Combats et méfiance sapent les efforts de paix en Birmanie

Un camp de déplacés près de Sittwe, en... (Photo Gemunu Amarasinghe, Associated Press)

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Un camp de déplacés près de Sittwe, en Birmanie.

Photo Gemunu Amarasinghe, Associated Press

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Kelly Machnamara
Agence France-Presse
Rangoun

De nouveaux combats entre l'armée birmane et les rebelles de la minorité ethnique kachin portent un coup aux espoirs de mettre un terme à des décennies de guerre civile en Birmanie, en pleine transition démocratique.

Malgré ces inquiétudes, une nouvelle séance de négociations est prévue mi-mai.

Le conflit en État kachin, dans l'extrême nord de la Birmanie, à la frontière chinoise, a repris en 2011 après dix-sept années de trêve, déplaçant quelque 100 000 personnes et faisant un nombre indéterminé de morts.

En avril, une semaine de combats intenses près de camps de déplacés a forcé environ 2700 civils à prendre la fuite, certains pour la deuxième ou troisième fois, selon l'ONU.

Ces affrontements ont nourri la méfiance envers l'armée, renforcée par des signes de durcissement de la position des militaires dans les négociations.

Et ce, au moment même où celles-ci entrent dans une phase cruciale, ce qui risque de saper les efforts du gouvernement réformateur au pouvoir depuis trois ans de parvenir à un cessez-le-feu au niveau national.

Les nouvelles violences sont de «mauvais augure», a commenté en avril le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dénonçant la «loi du talon» régnant des deux côtés.

La Birmanie est le théâtre depuis son indépendance des Britanniques en 1948 de plusieurs conflits armés entre le pouvoir central et plusieurs des nombreuses minorités ethniques, devenus la plus ancienne guerre civile au monde.

Alors que l'ancienne junte militaire dissoute en 2011 utilisait la nécessité de maintenir l'unité du pays comme prétexte à sa mainmise sur le pouvoir, beaucoup restent très méfiants envers cette armée toujours puissante. D'autant qu'elle joue désormais un «rôle prépondérant» dans les négociations, selon un observateur occidental.

Les groupes rebelles s'inquiètent notamment du rejet par les militaires d'une de leurs revendications clés: un système fédéral, tant au niveau politique que de la sécurité.

«L'armée ne peut pas accepter la construction d'une union fédérale et des droits égaux pour les minorités ethniques», a ainsi dénoncé Naing Han Tha, négociateur pour les groupes rebelles.

De leur côté, «les minorités ethniques ne peuvent pas accepter d'être avalées par l'idéologie de supériorité» de l'armée, ajoute-t-il.

La souffrance des civils

Le gouvernement quasi civil qui a succédé à la junte a réussi à conclure des trêves avec 14 des 16 principaux groupes rebelles.

Mais les discussions avec l'Armée pour l'indépendance kachin (KIA) et l'Armée nationale de libération ta'ang, en État shan, n'ont pas abouti.

Les autorités insistent notamment sur le fait que le dialogue politique ne pourra commencer qu'après la fin des hostilités.

Un récent rapport du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) estime que les actions de l'armée en État kachin sont «très troublantes», sans pour autant prouver une volonté de faire dérailler le processus de paix dans son ensemble.

Pendant ce temps, la souffrance des civils se prolonge dans l'État kachin.

La moitié des dizaines de milliers de déplacés vivent dans des camps en zone rebelle, coupés de presque toute aide internationale jusqu'à la fin de l'année dernière, lorsque les autorités ont finalement autorisé l'accès de convois humanitaires.

De nombreux paysans ayant dû quitter leur terre ne peuvent plus gagner leur vie.

Dans son dernier rapport, le mois dernier, Tomas Ojea Quintana, envoyé spécial de l'ONU pour les droits de l'Homme en Birmanie, a souligné avoir recueilli lors d'une visite des accusations de «violences sexuelles contre des femmes kachins, de détention arbitraire et de torture de jeunes hommes kachins».

Il a appelé les deux parties à inclure la question des droits de l'Homme dans tout accord de paix national.

Deacon Maji Naw, 71 ans, a, lui, été déplacé trois fois depuis que le cessez-le-feu a volé en éclat en 2011. «Nous ne rentrerons chez nous que quand le gouvernement et la KIA signeront un cessez-le-feu et quand ils diront tous les deux que nous pouvons rentrer à la maison. Seulement à ce moment-là, nous pourrons rentrer», lance le vieil homme, désormais installé au camp de déplacés de Bethlehem, près de Myitkyina, en zone contrôlée par le gouvernement.




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