Vive tension au Pakistan après l'exécution de l'assassin d'un gouverneur

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Des partisans de Mumtaz Qadri se sont rassemblés devant sa maison lors de l'annonce de la nouvelle de son exécution.

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Gohar ABBAS
Agence France-Presse
RAWALPINDI

Des milliers de manifestants, rassemblés lundi au Pakistan à l'appel des milieux islamistes conservateurs, ont dénoncé la pendaison d'un de leurs « héros », qui avait assassiné un gouverneur souhaitant modifier une loi réprimant le blasphème.

Des rassemblements ont notamment eu lieu à Karachi, Lahore, et dans la capitale Islamabad. Mais la mobilisation est restée limitée et la plupart se sont achevés sans incident majeur, sous haute sécurité.

Mumtaz Qadri avait été salué comme un « héros » par des islamistes après avoir abattu en 2011 Salman Taseer, gouverneur de la province du Pendjab, qui s'était déclaré favorable à une révision de la loi sur le blasphème, loi défendue bec et ongles par les conservateurs.

« Qadri a été pendu lundi matin dans la prison Adiala » à Rawalpindi, ville proche d'Islamabad, a confirmé à l'AFP Sajjid Gondal, haut responsable de la police locale.

Ses funérailles sont prévues mardi à Rawalpindi et pourraient s'accompagner d'un nouveau rassemblement.

« Les 24 prochaines heures seront très critiques pour le gouvernement », a souligné l'expert en sécurité Hasan Askari, estimant qu'il a pris le risque de mener une exécution susceptible de déclencher des violences afin d'« aller à l'encontre des soupçons » qu'il soutient les islamistes.

La principale manifestation s'est déroulée dans à Karachi (sud), où environ 7000 personnes ont défilé en scandant des hymnes religieux, drapeau vert en main. Un millier a défilé à Lahore, des centaines d'autres à Faisalabad, Multan (centre), Peshawar (nord-ouest) ou dans le Cachemire (nord-est).

« L'exécution a été menée à la va-vite sans respecter la procédure légale », a affirmé Sarwat Ijaz Qadri, le chef du mouvement conservateur Sunni Tehreek manifestant à Lahore.

La plupart des médias pakistanais ont limité leur couverture des évènements, ouvrant plutôt leurs bulletins sur la victoire aux Oscars de la réalisatrice pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, récompensée pour un documentaire dénonçant les crimes d'honneur.

« Fier du martyr de mon fils »

Dans la capitale Islamabad et à Rawalpindi, des écoles ont été fermées. Des routes ont été coupées par les autorités et des manifestants s'en sont pris à un véhicule de journalistes.

Autour du domicile de Qadri à Rawalpindi, un important dispositif de sécurité avait été déployé à l'aube, avant d'être allégé dans la journée. Une file longue d'environ un kilomètre de sympathisants attendait de pouvoir se recueillir devant sa dépouille.

« Je suis fier du martyr de mon fils », a déclaré à l'AFP le père de Qadri, Bashir Awan, se disant prêt à sacrifier ses cinq autres fils « pour l'honneur du prophète ».

« Je n'ai pas de regrets », avait auparavant dit à l'AFP le frère de Qadri, Malik Abid, les larmes aux yeux. La famille avait été informée de l'imminente exécution lors d'une ultime rencontre dimanche soir: « Nous nous sommes mis à pleurer mais il nous a serrés dans ses bras en scandant ''Dieu est grand'' », a indiqué M. Abid.

Le barreau d'Islamabad a annoncé une grève lundi, dénonçant un « meurtre judiciaire », a indiqué un responsable.

Mais sur les réseaux sociaux, nombre de Pakistanais se réjouissaient, certains soulignant que « la justice a été rendue ».

Le fils du gouverneur Taseer, Shehryar, a estimé que l'exécution du meurtrier de son père était « une victoire pour le Pakistan » mais pas pour sa famille, qui espère toujours le retour de son frère Shahbaz Taseer, kidnappé par des extrémistes en 2011.

Sur les réseaux sociaux, nombre de Pakistanais se réjouissaient, certains soulignant que « la justice a été rendue ».

Mais Amnestie internationale a déploré l'exécution, estimant que « tuer de nouvelles personnes est une façon déplorable de rendre hommage à la vie et au message de Salman Taseer », et appelant le Pakistan à rétablir le moratoire sur la peine de mort, levé fin 2014. En janvier, les autorités avaient indiqué avoir exécuté 332 personnes depuis.

