Pourquoi le PM japonais a-t-il invité Poutine à prendre un bain?

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Le président russe Vladimir Poutine est reçu par le premier ministre japonais Shinzo Abe dans le cadre d'une visite officielle.

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Vladimir Poutine arrivait hier en visite officielle au Japon. Son vis-à-vis Shinz Abe entend lui demander la restitution de quatre des 56 îles conquises par l'URSS en 1945. Abe reçoit Poutine dans la ville de ses ancêtres, Nagato, et a promis de lui faire visiter des célèbres « onsen », les établissements thermaux traditionnels du Japon.

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Le Japon souhaite obtenir la restitution de quatre des îles Kouriles, conquises par l'URSS en 1945, dont l'île d'Itouroup (photo).

PHOTO ANDREY KOVALENKO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Pourquoi Poutine rencontre-t-il Abe ?

« Son objectif est de diminuer le standing et l'influence des États-Unis », explique James Brown, politologue du campus japonais de l'Université Temple à Philadelphie, qui a publié plus tôt cette année le livre Japan, Russia and their Territorial Dispute. « Il veut aussi être vu comme un président qui amène la paix dans le monde. Il n'y a pas eu de traité formel de paix entre l'URSS et le Japon après la Seconde Guerre mondiale à cause des îles Kouriles. »

Pourquoi le Japon veut-il ravoir quatre des îles Kouriles ?

Les autochtones aïnous puis les shoguns japonais contrôlent ce chapelet d'îles, situées au nord de l'île de Hokkaido, depuis plusieurs siècles. Un traité avec la Russie au XIXe siècle a consacré ces îles comme nippones, d'autant que le Japon a annexé la moitié sud de l'île de Sakhaline, au nord des Kouriles, après avoir défait la Russie durant la guerre de 1904-05. Des milliers de Japonais ont été expulsés en 1945 de Sakhaline et des Kouriles, que Roosevelt et Churchill avaient promises à l'URSS en échange de son entrée en guerre contre le Japon. Le Japon a presque réussi à ravoir deux des 56 Kouriles, Shikotan et Habomai, en 1956, parce qu'elles sont très petites et situées à quelques kilomètres de Hokkaido. Mais les États-Unis se sont opposés à ce que le Japon renonce à deux autres îles Kouriles aussi réclamées par Tokyo, Kounashir et Itouroup, beaucoup plus grosses et dont le nom avait déjà été traduit en russe. Pour Shinzō Abe, régler le problème des Kouriles contribuerait à la normalisation du Japon sur la scène internationale.

Qu'est-ce qui fait penser à Abe que Poutine accédera à sa demande ?

« Ils ont eu 12 rencontres ensemble, un record pour un premier ministre japonais », dit M. Brown, en entrevue depuis Tokyo. « Abe s'est montré très flexible, acceptant en principe de discuter de développement économique conjoint des îles et de voyages sans visa pour les anciens habitants des Kouriles, qui se font de plus en plus vieux. Il veut aussi profiter du fait qu'il est le seul dirigeant d'un pays du G-7 qui ait accepté de rencontrer Poutine depuis l'annexion de la Crimée. »

Y a-t-il des précédents à cette « diplomatie de l'onsen » ?

C'est une habitude que le Japon a prise quand sa stature internationale a commencé à être plus importante, à la fin des années 80. Le premier exemple notable a été une rencontre dans un onsen entre plusieurs factions cambodgiennes en 1991, laquelle a mené aux accords de paix de Paris en octobre de la même année. D'autres négociations importantes ont eu lieu dans des onsen au début du millénaire avec le président sud-coréen Roh Moo-hyun et avec le président taïwanais Lee Teng-hui.

Quel est le résultat probable de la rencontre ?

Un échec, selon M. Brown de l'Université Temple. « La Russie a récemment classé le Japon sous la Mongolie au niveau de ses priorités internationales. Poutine veut absolument éviter d'être perçu en Russie comme quelqu'un qui brade des territoires russes. C'est pourquoi il insiste pour que le développement économique conjoint de Kounashir et Itouroup soit fait dans un cadre légal russe, ce qui est inacceptable pour le Japon. Il n'est même plus clair qu'il est disposé à renoncer aux deux petites îles, Shikotan et Habomai. » Après la première des deux journées de travail, hier, le quotidien Japan Times rapporte qu'Abe avait affirmé avoir consacré une heure et demie de sa rencontre avec Poutine aux Kouriles, mais souligne que l'agence russe TASS affirmait que le sujet de la souveraineté des îles n'avait pas été abordé.

La question a-t-elle été abordée lors de la rencontre entre Shinzō Abe et Donald Trump, peu après l'élection de ce dernier ?

« C'est sûr, parce que Trump a plusieurs fois annoncé qu'il entendait avoir de meilleures relations avec la Russie, dit le politologue Brown. Il a donné le feu vert à Abe. Peut-être même que Rex Tillerson [le PDG d'ExxonMobil qui vient d'être nommé secrétaire d'État] a donné un petit coup de main à Abe en faisant jouer ses contacts de haut niveau avec la Russie. »




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