L'islam, prétexte des «nouveaux» djihadistes

Un jeune Indien de confession musulmane brandit une... (PHOTO INDRANIL MUKHERJEE, AFP)

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Un jeune Indien de confession musulmane brandit une pancarte où l'on peut lire: «le terrorisme ne connaît aucune religion», à Bombay, le 20 novembre.

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

Michel MOUTOT
Agence France-Presse
PARIS

Ils invoquent Allah à chaque phrase, mais pour les djihadistes d'un genre nouveau, comme ceux qui ont frappé Paris le 13 novembre, l'islam est un prétexte permettant surtout de canaliser une révolte intime et une soif de violence, estiment des experts.

Convertis de fraîche date, maîtrisant mal ou pas du tout l'arabe, jonglant avec des concepts qu'ils comprennent à peine ou dont ils tordent le sens, ils ont trouvé dans l'organisation État islamique (EI) une structure souple et pragmatique au sein de laquelle peut s'épanouir leur désir de radicalisation, ajoutent-ils.

«Leur culture musulmane est sommaire, voire quasiment nulle», confie à l'AFP Peter Harling, du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). «En fait, ceux qui ont la culture musulmane la plus solide sont les moins susceptibles de se ranger du côté de l'EI».

Dans une tribune intitulée Tuer les autres, se tuer soi-même, il estime que «l'aspect le plus troublant des massacres commis à Paris est qu'ils ressortent d'une violence intime».

L'EI «a offert un espace concret où une violence pornographique pouvait s'exprimer, se chercher, se désinhiber et monter en puissance. Ce n'est pas un hasard si les convertis européens en ont été les principaux agents. Dépourvus d'expérience militaire, de formation religieuse et généralement de compétence linguistique, ils ont défini leur valeur ajoutée dans une ultraviolence qui évoque le film de Stanley Kubrick Orange mécanique par son sadisme, mis en scène avec les talents instinctifs de communicants formés à l'ère de Facebook», poursuit Peter Harling.

Directeur de l'Observatoire du religieux, professeur à l'IEP d'Aix, Raphaël Liogier a étudié les profils de dizaines de djihadistes ou aspirants-djihadistes français.

«Aucun de ceux qui sont intervenus sur le sol français, de Mohamed Merah jusqu'à ceux du 13 novembre, ne sont passés par une formation théologique de fond ou par une intensification progressive de la pratique religieuse», dit-il à l'AFP. «Ce sont des gens qui sont dans un rapport à la violence, parce que l'islam est actuellement synonyme de violence antisociale. Ils veulent exprimer leur désir d'être antisocial».

«Moi, le Coran, je m'en tape»

«Ils prennent des postures de fondamentalistes, mais ce ne sont que des postures», dit-il. «Ils passent seulement dans les mosquées, prient moins que les autres. Ils cultivent un style que j'appellerais néo-afghan, à la recherche d'une espèce de romantisme néo-guerrier».

«Comme ils sont d'origine maghrébine et qu'on leur dit qu'ils sont potentiellement musulmans et que l'islam a une image négative, ça devient désirable pour eux. Dans les années 80, ils seraient devenus punks ou entrés dans des mouvements d'extrême gauche ou d'extrême droite», ajoute Raphaël Liogier. «Ils sautent directement dans le djihad, parce qu'ils ont pour point commun la délinquance, des problèmes dans leur enfance et le désir d'être des caïds».

Un policier spécialisé a confié à l'AFP que, pendant un interrogatoire, un apprenti-djihadiste lui avait déclaré : «Moi, le Coran, je m'en tape. Ce qui m'intéresse, c'est le djihad».

Cette thèse de l'instrumentalisation de l'islam par des jeunes jusqu'au-boutistes en quête d'un idéal violent est également défendue par le politologue spécialiste de l'islam Olivier Roy, qui dans une tribune intitulée Le jihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste, explique que «DAECH puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu'il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label (une étiquette, NDLR), un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle».

«Le problème essentiel pour la France n'est donc pas le califat du désert syrien, qui s'évaporera tôt ou tard comme un vieux mirage devenu cauchemar. Le problème, c'est la révolte de ces jeunes», ajoute-t-il. «Il ne s'agit pas de la radicalisation de l'islam, mais de l'islamisation de la radicalité».

Les chefs du groupe armé État islamique, parmi lesquels figurent des anciens des services secrets irakiens de l'ère Saddam Hussein, ont compris comment canaliser et utiliser cette violence.

«C'est un mouvement très flexible, qui peut récupérer tout un tas de dynamiques», ajoute Peter Harling. «Il se passe d'un soubassement idéologique solide et parvient à représenter beaucoup de choses très différentes pour beaucoup de gens très différents».

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