Les agresseurs de Malala arrêtés

Malala, attaquée à la sortie de l'école, avait... (PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS)

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Malala, attaquée à la sortie de l'école, avait survécu à cette attaque qui avait fait d'elle une icône internationale de la paix et du droit à l'éducation des enfants.

PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS

Gohar ABBAS
Agence France-Presse
ISLAMABAD

L'armée a annoncé vendredi avoir arrêté les rebelles talibans qui ont tenté de tuer l'écolière Malala Yousafzai en 2012 dans le nord-ouest du Pakistan pour réduire au silence cette jeune pasionaria de l'éducation des filles.

Blessée par balle à la tête, l'adolescente de 15 ans à l'époque survécut de justesse à cette attaque qui fit d'elle une icône internationale de la paix et du droit à l'instruction pour tous.

«Le groupe qui a mené l'attaque contre Malala Yousafzai a été arrêté», a annoncé le porte-parole de l'armée, le général Asim Bajwa, lors d'une conférence de presse au siège des forces militaires près de la capitale Islamabad.

Ces dix hommes appartiennent au Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), le principal groupe rebelle du pays, affilié à Al-Qaïda et qui avait revendiqué l'attaque, a-t-il affirmé.

Ils ont été interpellés lors d'un raid mené conjointement par l'armée, la police et les services de renseignement dans le cadre de l'offensive en cours depuis juin dernier contre le TTP et d'autres groupes rebelles islamistes dans le nord-ouest, frontalier de l'Afghanistan, a-t-il ajouté.

Deux d'entre eux avaient ouvert le feu sur Malala et plusieurs de ses camarades en octobre 2012 alors qu'elles se trouvaient dans un minibus à la sortie de l'école à Mingora, capitale de la région de Swat, selon le général Bajwa.

Cette annonce a toutefois été démentie en bloc côté rebelle par Ehsanullah Ehsan, porte-parole du TTP à l'époque de l'attaque, qui a dénoncé un «fantasme» et une manipulation de l'armée.

«L'attaque contre Malala a été menée par trois de nos combattants. Un a depuis été tué, et les deux autres sont vivants et avec nous», a-t-il déclaré sur Twitter.

Malala s'était fait connaître en 2009 à l'âge de 11 ans en alimentant pour la BBC un blogue en ourdou, la langue nationale, dans lequel elle décrivait la dure vie quotidienne sous la férule fondamentaliste des talibans menés par le mollah Fazlullah, qui avaient pris le pouvoir par la force en 2007.

Elle y clamait notamment le droit à l'éducation des filles, interdite par Fazlullah, et y dénonçait la destruction des écoles par ses hommes dans cette magnifique vallée des contreforts de l'Himalaya autrefois très prisée des touristes. Les talibans furent chassés de Swat en 2009 par une offensive militaire, mais ont continué par la suite à y mener des attaques.

«Des livres, pas des armes!»

Selon M. Bajwa, c'est Fazlullah qui donna en 2012 l'ordre de tuer Malala pour réduire au silence celle qui continuait à prêcher pour l'éducation des filles et avait l'année précédente été distinguée par le gouvernement pour son courage et son engagement.

Le groupe d'une dizaine d'hommes qui a organisé l'attaque contre Malala était originaire de Swat et avait avec lui «une liste de 22 (autres) cibles» à éliminer, a-t-il affirmé.

Grièvement blessée lors de l'attaque, notamment à la tête, Malala avait été soignée au Pakistan puis transférée au Royaume-Uni, où elle a poursuivi ses traitements et y vit aujourd'hui avec sa famille à Birmingham.

Son courage a été salué à travers le monde par de nombreux dirigeants et institutions. Elle a notamment remporté l'an dernier le prix Sakharov de l'Union européenne pour les droits de l'homme, et a été sélectionnée pour le prix Nobel de la paix.

Depuis son départ du Pakistan, Malala a participé à plusieurs conférences internationales où elle a plaidé pour la paix et l'éducation des enfants, croisant de nombreux responsables et célébrités ravies de s'afficher à ses côtés.

Elle s'est plusieurs fois exprimé au siège de l'ONU à New York, décrivant notamment son «rêve» de «voir chaque enfant éduqué» et exhortant les États à réduire leurs dépenses militaires et à «envoyer des livres, pas des armes!» dans les pays pauvres, lors de discours très applaudis.

Elle s'est également impliquée dans des causes plus particulières, allant en début d'année à la rencontre d'enfants de réfugiés syriens en Jordanie pour appeler la communauté internationale à soutenir leur éducation.

En juillet dernier, elle s'est rendue au Nigeria pour apporter son soutien à la campagne #bringbackourgirls («Ramenez nos filles») pour la libération des écolières kidnappées par les islamistes de Boko Haram.

Mais son hyper-médiatisation en Occident ne plaît pas à tout le monde, notamment dans son Pakistan natal, et dans sa région du nord-ouest traditionnellement très conservatrice.

Les cercles islamistes voient en elle, comme en son père accusé de la manipuler, un «agent des États-Unis» ou «de l'Occident» monté de toute pièce pour corrompre la jeunesse et propager une culture anti-islamique.




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