Thaïlande: l'armée décrète la loi martiale

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Des soldats ont été déployés mardi matin dans les rues du centre de Bangkok, après la proclamation de la loi martiale en vue de rétablir l'ordre après des mois de crise politique en Thaïlande.

Photo CHAIWAT SUBPRASOM, Reuters

Boonradom Chitradon
Agence France-Presse
BANGKOK

L'armée thaïlandaise a décrété mardi la loi martiale et déployé des soldats dans Bangkok, après des mois de crise politique et des manifestations anti-gouvernementales ayant fait 28 morts.

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Les manifestants d'opposition, qui campent devant le siège du gouvernement, réclament la nomination d'un premier ministre «neutre».

Photo PORNCHAI KITTIWONGSAKUL, AFP

«Déclarer la loi martiale n'est pas un coup d'État», mais vise «à restaurer la paix et l'ordre public», a assuré l'armée dans une annonce faite au petit matin à la télévision.

Des soldats et véhicules militaires ont été déployés dans le centre de Bangkok, notamment dans le secteur des hôtels et des chaînes de télévision, a constaté l'AFP.

Ils ont également placé des dizaines d'hommes, des véhicules et des points de contrôle à proximité d'une manifestation des Chemises rouges pro-gouvernementales dans une banlieue de Bangkok, selon l'AFP sur place.

L'armée a toutefois ordonné aux manifestants des deux camps de rester sur leurs sites de rassemblement respectifs.

«Le public ne doit pas paniquer et continuer à vivre sa vie normalement», a-t-elle également conseillé dans son adresse télévisée.

Les inquiétudes étaient néanmoins vives, dans une capitale gardant en mémoire les plus de 90 morts de 2010 lorsque l'armée, sur ordre du gouvernement de l'époque, avait donné l'assaut contre les Chemises rouges qui occupaient le centre de Bangkok.

«Quelle situation chaotique», a réagi Chitra Hiranrat, Bangkokienne de 49 ans sur le chemin du travail.

«Je ne sais pas ce qui nous attend. Est-ce que la loi martiale va aider ou pas?», s'est-elle alarmée, alors que les transports en commun étaient aussi bondés que d'habitude et la présence militaire concentrée à certains lieux clefs.

L'armée a décrété la censure des médias dans l'intérêt de la «sécurité nationale», selon une déclaration lue sur toutes les chaînes de télévision et de radio.

L'armée «interdit à tous les médias de rapporter ou de distribuer toute information ou toute photographie nuisibles à la sécurité nationale», a précisé la déclaration du général Prayut Chan-O-Cha.

L'armée a aussi privé d'antenne dix chaînes, dont les très partisanes BlueSky (pro-opposition) et, du côté des pro-gouvernement, AsiaUpdate et UDD, au motif qu'elles risquent de «déformer l'information» et d'«aggraver le conflit».

L'armée thaïlandaise avait déjà menacé jeudi d'intervenir dans la crise, après la mort de trois nouveaux manifestants dans une attaque à la grenade en plein Bangkok.

Le gouvernement intérimaire n'avait pas été avisé par les militaires qu'ils allaient déclarer la loi martiale, ce qui n'empêche pas le cabinet intérimaire de rester en fonction, a assuré Paradorn Pattanatabut, conseiller en charge de la sécurité auprès du gouvernement.

«Déclarer la loi martiale relève de l'autorité militaire», a-t-il relativisé. «Le gouvernement intérimaire existe toujours», a-t-il affirmé. Un conseil des ministres exceptionnel était en cours mardi matin.

Dernière ligne droite? 

L'opposition assure être dans sa dernière ligne droite contre le gouvernement intérimaire, avec la récente destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Ils l'accusaient d'être la marionnette de son frère, Thaksin Shinawatra, destitué par un coup d'État en 2006 et aujourd'hui en exil.

«Nous sommes convaincus que l'invocation de la loi martiale va bénéficier à notre mouvement et servir notre cause», a réagi Sathit Wongnongtoey, un des meneurs des manifestants d'opposition.

Les Chemises rouges, puissant mouvement rassemblant les partisans du gouvernement, nombreux parmi la population rurale du nord et du nord-est du pays, ont mis en garde l'opposition contre un risque de guerre civile si l'opposition s'obstinait à vouloir faire tomber ce qui reste du cabinet.

Les manifestants d'opposition, qui campent devant le siège du gouvernement, réclament la nomination d'un Premier ministre «neutre» et repoussent sine die la tenue de législatives, suscitant des inquiétudes quant à leurs aspirations démocratiques.

L'Histoire de la Thaïlande est émaillée de coups d'État (18 réussis ou tentés depuis 1932, date de l'instauration de la monarchie constitutionnelle), le dernier étant celui de 2006 contre Thaksin Shinawatra.

Mais même si le chef de l'armée de terre a soufflé le chaud et le froid sur le sujet ces derniers mois, l'armée avait refusé jusqu'ici de se laisser entraîner dans la spirale, même quand les manifestants semaient le chaos en occupant ministères et bâtiments publics.

Le bilan est désormais de 28 morts en six mois de crise, le plus souvent lors de tirs d'origine inconnue, dont les deux parties s'accusent. Toutes deux comptent des extrémistes prônant la violence.

Le Premier ministre intérimaire, Niwattumrong Boonsongpaisan, assure qu'il a la loi avec lui, dans l'attente de la nomination d'un Premier ministre après des législatives, que le gouvernement intérimaire souhaite organiser cet été après l'invalidation de celles de février par la justice.

L'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra continue à diriger le pays à distance selon ses détracteurs, qui veulent sortir du jeu politique le «clan Shinawatra».

Selon les analystes, les manifestants sont soutenus par les élites royalistes, qui considèrent le «clan Shinawatra», vainqueur de toutes les législatives depuis 2001, comme une menace pesant sur la monarchie, alors que le roi de Thaïlande est âgé de 86 ans.

A Tokyo, le gouvernement japonais a fait part de ses «grandes inquiétudes» face aux événements en Thaïlande, un pays où le Japon investit massivement.




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