Le Pakistan adopte une loi contre les «crimes d'honneur»

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Des activistes manifestent contre les crimes d'honneur et le meurtre de Qandeel Baloch, à Islamabad, le 18 juillet.

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Issam AHMED, Gohar ABBAS
Agence France-Presse
ISLAMABAD

Trois mois après l'assassinat «pour l'honneur» d'une starlette par son frère, le Parlement pakistanais a adopté une loi très attendue pour lutter contre un fléau qui coûte la vie à des centaines de femmes chaque année.

Le texte, adopté à l'unanimité par l'assemblée, vise à combler un vide législatif permettant à la plupart des accusés d'échapper à la prison, et à ce titre dénoncé de longue date par les défenseurs des droits des femmes dans le pays.

Son objectif déclaré est d'«empêcher ces crimes d'être commis de manière répétée», alors qu'ils «coûtent la vie à des centaines de personnes chaque année».

Le Parlement a également adopté une loi durcissant les peines dans certains cas de viol, imposant des tests ADN et rendant passibles de prison à vie ou de peine capitale les viols de mineurs ou de personnes handicapées.

Le gouvernement du premier ministre Nawaz Sharif s'était engagé en février à durcir la législation sur les crimes dits d'«honneur», mais rien ne s'était produit dans l'immédiat.

Le débat avait rebondi en juillet après le meurtre d'une jeune starlette des réseaux sociaux, Qandeel Baloch, étranglée par son frère, qui avait déclaré avoir agi au nom de l'«honneur» de la famille.

La jeune femme, souvent comparée à la starlette américaine Kim Kardashian, avait un comportement «complètement intolérable», avait-il expliqué. «Je n'éprouve aucun état d'âme pour ce que j'ai fait», avait-il lancé peu après son arrestation.

Ce meurtre avait divisé l'opinion publique, certains se déclarant horrifiés, d'autres estimant que la jeune femme, qui multipliait les provocations, méritait son sort.

Une disposition controversée du droit islamique en vigueur dans ce pays prévoit que les hommes tuant des femmes de leur famille peuvent échapper à toute condamnation si les proches leur «pardonnent» en échange du versement d'une somme compensatoire.

L'ONG Amnesty International dénonce un nombre de cas de «crimes d'honneur» en forte augmentation depuis trois ans et exige que le Pakistan «mette un terme à l'impunité».

Les amendements adoptés jeudi, rendus publics sur le site internet du Parlement, obligent les juges à condamner à la prison à vie les personnes ayant tué pour «l'honneur», même si celles-ci ont été «pardonnées», a indiqué le député d'opposition Farhatullah Babar.

«Même si les membres de la famille proche pardonnent au meurtrier, le tribunal est obligé de l'envoyer en prison pour 25 ans», a-t-il ajouté.

«Merci au premier ministre»

Le premier ministre s'est félicité de l'adoption de la loi et promis qu'elle serait appliquée par la police et les tribunaux. «Nous nous assurerons que cette loi soit pleinement appliquée dans l'ensemble du pays», ont indiqué les services de M. Sharif.

«Merci au premier ministre Nawaz Sharif d'avoir tenu sa parole au sujet de la loi sur les crimes d'honneur», a tweeté la réalisatrice pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, très engagée dans ce combat. Selon elle, plus de 1000 femmes sont tuées chaque année au Pakistan dans des circonstances similaires.

Son film, «A Girl in the River: The Price of Forgiveness» (Une fille dans la rivière: le prix du pardon), un documentaire retraçant l'histoire d'une jeune fille ayant survécu à un crime de ce type, a reçu cette année l'Oscar du meilleur documentaire court.

C'est lors d'une projection du film en février que Sharmeen Obaid-Chinoy avait rencontré M. Sharif, qui s'était alors engagé à mettre un terme à cette pratique «dégradante» et «méprisable».

D'autres militants ont également salué la nouvelle loi.

«C'est un pas dans la bonne direction», a estimé la défenseure des droits des femmes Aisha Sarwari, interrogée par l'AFP.

«Nous devons nous saisir des petites victoires lorsqu'elles se présentent et aller de l'avant, ne pas reculer», a-t-elle ajouté.

Mais la militante Farzana Bari s'est montrée plus prudente, soulignant que la loi laissait au juge le soin de décider dans quel cas un meurtre peut être qualifié de «crime d'honneur».

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