Les militaires conservent leur mainmise sur le Parlement birman

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Encore une fois, les militaires ont ce jeudi fait barrage à toute modification : le projet de loi proposait de faire tomber le pourcentage de votes nécessaire pour un changement de la Constitution à 70 %.

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Agence France-Presse
NAYPYIDAW

En rejetant un projet de loi visant à réduire le poids de l'armée birmane au Parlement, les députés ont quasiment anéanti les espoirs de l'opposante Aung San Suu Kyi de voir amender la Constitution, qui lui barre le chemin de la présidence.

Après trois jours de débats enflammés entre soldats en uniforme et députés élus, le projet visant à réduire le pouvoir de blocage de l'armée au sein du Parlement a été rejeté.

Malgré l'ouverture du pays et la mise en place depuis 2011 d'un gouvernement quasi civil, le Parlement birman continue à être dominé par d'anciens généraux. Et les militaires ont jusqu'ici repoussé avec véhémence toute tentative de réduire leur pouvoir.

Encore une fois, les militaires ont ce jeudi fait barrage à toute modification : le projet de loi proposait de faire tomber le pourcentage de votes nécessaire pour un changement de la Constitution à 70 %.

D'après les textes, plus de 75 % des votes des députés sont nécessaires pour modifier la Constitution au Parlement où un quart des sièges est réservé à l'armée, lui donnant donc dans les faits un droit de veto.

La prix Nobel de la Paix, Suu Kyi, avait estimé que pour qu'il y ait un «véritable changement» dans le pays après les élections législatives, cette règle devait être modifiée. Elle fait campagne depuis des mois sur ce thème.

En effet sans changement, l'opposante - dont le parti LND (Ligue nationale pour la démocratie) est donné gagnant aux élections législatives à venir - ne pourra pas faire modifier la Constitution qui l'empêche de devenir présidente.

Un article de la Constitution exclut l'accès à la présidence pour toute personne ayant un conjoint ou des enfants étrangers. Une disposition datant de l'époque de la junte et considérée comme visant directement Suu Kyi, dont les deux fils sont Britanniques.

S'exprimant juste après le vote, Suu Kyi a exhorté le peuple birman à ne pas «perdre espoir» et indiqué que l'opposition n'allait pas «renoncer» aux élections législatives prévues pour octobre ou novembre.

«À partir de maintenant, nous allons nous concentrer sur l'élection», a-t-elle déclaré.

Le parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), est donné vainqueur pour ces élections vues comme un test crucial pour ce pays en pleine mutation après des décennies de régime militaire autoritaire et d'isolement. À condition que les élections soient libres et équitables.

«Démocratie naissante»

Même si ce résultat négatif était largement anticipé, le silence s'est abattu sur l'assemblée au moment de l'annonce des résultats. Plusieurs députés de la LND ont même paru bouleversés.

Dans les rangs des militaires, on se félicitait de ce résultat. Le général de brigade Tin Naing San avait expliqué aux journalistes avant le vote que le changement proposé «ne convenait pas» parce que dans le pays «la démocratie est encore à un stade naissant».

Après avoir été enfermée en résidence surveillée pendant près de 15 ans par l'ancienne junte, Suu Kyi est finalement entrée au Parlement après les élections de 2012. Une ouverture saluée dans le monde entier. Mais ces derniers mois, la prix Nobel de la Paix a plusieurs fois averti que les réformes étaient au point mort dans le pays.

Pour Andrew McLeod, chercheur en droit à l'Université d'Oxford qui a conseillé les comités parlementaires ayant examiné la Constitution, la LND disposera peut-être d'une autre brève fenêtre de tir pour changer la loi fondamentale, juste après les élections de novembre prochain.

La dernière fois que la LND a participé à un vote à l'échelle nationale, c'était en 1990. Elle avait alors remporté une victoire écrasante, mais n'avait jamais été autorisée à prendre le pouvoir.

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