Pakistan: 100 maisons chrétiennes brûlées par des musulmans

Plus de 3000 musulmans en colère ont pris... (Photo Adrees Hassain, Reuters)

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Plus de 3000 musulmans en colère ont pris d'assaut et en partie détruit samedi Joseph Colony, un quartier chrétien de Lahore, la grande ville de l'est, après l'arrestation d'un chrétien accusé d'avoir tenu trois jours auparavant des propos blasphématoires contre Mahomet, le prophète de l'islam.

Photo Adrees Hassain, Reuters

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Waqar Hussain
Agence France-Presse
Lahore

Une dispute sur la religion entre un chrétien et un musulman ivres a déclenché l'émeute de samedi au cours de laquelle des musulmans ont incendié plus de 100 maisons chrétiennes dans l'est du Pakistan, ont indiqué dimanche la police et des témoins.

Ce saccage est un signe supplémentaire des tensions religieuses qui agitent ce pays à plus de 95% musulman, marquées par une vague d'attentats contre la minorité chiite (20% de la population) qui ont déjà fait plus de 250 morts cette année, une évolution inquiétante à l'approche des élections générales prévues en mai.

Plus de 3000 musulmans en colère ont pris d'assaut et en partie détruit samedi Joseph Colony, un quartier chrétien de Lahore, la grande ville de l'est, après l'arrestation d'un chrétien accusé d'avoir tenu trois jours auparavant des propos blasphématoires contre Mahomet, le prophète de l'islam.

Ces violences n'ont pas fait de victimes.

Le blasphème, passible de la peine de mort au Pakistan, est un sujet hypersensible dans le pays, où des accusations mêmes infondées peuvent déclencher des manifestations violentes de musulmans criant au sacrilège.

La police de Lahore, capitale de la province du Pendjab, a indiqué avoir arrêté plus de 60 personnes soupçonnées d'avoir participé aux violences de samedi, et le porte-parole du gouverneur provincial a promis le tribunal antiterroriste aux émeutiers.

Sawan Masih a été arrêté vendredi après avoir été accusé de blasphème par Shahid Imran, un musulman présenté comme un de ses amis. Un grand nombre de chrétiens avaient alors fui leur foyer, craignant à raison des représailles de musulmans locaux.

Les deux amis «étaient ivres mercredi quand ils se sont disputés» à propos de la religion, a expliqué à la presse Multan Khan, le chef de la police locale. La consommation d'alcool est officiellement interdite aux musulmans au Pakistan.

Une porte-parole de la police du Pendjab, Nabila Ghazanfar, a annoncé plus tard que quatre hauts responsables, dont Multan Khan, avaient été démis de leurs fonctions pour «négligence» et pour avoir échoué à maîtriser les émeutiers.

Soucieux d'apaisement, le gouvernement du Pendjab a également annoncé que les victimes recevraient 200 000 roupies (environ 1600 euros) chacune en compensation et que les autorités paieraient la reconstruction.

Tahir Ashrafi, président du Conseil des oulémas du Pakistan, l'une des plus hautes autorités religieuses du pays, a condamné l'attaque de samedi. «Commettre des incendies criminels en réaction à de simples rumeurs est immoral, illégal et l'islam ne le permet pas», a-t-il souligné.

La sévérité des lois pakistanaises sur le blasphème a attiré l'attention de la communauté internationale et suscité une vive émotion l'an dernier avec «l'affaire Rimsha». Les défenseurs des droits de l'Homme jugent ces lois régulièrement abusivement instrumentalisées par certains musulmans pour accuser des chrétiens ou d'autres musulmans avec qui ils ont un conflit personnel.

Rimsha, une jeune chrétienne illettrée d'Islamabad d'environ 14 ans, était restée trois semaines en détention provisoire après avoir été accusée d'avoir brûlé des feuilles de papier sur lesquelles étaient écrits des versets du coran.

Un imam local a depuis été accusé d'avoir fabriqué des preuves pour la faire accuser, et toutes les charges contre elle ont ensuite été abandonnées par la justice. Une autre chrétienne, Asia Bibi, originaire du Pendjab, est incarcérée depuis juin 2010 après avoir été condamnée à mort pour blasphème.

Les chrétiens représentent environ 2% de la population au Pakistan. Descendants pour beaucoup des basses castes de l'ancien empire des Indes, ils sont en majorité pauvres et discriminés socialement, souvent cantonnés à des métiers subalternes.

Les accès de violences antichrétiens sont toutefois rares dans le pays. Le scénario de samedi rappelle celui d'août 2009, lorsque sept chrétiens avaient été tués à Gojra, à 160 km à l'ouest de Lahore, par un groupe de musulmans en colère qui les accusaient d'avoir profané le Coran.

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