Le Sénat haïtien cible les homosexuels

D'un pays à l'autre, les droits des minorités... (PHOTO ARCHIVES AFP)

Agrandir

D'un pays à l'autre, les droits des minorités sexuelles varient énormément. Alors qu'on célèbre les avancées à certains endroits, on note d'importants reculs ailleurs.

PHOTO ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a une semaine, le Sénat haïtien a voté une loi étonnante, car elle interdisait une pratique qui n'avait auparavant jamais été autorisée : le mariage entre conjoints de même sexe.

Dans le même souffle, les sénateurs ont aussi prohibé tout geste susceptible de «faire la promotion de l'homosexualité». Les contrevenants s'exposeraient à une peine de prison maximale de trois ans.

Cette pièce législative, qui doit encore être approuvée par un vote parlementaire, a pris tout le monde par surprise. Haïti n'était pas en proie à un débat sur le mariage gai. En fait, le seul signe de tension sociale entourant la question des droits des homosexuels a été un projet de festival LGBT qui a fini par avorter, l'an dernier.

«Des sénateurs étaient alors montés au créneau pour empêcher la tenue de ce festival», explique Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, à Port-au-Prince.

Selon ce journaliste, c'était le premier signe d'une bataille menée par des sénateurs évangéliques au nom de la défense de la famille. Bataille qui a culminé la semaine dernière, avec la loi votée au Sénat.

En réalité, il ne s'agit pas d'une, mais de deux lois, qui auront pour effet indirect de «criminaliser l'homosexualité», craint Charlot Jeudy, président de Kouraj, l'une des rarissimes organisations de défense des droits des homosexuels en Haïti.

L'autre volet législatif priverait les personnes homosexuelles «avérées» de leur certificat de bonnes moeurs, précise Charlot Jeudy. Or, ce document peut être exigé pour une admission à l'université, ou encore pour obtenir certains emplois, en diplomatie ou dans les forces de l'ordre, par exemple.

Ce militant dénonce ces législations comme inconstitutionnelles, car elles violent le droit à la liberté d'expression et d'association.

Il croit lui aussi que ce discours anti-homosexuels est le fait de la montée des groupes évangéliques, venus notamment des États-Unis «avec beaucoup de moyens» et prêchant l'homophobie.

Tout en trouvant absurde qu'un pays où le tiers de la population vit dans la pauvreté extrême prenne la peine de s'en prendre aux homosexuels, il s'interroge aussi sur la portée de l'interdit visant la promotion de l'homosexualité. Est-ce que toute personne soutenant les droits des homosexuels risquerait d'aboutir en prison?

Charlot Jeudy... (FACEBOOK) - image 2.0

Agrandir

Charlot Jeudy

FACEBOOK

«Est-ce que ça veut dire que nous ne pourrons plus nous montrer? Il y a beaucoup de peur dans notre communauté. Des jeunes m'appellent et se demandent si on pourra encore circuler librement», s'inquiète Charlot Jeudy.

Quoi qu'il en soit, le président de Kouraj prévoit que la communauté LGBT n'aura d'autre choix que de «se mettre à l'abri» si jamais la loi finit par être votée par les parlementaires - ce dont personne ne doute.

Car même si l'homosexualité trouve sa place dans le vaudou, aucun politicien haïtien n'a eu le courage d'appuyer les militants de Kouraj dans leur bataille, déplore Charlot Jeudy.

Comme le résume le journaliste Frantz Duval : «Aucun élu n'osera s'opposer au projet de loi de peur de se faire taxer de gai...»

Répression en Russie

Le projet de loi haïtien n'est qu'un des exemples de pays où les droits des LGBT ont reculé depuis un an. Au sommet de la liste, il y a la Russie, en raison de la campagne féroce menée contre les homosexuels en Tchétchénie, république de la Fédération russe.

«Des gais et des personnes perçues comme gaies y sont incarcérés et torturés», déplore Helen Kennedy, coprésidente d'ILGA, organisation qui publie une compilation annuelle de l'état des droits des LGBT dans le monde.

La Russie et Haïti sont les exemples les plus flagrants de ces reculs. Mais ces droits régressent aussi aux États-Unis, où de plus en plus d'États restreignent la capacité d'adopter pour les couples homosexuels.

Ailleurs, les droits des homosexuels font aussi des gains. Ainsi, l'Allemagne vient d'autoriser le mariage gai - et ce, même si la chancelière Angela Merkel était ouvertement contre.

Pour Helen Kennedy, qui dirige aussi l'ONG canadienne Egale, Ottawa a fait un grand pas en avant avec la loi C-16 assurant la protection des droits des personnes transgenres.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer