La torture de suspects par la police est courante en Chine

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«Pour la police (chinoise), obtenir des aveux est toujours la manière la plus aisée d'arriver à une condamnation», a commenté Patrick Poon, un chercheur d'Amnistie.

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Agence France-Presse
PÉKIN

La torture de suspects par la police pendant leur garde à vue est répandue en Chine, a déclaré jeudi Amnistie internationale, sur la base d'entretiens avec près de 40 avocats dont certains disent avoir eux-mêmes subi des sévices.

Selon un rapport rendu public par l'organisation de défense des droits de l'Homme, des suspects sont giflés, reçoivent des coups de pied, sont frappés avec des chaussures ou des bouteilles pleines d'eau, sont privés de sommeil et enchaînés sur des chaises dans des positions douloureuses pendant des heures d'affilée.

La publication du rapport intervient une semaine avant que le dossier de la Chine ne soit examiné à Genève (Suisse) par le Comité contre la torture de l'ONU.

Selon des chiffres officiels cités par Amnesty, la justice chinoise a reçu au moins 1321 dénonciations de cas d'obtention d'aveux par la torture entre 2008 et la première moitié de 2015.

Mais pendant la même période, seules 279 personnes ont été condamnées dans toute la Chine pour avoir «extorqué des aveux sous la torture», indique l'organisation.

«Pour la police (chinoise), obtenir des aveux est toujours la manière la plus aisée d'arriver à une condamnation», a commenté Patrick Poon, un chercheur d'Amnesty.

D'après lui, «le gouvernement semble plus préoccupé par l'embarras potentiel créé par des condamnations injustifiées que par la nécessité de combattre l'usage de la torture pendant la détention».

Certains avocats chinois représentant des opposants ou des membres de groupes religieux interdits déclarent avoir eux-mêmes été torturés, indique Amnesty.

Sur les 37 avocats que l'organisation a interrogés, 10 avaient subi depuis 2010 des tortures ou d'autres formes de mauvais traitement.

Yu Wensheng, un avocat de Pékin, a raconté qu'il avait eu les poignets menottés très serrés dans le dos pendant une détention de près de 100 jours en 2014.

«Mes mains étaient enflées, et je ressentais une telle douleur que je ne voulais plus vivre. Les policiers resserraient régulièrement les menottes et je hurlais», a-t-il déclaré, cité par Amnesty.

Les tribunaux chinois admettent régulièrement des aveux susceptibles d'avoir été obtenus sous la torture, affirme Amnesty International. Selon l'organisation, sur 190 affaires dans lesquelles des accusations de torture ont été portées, les «confessions» pouvant avoir été obtenues par la force n'ont été exclues du dossier que dans 16 cas.

Les responsables chinois accusent souvent Amnesty d'être «partiale». La Chine assure avoir pris des mesures pour limiter la fréquence de l'obtention d'aveux par la force, parmi lesquelles l'installation de caméras dans les salles d'interrogatoire et l'adoption de lois interdisant cette pratique.

Mais selon Amnesty, les procureurs et les tribunaux chinois sont contrôlés par les responsables locaux du Parti communiste, qui ont tendance à être du côté de la police, ce qui limite l'impact des réformes entreprises dans ce domaine.

«Les responsables locaux et la police continuent à tirer les ficelles du système judiciaire chinois. Malgré les efforts des avocats de la défense, de nombreuses plaintes pour torture sont tout simplement ignorées», a souligné Patrick Poon.

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