Après Haiyan, les Philippins remercient Dieu de leur avoir sauvé la vie

Dix jours après l'arrivée de Haiyan sur les... (PHOTO PHILIPPE LOPEZ, ARCHIVES AFP)

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Dix jours après l'arrivée de Haiyan sur les îles du centre de l'archipel, le photographe de l'AFP Philippe Lopez avait pris une photo (ci-dessus) d'Elsie Indi, à la tête de la procession. Ce cliché est devenu le symbole de la ferveur, l'espoir et la force de résistance des survivants du typhon, pauvres avant la tempête et encore plus pauvres après.

PHOTO PHILIPPE LOPEZ, ARCHIVES AFP

Karl MALAKUNAS
Agence France-Presse
OPONG

De retour dans leur village ravagé par un puissant typhon qui a tué des milliers de personnes aux Philippines en novembre dernier, des habitants, épuisés, mais épargnés, ont fait voeu de défiler plusieurs fois par mois pour remercier Dieu d'être toujours en vie.

Avant l'arrivée de la tempête Haiyan, ils avaient marché en procession à travers les rues d'Opong, trois jours de suite, en portant des statues de saints, afin de supplier le Seigneur de les protéger du typhon annoncé.

Les vagues géantes provoquées par Haiyan ont balayé plusieurs maisons de la bourgade côtière et les vents, parmi les plus violents jamais enregistrés à terre, ont arraché les toits de celles dont les murs ont résisté. Mais aucun des 3500 habitants n'a perdu la vie.

Les fidèles de la procession ont promis de défiler ensemble au moins deux fois par semaine pour le restant de leur vie.

«Nous voulons remercier le Seigneur de nous avoir donné une deuxième chance. Nous voulons le remercier de nous avoir donné la force de la foi», déclare à l'AFP Elsie Indi, mère de quatre enfants, une des participantes.

Dix jours après l'arrivée de Haiyan sur les îles du centre de l'archipel, le photographe de l'AFP Philippe Lopez avait pris une photo (ci-dessus) d'Elsie Indi, à la tête de la procession. Ce cliché est devenu le symbole de la ferveur, l'espoir et la force de résistance des survivants du typhon, pauvres avant la tempête et encore plus pauvres après.

Il a remporté le premier prix du prestigieux World Press Photo dans la catégorie «Actualités» et l'image a été choisie par le magazine Time comme l'une des dix photos les plus marquantes de 2013.

Six heures dans la boue

Elsie Indi, 42 ans, son mari handicapé et leurs quatre enfants avaient fui leur maison le 8 novembre à l'aube, alors que l'eau commençait à envahir les ruelles, courant se réfugier vers des rizières au pied d'une colline, à un kilomètre du village.

Avec d'autres habitants d'Opong, ils ont attendu dans la boue pendant six heures, jusqu'à ce que la tempête perde de sa puissance et les pluies d'intensité.

Quelque 8000 personnes sont mortes ou portées disparues, souvent noyées ou emportées par les flots.

«Tout le monde a survécu à Opong. Nous pouvons remercier Dieu pour cela», déclare Elsie Indi.

Lors des jours qui ont suivi, une poignée d'habitants a défilé en procession deux fois par jour, une marche de plus d'une heure.

De tels actes de dévotion ne sont pas rares dans l'archipel, où plus de 80% des 100 millions de Philippins se disent catholiques pratiquants, héritage de la colonisation espagnole.

L'Église continue d'y exercer une forte influence, dans la vie quotidienne et politique. Le divorce est par exemple interdit.

Lorsqu'une prière a été exaucée, le fidèle promet parfois un sacrifice, une coutume connue sous le nom de «panata».

«Après avoir été sauvés, nous devions promettre quelque chose. La procession est une forme de sacrifice», explique Virginia Piedad, 47 ans, institutrice, qui est à l'origine des processions bi-hebdomadaires à Opong.

Souffrances et angoisses

Elsie Indi et elle assurent qu'elles défileront chaque mercredi et chaque dimanche, avec la même statue de Jésus dans les bras, jusqu'à leur dernier souffle.

Malgré leurs actions de grâce, les existences d'Elsie Indi et de beaucoup d'autres à Opong évoquent un puits de souffrances et d'angoisses.

Le toit de tôle et les fenêtres de sa maisonnette ont été détruits pendant la tempête et la mère de famille ne sait pas où trouver les 150 000 pesos (3719 $ CAN) nécessaires à leur remplacement.

Elle tient un étal au marché et arrive à peine à faire vivre sa famille. Son mari, Roel, souffre d'un diabète sévère et ne travaille plus depuis six ans. Trois de ses enfants vont encore à l'école. L'aîné, 21 ans, gagne 200 pesos (5$) par jour en fabriquant des parpaings pour construire des maisons.

Lorsqu'elle a voulu rouvrir son étal, emporté par les vents, elle a emprunté 15 000 pesos à un usurier local, un prêt sur six mois doté d'un taux d'intérêt de 33%.

«Nous supplions pour recevoir une aide. Nous avons besoin d'argent pour reconstruire notre maison», sanglote la femme sur le seuil de sa demeure, qui tient à peine debout.

Mais elle se dit heureuse d'avoir survécu, raison bien suffisante selon elle pour continuer de rendre grâce à Dieu, une statue de saint dans les bras.




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