ministre américain, mais sans dévoiler le contenu de ces «alternatives».

«Cadeau aux terroristes»

Réplique immédiate à Moscou: la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a jugé que le meilleur «cadeau aux terroristes sera le refus de Washington de coopérer avec la Russie pour un règlement du conflit en Syrie».

Malgré les appels internationaux à arrêter le déluge de feu à Alep, la Russie a poursuivi ses raids en appui à son allié syrien, comme c'est le cas depuis la «fin», le 19 septembre, du cessez-le-feu qui avait été négocié dix jours plus tôt à Genève par MM. Kerry et Lavrov.

Ainsi, l'aviation russe va continuer «son opération en soutien à la lutte antiterroriste des forces armées syriennes», a martelé le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Et il s'en est pris aux critiques «non constructives» de Washington, à la veille du premier anniversaire de l'intervention militaire russe en Syrie le 30 septembre.

Le Kremlin s'est dit prêt à continuer de coopérer avec Washington pour «mettre en oeuvre les accords» de cessez-le-feu et «accroître l'efficacité de la lutte contre le terrorisme en Syrie».

«Mais Moscou espère aussi que les obligations que Washington a accepté d'assumer seront respectées. Jusqu'à présent, elles ne l'ont pas été», a menacé la présidence russe. La Russie exige en effet que les États-Unis fassent pression sur les rebelles modérés pour qu'ils se séparent des groupes jihadistes comme le Front Fateh al-Cham (ex Front al-Nosra).

«Les bombes tombent partout»

Sur le théâtre de guerre, Alep, ville martyre et divisée, fait face à «la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie» en cinq ans et demi de conflit, s'est insurgé le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien. Devant le Conseil de sécurité, il a dénoncé le fait que le système de santé dans la partie orientale assiégée de la ville «était sur le point de s'écrouler totalement» et que les enfants «étaient les plus vulnérables».

De fait, les enfants d'Alep n'ont nulle part où se réfugier, pas même dans les écoles souterraines censées les protéger des bombardements en raison de l'utilisation de «bombes antibunker», a dénoncé l'ONG Save the Children.

Les deux plus grands hôpitaux de la ville avaient suspendu leurs activités mercredi après avoir été endommagés, l'un par un raid, l'autre par un tir d'artillerie, selon la Syrian American Medical Society, une ONG basée aux États-Unis. D'après Médecins sans frontières, au moins deux patients ont été tués et deux membres du personnel soignant blessés dans ces attaques, dénoncées comme des «crimes de guerre» par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Et quelque 600 blessés ne sont pas soignés à Alep en raison du manque de personnel ou de matériel, a déploré l'envoyé spécial adjoint de l'ONU sur la Syrie Ramzy Ezzeldin Ramzy.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 11 civils ont été tués jeudi à Idleb (nord-ouest) et à Jarjanaz (ouest) dans des raids, sans que l'on sache s'il s'agissait d'avions russes ou syriens.

Au plan diplomatique, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a reconnu que les négociations entre le régime et l'opposition qu'il tente de relancer étaient «très difficiles» à organiser lorsque «les bombes tombent partout».

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après la répression sanglante de manifestations pro-démocratie. Elle a fait plus de 300 000 morts et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer