Malgré les sanctions, la Corée du Nord refuse de se laisser démonter

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Le leader nord-cpréeen Kim Jong Un

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Sebastien BERGER
Agence France-Presse
RASON

À l'extrême nord-est de la Corée du Nord, là où le pays isolé fait frontière commune avec les géants russe et chinois, les sanctions infligées par l'ONU à cause de ses ambitions atomiques produisent leur effet.

Et avec la menace de nouvelles représailles suite au dernier tir par Pyongyang d'un missile balistique intercontinental, les choses ne devraient pas s'arranger dans la Zone économique spéciale (ZES) reculée de Rason.

Rason est l'un des projets de développement phare de Pyongyang qui cherche à exploiter sa proximité géographique avec la Chine, la Russie et le Pacifique.

Lancée officiellement en 1991, la ZES, première du genre, n'a réellement décollé que ces dernières années. Mais face aux vents contraires, les autorités conservent une attitude de défi.

Les entreprises étrangères de la ZES sont attirées par des facilités de visa et des concessions fiscales ou juridiques. Les sociétés peuvent y créer des filiales à 100% sans être obligées de passer par la coentreprise. C'est la politique du «byungin» du dirigeant Kim Jong-Un, le «développement simultané» de l'économie et des programmes nucléaire et balistique nord-coréens.

Mais Pyongyang est sous le coup de huit trains de sanctions de l'ONU. Les exportations de charbon nord-coréen sont interdites -- le combustible s'accumule sur les quais de Rason-- de même que celles de minerai de fer et de produits de la mer.

Pendant des années, le charbon a rapporté beaucoup à Pyongyang. La Chine, principal allié et partenaire économique du Nord, en a importé 22 millions de tonnes en 2016 pour près d'1,2 milliard de dollars. Elle dit avoir cessé aujourd'hui.

La dernière résolution adoptée en septembre après le sixième essai nucléaire nord-coréen interdit à Pyongyang d'exporter ses textiles et réduit ses approvisionnements en pétrole.

Les gens touchés

«Il y a un impact», juge Han Yue, directeur adjoint de la cimenterie chinoise Rason Songsin Building Materials. «Il y a de nombreuses choses qu'on ne peut plus importer de Chine à cause des sanctions».

La Chine est accusée de longue date de ne pas appliquer les sanctions contre son voisin rétif. Mais pour M. Han, la politique de Pékin a bien ralenti le développement et la construction à Rason.

«Cela touche nos ventes. À cause des sanctions, on n'a réalisé pour l'instant cette année que 70% de notre production de 2016».

Sa société cherche désormais auprès de fournisseurs nord-coréens le calcaire et les matières premières qu'elle faisait venir jusqu'alors de Chine. Les sanctions sur le pétrole et le gaz naturel affectent la vie des gens, dit-il aussi. «On voit moins de voitures sur la route».

Cho Bong-hyun, directeur de l'Institut IBK de recherche économique de Séoul, juge probable que des sanctions de plus en plus dures portent «un gros coup» à la ZES de Rason. «Les projets nord-coréens pour développer ces zones vont être difficiles à mettre en oeuvre».

Plus de 5000 hommes d'affaires étrangers, dont 80% de Chinois, travaillaient à Rason mais certains sont partis, reconnaissent en privé des responsables.

Pai Yuenlong vend des chaussures en Corée du Nord depuis dix ans. «Bien sûr qu'il y a un impact. Les gens n'ont pas d'argent, ils consomment peu. J'ai des stocks énormes, je ne pourrais pas changer d'activité même si je le voulais».

Pyongyang soutient malgré tout qu'il ne pliera pas et travaille dur pour minimiser l'effet des sanctions.

Pour l'instant, environ 500 millions d'euros ont été investis dans la ZES, un tiers par la Corée du Nord, le reste par des investisseurs étrangers, selon Kim Yong Nam, directeur du bureau de coopération économique du gouvernement local de Rason.

«Cannette écrasée»

«Bien sûr (les échanges avec la Chine) sont plus pauvres qu'avant. Mais seules les pêcheries ont été touchées» et l'impact «n'est pas si grand».

S'agissant du textile, il souligne que l'interdiction n'entre en vigueur que le 11 décembre et n'a eu pour l'instant aucun effet.

«On peut fabriquer d'autres produits textiles avec nos usines de vêtements alors nous faisons des ajustements à cet effet. Cela pourrait être des choses comme des sacs ou des gants».

D'après la mission américaine auprès des Nations unies, les exportations textiles nord-coréennes représentent près de 800 millions de dollars par an.

La ZES veut développer les activités de transbordement, en important davantage de marchandises chinoises et russes pour les réexpédier à partir du port rénové de Rajin.

Le tourisme constitue également un moteur potentiel pour les autorités, malgré des températures hivernales pouvant descendre à moins 30 degrés Celsius, suffisamment basses pour faire geler la mer, de même que les services.

«Les sanctions n'auront que peu d'impact», martèle M. Kim. «J'ai plus de 50 ans et j'entends le mot "sanction" quasiment depuis que je suis né mais on est toujours en vie et en bonne santé».

«Nous les Coréens, on sait comment survivre aux sanctions», poursuit-il. «Nous sommes loin d'être une cannette qu'on écrase. Nous sommes plus comme l'acier qui se renforce quand il est battu».




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