Une émission de télévision permet à des réfugiés de retrouver la tombe de leur fils

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Le cimetière de Ribera, à une cinquantaine de kilomètres d'Agrigente, où se trouve la tombe du petit Mohammed.

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Crise migratoire

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Crise migratoire

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Laure BRUMONT, Ljubomir MILASIN
Agence France-Presse
ROME

Secourus après un naufrage au large de la Libye en août 2014, un couple de réfugiés syriens n'a pas renoncé à retrouver la trace de leurs quatre enfants disparus cette même nuit. Grâce à une émission de télévision italienne, ils ont découvert la tombe de l'un d'eux.

Originaires de Damas, Amjad, 36 ans, et Tahani, 33 ans, vivaient depuis plusieurs années en Libye, où lui travaillait dans un garage et elle donnait des cours d'anglais, quand ils ont décidé de fuir l'instabilité et les violences.

Faute de pouvoir rentrer en Syrie, ils ont embarqué le 2 août 2014 pour l'Italie avec leurs enfants - Rama, 6 ans, Mohammed, 4 ans, Omar, 2 ans, et Israa, 11 mois - sur un bateau de pêche surchargé.

Vers 22 h 30, l'embarcation a croisé un pétrolier, ce qui a comme souvent provoqué un mouvement de foule qui a fait chavirer le bateau.

Amjad et Tahani ont passé près de deux heures dans l'eau, au milieu de centaines de migrants paniqués dont certains arrachaient les gilets de sauvetage des enfants pour les enfiler.

Récupérés par des bateaux différents, ils se sont retrouvés le lendemain pour découvrir que malgré les propos rassurants des secouristes, leurs enfants manquaient à l'appel. Même Rama qui savait nager, même Mohamed qu'Amjad était sûr d'avoir aperçu vivant quand les secouristes l'ont repêché.

Débarqués trois jours après le drame à Salerne, près de Naples, ils ont été rapidement conduits dans un centre d'accueil près de Milan.

«Ils étaient désespérés», a raconté mardi à l'AFP Chiara Chiarici, responsable d'une association contactée par le couple à Milan.

Trois autres familles cherchaient aussi leurs enfants, mais ont vite renoncé. «On ne parle pas de deux ou trois enfants portés disparus dans ce naufrage, mais d'une trentaine», a rappelé Mme Chiarici.

«Frappé à toutes les portes»

Cinq bateaux ont participé aux secours la nuit du 2 août, et les survivants, mélangés aux migrants récupérés le même jour sur d'autres embarcations, ont été débarqués dans deux ports différents.

«Nous avons frappé à toutes les portes: ministères, capitaineries...», a expliqué Mme Chiarici qui, après des mois de recherches, estime que la plupart des disparus s'étaient en fait déjà noyés au moment de l'arrivée des secours.

Au bout d'un mois et demi, Amjad et Tahani ont poursuivi leur route vers l'Allemagne, où ils sont désormais réfugiés, engagés dans un programme d'intégration, «très suivis» selon Mme Chiarici. Ils ont aussi eu un petit garçon, âgé maintenant de 7 mois.

Là, ils se sont tournés vers la Croix-Rouge allemande, qui a contacté la très populaire émission de télévision Chi l'ha visto? (Qui l'a vu?), une institution rivant les Italiens devant leur poste depuis plus de 25 ans.

Un membre de la police scientifique d'Agrigente, en Sicile, a alors reconnu le visage de Mohammed, dont le petit corps l'avait ému alors qu'il assistait à son autopsie, quelques jours après le naufrage.

La police d'Agrigente a pris contact avec la famille en Allemagne, et lancé une grande chaîne de solidarité pour pouvoir la faire venir en Sicile. La responsable d'une chambre d'hôtes les a hébergés, un restaurateur s'est occupé de leurs repas, gratuitement, a raconté à l'AFP la policière qui s'est occupée d'eux, Maria Volpe.

Au commissariat, les parents ont pu revoir les vêtements de Mohammed, ses chaussures et même, triste ironie, son gilet de sauvetage. Ils ont aussi clairement reconnu leur fils sur les photos prises à la morgue.

Puis Mme Volpe les a accompagnés au cimetière de Ribera, à une cinquantaine de kilomètres d'Agrigente, où un employé des pompes funèbres a proposé de mettre la photo de l'enfant sur la petite tombe. «On leur a offert aussi un soutien psychologique, ils étaient ravagés par la douleur».

«Mohammed a une tombe», a confié le père de famille au quotidien italien La Stampa. «À présent, nous allons continuer à chercher nos autres enfants».

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