Thaïlande: interdite de politique, la première ministre déchue risque la prison

L'ex-première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra avait témoigné devant l'Assemblée... (PHOTO PORNCHAI KITTIWONGSAKUL, ARCHIVES AFP)

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L'ex-première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra avait témoigné devant l'Assemblée nationale jeudi pour clamer son innocence et dire que l'interdire de vie politique n'était fondé sur «aucun texte de loi», la junte ayant révoqué la Constitution.

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Boonradom CHITRADON
Agence France-Presse
BANGKOK

L'ex-première ministre thaïlandaise Yingluck Shinawatra a été interdite vendredi de vie politique pour cinq ans et risque jusqu'à dix ans de prison pour corruption, une double sanction qui risque de remettre le feu aux poudres entre ses partisans et la junte militaire.

«La démocratie est morte aujourd'hui en Thaïlande, en même temps que le respect des lois», a réagi Yingluck dans un communiqué.

Ces procédures sont «un outil visant à me détruire», a-t-elle ajouté, après l'annulation de sa conférence de presse en raison de la loi martiale, qui interdit les rassemblements politiques.

L'Assemblée nationale, composée de membres nommés par les auteurs du coup d'État de mai 2014, a voté son interdiction de vie politique, une première dans l'histoire du royaume.

Quelques heures plus tôt, le parquet a annoncé sa prochaine inculpation pour «corruption», assurant que cette coïncidence de calendrier était «fortuite».

Sur la chaîne satellitaire Peace TV, Jatuporn Prompan, président du puissant mouvement pro-Shinawatra des Chemises rouges, a dénoncé une «provocation destinée à faire sortir les Chemises rouges» dans la rue.

Il a toutefois appelé ses partisans à rester chez eux et à attendre le moment opportun, alors que la junte a menacé de réprimer toute manifestation, en vertu de la loi martiale.

Si la justice conclut à la culpabilité de Yingluck dans un programme de subvention aux riziculteurs ayant conduit son gouvernement à acheter le riz jusqu'à 50 % au-dessus du prix du marché, «elle risque jusqu'à dix ans de prison», a confirmé le parquet.

Yingluck, âgée de 47 ans, devrait être mise en examen début mars, et d'ici là, elle est interdite de sortie de territoire. Elle devait déjà soumettre un itinéraire de voyage à la junte avant tout départ à l'étranger.

Dans un pays, où la justice est réputée proche des élites ultra-royalistes comme l'armée, l'annonce de sa prochaine inculpation résonne comme un couperet.



Élimination durable

Yingluck avait emboîté le pas de son frère Thaksin Shinawatra, ancien magnat des télécommunications en exil, en prenant la tête du gouvernement en 2011, après la victoire de son parti aux législatives.

Malgré ses tentatives de réconcilier ce pays profondément divisé, les opposants de Yingluck ont toujours vu cette novice en politique comme la marionnette de son frère, ennemi juré des élites, inquiètes de sa popularité électorale, notamment dans le Nord et le Nord-Est agricoles du pays.

La junte thaïlandaise est aujourd'hui accusée de vouloir éliminer durablement l'influent clan Shinawatra de la scène politique, alors que se pose la question de la succession du roi Bhumibol, âgé de 87 ans, tabou suprême en Thaïlande.

Selon les analystes, l'interdiction de toute activité politique de Yingluck, doublée d'une condamnation en justice, fait partie du processus d'élimination.

La Thaïlande, profondément divisée entre pro et anti-Shinawatra, est confrontée à une crise politique récurrente depuis le coup d'État de 2006 contre Thaksin Shinawatra. Celui-ci a pris la voie de l'exil pour échapper à la prison, sur des accusations de corruption déjà.

Yingluck avait témoigné devant l'Assemblée nationale jeudi pour clamer son innocence et dire que l'interdire de vie politique n'était fondé sur «aucun texte de loi», la junte ayant révoqué la Constitution.

«Réconciliation» nationale

Mais à plus long terme, la situation risque de se révéler intenable pour la junte, qui assure mener une entreprise de «réconciliation» nationale, tout en restreignant fortement les libertés civiques, soulignent les analystes.

«À moyen et long terme, les griefs vont s'accumuler du côté des partisans de Yingluck et Thaksin» et finir par «remonter à la surface», explique à l'AFP Thitinan Pongsudhirak, de l'Université Chulalongkorn de Bangkok, décrivant comme de nombreux politologues la Thaïlande comme une cocotte-minute.

Les Chemises rouges se sont faites très discrètes depuis le coup d'État. Avant le renversement du gouvernement, ils avaient évité toute confrontation directe avec les manifestants qui avaient réclamé pendant des mois la chute de Yingluck, jusqu'à être exaucés par les militaires.

Yingluck avait réussi à faire face aux manifestants réclamant sa tête pendant des mois, sans se départir de son calme, jouant la carte de l'usure. Depuis le coup d'État, elle a fait quelques apparitions symboliques remarquées, notamment à l'hôpital où est traité le roi Bhumibol. C'est au nom de la défense de la monarchie que l'armée a fait le coup d'État.

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