Une présidentielle sans opposants en Ouzbékistan

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Depuis l'indépendance du pays en 1991, le règne de M. Karimov a été associé à de longs mandats présidentiels, des victoires écrasantes sur des concurrents de faible notoriété et une participation présentée comme massive à chaque élection.

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Muhammadsharif MAMATKULOV
Agence France-Presse

Les bureaux de vote ont fermé dimanche en Ouzbékistan en revendiquant une participation massive de 91% pour un scrutin qui devrait sans surprise reconduire à la tête de l'ex-république soviétique d'Asie centrale le président sortant et ultra-favori Islam Karimov.

Les trois adversaires de M. Karimov, dirigeant de l'Ouzbékistan soviétique dès 1989 et qui a effectué trois mandats, sont tous issus de partis politiques soutenant officiellement le président sortant et ayant appelé à sa réélection.

Un seul parmi eux possède une réelle notoriété: le député Akmal Saïdov, qui a recueilli moins de 3% des voix lors de la dernière élection en 2007, alors que Karimov en a récolté près de 90%.

Depuis l'indépendance du pays en 1991, le règne de M. Karimov a été associé à de longs mandats présidentiels, des victoires écrasantes sur des concurrents de faible notoriété et une participation présentée comme massive à chaque élection.

Les opérations de vote ont débuté à 06H00 locales (01H00 GMT) et se poursuivront jusqu'à 20H00 (15H00 GMT) dans 9000 bureaux à travers tout le pays.

Près de 21 millions de personnes étaient appelées aux urnes dans ce pays de 30 millions d'habitants, le plus peuplé des cinq anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale.

De nombreux électeurs de la capitale Tachkent ont dit à l'AFP avoir voté pour le président sortant.

Burkhon, un mécanicien de 63 ans qui a refusé de donner son nom de famille, a justifié son vote pour Karimov en invoquant des troubles sporadiques au Kirghizstan et Tadjikistan, deux pays voisins de l'Ouzbékistan, ainsi que la crise ukrainienne.

Gulhayo Khujanova, une étudiante de 18 ans votant pour la première fois, a déclaré à l'AFP: «j'ai voté pour notre président, Islam Karimov. Je suis vraiment satisfaite de ce qu'il fait pour les jeunes.»

Plus de 300 observateurs internationaux, issus de 43 pays, ont été mobilisés pour le scrutin. Un rapport préliminaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) publié le 20 mars soulignait que Karimov se présente une nouvelle fois bien que les mandats présidentiels soient limités à deux dans la constitution ouzbèke.

Pouvoir solide

Dans sa campagne discrète débutée le 17 février, Karimov a résumé l'enjeu du scrutin: moi ou le chaos. L'Ouzbékistan partage une frontière de 137 kilomètres avec l'Afghanistan, pays ravagé par la guerre.

«Sans un gouvernement fort, ce sera le chaos», a-t-il prévenu mercredi pendant une réunion diffusée par les télévisions publiques. «Un jour viendra où nos citoyens jouiront d'une liberté totale, de toutes les libertés individuelles et surtout, de la liberté de la presse», a-t-il assuré.

En attendant, rien ne semble empêcher sa réélection pour un quatrième mandat à 77 ans. Régulièrement montré du doigt par les ONG internationales, le régime d'Islam Karimov navigue habilement entre les intérêts russes et occidentaux.

Après le massacre le 15 mai 2005 d'Andijan, l'Ouzbékistan avait été mis au ban de la communauté internationale. L'OSCE estime que 300 à 500 personnes avaient été tuées ce jour-là lors de la répression d'un soulèvement.

Mais l'aide américaine n'a jamais cessé et l'Union européenne a suspendu ses sanctions économiques dès 2009. Le président russe Vladimir Poutine, lui, s'est rendu en décembre à Tachkent, tentant de convaincre l'Ouzbékistan de rejoindre l'Union économique eurasiatique menée par Moscou. Une invitation refusée par Islam Karimov, soucieux de l'indépendance de son pays.

La seule menace à son régime semble être son âge et la fragilité supposée de son état de santé, qui l'amène à danser chaque année en public lors d'une fête traditionnelle pour démentir les rumeurs.

La fille aînée en disgrâce

Symbole des luttes d'influence familiales qui éclatent au grand jour dans l'ex-république soviétique, les spéculations autour de la disgrâce de Goulnara Karimova, la fille aînée du président, ont alimenté la chronique au cours des derniers mois.

À la fois pop star, femme d'affaires et politicienne influente, Goulnara Karimova, 42 ans, avait tout pour devenir successeur désigné de son père. Mais elle a franchi une ligne rouge en comparant son père à Staline, puis en accusant sa soeur cadette et sa mère de sorcellerie, avant de s'en prendre sur Twitter au puissant chef de la Sécurité ouzbèke.

Accusée de corruption, la fille aînée d'Islam Karimov est aujourd'hui assignée à résidence. Selon son porte-parole à Londres, une enquête a été ouverte en raison des liens entre un «groupe criminel» et des hommes d'affaires avec qui elle était associée.

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