Au Venezuela, Maduro renforcé face à une opposition divisée

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De manière surprenante, le président Maduro se retrouve en position de force pour les prochaines échéances électorales.

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Maria Isabel SANCHEZ
Agence France-Presse
Caracas

L'opposition vénézuélienne était mardi plus divisée que jamais après le départ d'une de ses figures majeures, partisan de plus de fermeté face au président socialiste Nicolas Maduro, en position de force alors qu'il y a peu il était confronté à une vague de manifestations.

Quatre des cinq gouverneurs régionaux de l'opposition récemment élus ont prêté serment lundi devant la Constituante, exclusivement composée de partisans du président Maduro.

C'est un revirement par rapport à la position initiale de la coalition de Table pour l'unité démocratique (MUD), qui voulait boycotter la Constituante dont elle ne reconnaît pas la légitimité.

En signe de protestation, l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles a claqué la porte de la MUD mardi, dénonçant une «trahison».

«Moi je ne vais pas continuer dans cette Table, je ne vais plus en faire partie» tant qu'y sera présent Henry Ramos Allup, leader du parti des quatre gouverneurs ayant prêté allégeance à l'Assemblée constituante, a assuré M. Capriles dans une vidéo sur internet.

«Quand on est malade, il faut opérer et enlever la tumeur. Dans la MUD, il faut faire pareil», a plaidé celui qui avait perdu de peu face à M. Maduro lors de la présidentielle de 2013.

S'il a pris cette décision à titre personnel, sans engager son parti qui se prononcera ultérieurement, ces querelles en public font évidemment le jeu du gouvernement.

Ce dernier, grand vainqueur des régionales du 15 octobre (18 régions remportées sur 23), avait menacé de destituer les gouverneurs ne prêtant pas serment devant la Constituante, une menace qui a porté ses fruits.

Et, de manière surprenante, le président Maduro, chahuté par une vague de manifestations au printemps exigeant son départ et ayant fait 125 morts, se retrouve en position de force pour les prochaines échéances électorales (municipales, encore sans date, et présidentielle, fin 2019).

Le naufrage économique du pays pétrolier y est pour beaucoup: «Dans nos Etats, il y a beaucoup de familles dans la misère. Nous assumons le coût politique (de prêter serment) pour défendre le vote de nos électeurs», s'est justifiée la gouverneure de Tachira, Laidy Gomez.

«Scénario parfait»

«C'est le scénario parfait pour le chavisme (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013, ndlr), cela lui permet d'avancer dans sa stratégie de rendre peu à peu légitime la Constituante», décriée largement à l'international depuis son élection fin juillet, explique à l'AFP un expert en questions électorales, Eugenio Martinez.

Le président Maduro a d'ailleurs salué la prestation de serment des quatre gouverneurs comme une reconnaissance des «pleins pouvoirs» de la Constituante, appelée à siéger jusqu'en 2019.

Cette attitude triomphaliste tranche avec l'énorme impopularité du chef d'Etat, dont la gestion est rejetée par plus de 80% des Vénézuéliens.

Mais «pendant ce temps-là, dans l'opposition on remarque trop les coutures» unissant les différents partis de la coalition, souligne Eugenio Martinez.

«Le gouvernement est en train d'appliquer son plan d'accaparer le pouvoir pour toujours, ce qui implique de détruire son principal ennemi politique. La MUD est peut-être en train d'imploser», estime le politologue Luis Salamanca.

Les quatre gouverneurs signataires sont du parti Action démocratique de M. Allup, ex-président du Parlement.

Les deux autres partis majoritaires de la MUD (qui en compte une trentaine au total), D'abord la justice de M. Capriles et Volonté populaire de Leopoldo Lopez - qui purge à domicile une peine de près de 14 ans de prison - ont dénoncé une «action de trahison et de tromperie».

«Le plus grand succès du gouvernement serait la fracture totale de l'opposition. Il n'a pas besoin de beaucoup plus», juge l'analyste Luis Vicente Leon.

L'opposition risque aussi de perdre son soutien populaire. «Quelle manière de désenchanter des millions de personnes qui espéraient une résistance, c'est leur mort politique», confie Margarita Garcaa, commerçante de 52 ans de San Cristobal, capitale de l'État de Tachira.

«Le gouvernement gagne chaque jour plus de terrain en parvenant à ce que les gens soient déçus et n'aient plus envie de voter», soupire Gendrick Parra, vendeuse de 38 ans de Maracaibo.




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