Policier affecté à la protection de Salman Taseer, Qadri avait avoué l'avoir criblé de 28 balles dans le centre d'Islamabad.

Ses avocats avaient argué qu'en critiquant la loi sur le blasphème, Salman Taseer s'était lui-même rendu coupable de blasphème, ce qui le rendait passible de mort.

La loi prévoit jusqu'à la peine capitale pour le blasphème, un sujet extrêmement sensible au Pakistan où l'islam est religion d'État.

Les critiques soulignent que cette loi est souvent instrumentalisée pour régler des différends personnels via la diffusion de fausses accusations.

L'assassinat du gouverneur du Pendjab avait pétrifié une classe politique locale déjà très frileuse sur toute controverse impliquant l'islam.

La confirmation par la Cour suprême en octobre de la condamnation à mort de Mumtaz Qadri pour meurtre et terrorisme avait déclenché des manifestations, au cours desquelles des groupes islamistes avaient menacé de mort ceux qui exécuteraient Qadri.

Mumtaz Qadri lors de son arrestation en janvier... (ARCHIVES AP) - image 2.0

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Mumtaz Qadri lors de son arrestation en janvier 2011.

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«Je n'ai pas de regrets», avait auparavant dit à l'AFP le frère de Qadri, Malik Abid, les larmes aux yeux. La famille avait été informée de l'imminente exécution lors d'une ultime rencontre dimanche soir: «Nous nous sommes mis à pleurer, mais il nous a serrés dans ses bras en scandant «Dieu est grand»», a indiqué M. Abid.

Heures critiques

«Les 24 prochaines heures seront très critiques pour le gouvernement», a souligné l'expert en sécurité Hasan Askari. Il estime que les autorités ont pris le risque de mener une exécution susceptible de déclencher des violences afin d'«aller à l'encontre des soupçons» qu'elles soutiennent les islamistes.

Il estime «difficile de dire» à ce stade si les ultraconservateurs vont mobiliser massivement ou pas.

Le parti Jamaat-e-Islami, le deuxième plus grand parti islamiste du pays, a appelé à des manifestations.

Mais la plupart des médias pakistanais ont limité leur couverture de l'exécution, ouvrant plutôt leurs bulletins sur la victoire aux Oscars de la réalisatrice pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, récompensée pour un film dénonçant les crimes d'honneur.

Dans la mégalopole de Karachi, des protestataires ont bloqué d'importants carrefours et fait fermer des stations essence.

Des écoles ont été fermées, et plusieurs routes coupées par les autorités dans la capitale Islamabad et à Rawalpindi, semant le chaos dans la circulation.

Des protestataires ont brûlé des pneus et s'en sont pris au véhicule d'une chaîne de télévision.

La police est en alerte dans ces deux villes, ainsi qu'à Lahore, la deuxième ville du pays.

Le barreau d'Islamabad a annoncé une grève lundi, dénonçant un «meurtre judiciaire», a indiqué un responsable.

Le fils de M. Taseer, Shehryar, a estimé que l'exécution du meurtrier de son père était «une victoire pour le Pakistan», mais pas pour sa famille, qui attend toujours le retour de son frère Shahbaz Taseer, kidnappé par des extrémistes en 2011.

Policier affecté à la protection de Salman Taseer, Qadri avait avoué l'avoir criblé de 28 balles dans le centre d'Islamabad.

Ses avocats avaient argué qu'en critiquant la loi sur le blasphème, Salman Taseer s'était lui-même rendu coupable de blasphème, ce qui le rendait passible de mort.

La loi prévoit jusqu'à la peine capitale pour le blasphème, un sujet extrêmement sensible au Pakistan, où l'islam est religion d'État.

Les détracteurs de la loi soulignent que le texte est souvent instrumentalisé pour régler des conflits personnels via la diffusion de fausses accusations.

L'assassinat du gouverneur du Pendjab, qui avait également soutenu Asia Bibi, une chrétienne accusée d'avoir insulté le prophète Mahomet, avait pétrifié une classe politique locale déjà très frileuse sur toute controverse impliquant l'islam.

Mumtaz Qadri avait été condamné à la peine capitale pour meurtre et terrorisme, une sentence confirmée par la Cour suprême en octobre. Cette décision avait déclenché des manifestations, au cours desquelles des groupes islamistes avaient menacé de mort ceux qui exécuteraient Qadri.

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