Thaïlande: un référendum sur une nouvelle Constitution controversée

Une partisane de Yingluck Shinawatra arbore un autocollant... (photo  LILLIAN SUWANRUMPHA, AFP)

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Une partisane de Yingluck Shinawatra arbore un autocollant «vote no» (voter non) sur son téléphone cellulaire, à Bangkok, le 5 août.

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Delphine THOUVENOT, Ju APILAPORN
Agence France-Presse
BANGKOK

Les Thaïlandais sont appelés dimanche à se prononcer sur une nouvelle Constitution très controversée, qui permettrait à la junte militaire au pouvoir de noyauter la scène politique, même après le retour à des élections.

Le texte prévoit que le Sénat soit nommé. Cela signifie que, même en cas de législatives (promises à l'horizon 2017), le Parlement se retrouvera sous la coupe d'une chambre haute que les généraux continueront de contrôler.

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) dénonce une « manipulation du processus de rédaction de la Constitution » et la « crédibilité zéro » du vote.

En Thaïlande, humoristes et internautes s'en sont donné à coeur joie pour se moquer d'un référendum dont il est interdit de débattre sous peine de prison.

Arrestations et rappels à l'ordre pour distribution de tracts critiques ou exhibition de tee-shirts avec l'inscription « Votez non » se sont multipliés.

Des meneurs de l'opposition ont même été convoqués cette semaine par la police à Bangkok. Leur faute : s'être réunis pour annoncer la création de groupes d'observateurs pour dimanche.

Et la plus virulente chaîne d'opposition, PeaceTV, a été temporairement fermée.

Les autorités ont poussé le ridicule jusqu'à poursuivre deux fillettes de huit ans qui avaient déchiré des listes électorales par jeu... ce qui relève techniquement d'une opposition au référendum.

« Si nous joignons nos efforts pour le référendum, nous aurons une démocratie stable », martèle une chanson diffusée à la télévision pour motiver les électeurs à se déplacer dimanche.

« Je veux que la Thaïlande soit en paix, que les affaires aillent bien », résume Lakana Ponsin, marchande de fleurs à Bangkok, qui s'apprête à voter « pour », sans plus de conviction, dans un pays qui en est à sa vingtième Constitution depuis 1932.

Comme elle, quelque 50 millions d'électeurs sont appelés à glisser un bulletin « pour » ou « contre » dimanche à partir de 8 h locales (21 h samedi à Montréal). Des résultats préliminaires sont attendus dans la soirée.

En l'absence de débat, peu d'information de fond circule. Les tracts distribués par la Commission électorale, dont l'impartialité est sujette à caution, insistent sur « le bonheur » à venir, sans préciser que le Sénat ne sera pas élu.

Il s'agit d'« empêcher les personnes malhonnêtes de faire de la politique », dit le tract, sans détailler non plus les entraves imposées par le texte aux partis politiques.

Promesse d'élections

« Les gens pensent qu'une fois que nous aurons une Constitution, nous aurons des élections dans la foulée, puis un gouvernement élu qui représentera la majorité, ce qui est faux », s'inquiète Puangthong Pawakapan, politologue de l'Université Chulalongkorn de Bangkok.

Quelle que soit la réponse au référendum, la junte au pouvoir n'est pas prête à lâcher le pouvoir.

Le but est de modifier en profondeur le système politique, afin d'empêcher durablement le retour aux manettes de l'opposition, incarnée par l'ex-premier ministre Thaksin Shinawatra et sa soeur Yingluck, dont le gouvernement a été balayé par le coup d'État de 2014.

Jusqu'ici, les militaires avaient principalement eu recours aux coups d'État, dès 2006 pour Thaksin. Mais les Shinawatra étaient toujours revenus au pouvoir sitôt des élections organisées.

Cette fois-ci, il s'agit pour les élites ultra-royalistes, au premier rang desquelles l'armée, de verrouiller le système, dans une période d'inquiétude sans précédent quant à l'avenir de la royauté, le roi Bhumibol, 88 ans, étant hospitalisé et invisible depuis des mois.

Dans ce pays aux violentes manifestations cycliques, la grande inconnue reste la stratégie de réplique des Chemises rouges, puissant mouvement de soutien à Thaksin et Yingluck Shinawatra, très populaires dans le nord et le nord-est.

Des centaines d'entre eux se sont réunis vendredi devant le tribunal de Bangkok où se déroule le procès de Yingluck, qui risque dix ans de prison dans une affaire critiquée comme politique.

L'ex-première ministre a appelé « tous les Thaïlandais à aller voter », au nom de « l'avenir » de la démocratie, s'abstenant cependant prudemment de se prononcer contre la Constitution.

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