La ville frontalière de Tijuana s'inquiète du mur de Trump

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Plus d'un million de personnes et 400 000 véhicules franchissent légalement chaque jour les 3200 kilomètres qui séparent les deux pays, selon le président mexicain Enrique Peña Nieto.

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Jennifer GONZALEZ COVARRUBIAS
Agence France-Presse
TIJUANA

Mayra Rodriguez a passé 22 années à faire des allers-retours entre Tijuana, dans le nord-ouest du Mexique, et San Diego en Californie, aux États-Unis, pour financer les études de pilote de son fils.

Chaque jour à 5 heures du matin, elle vient attendre à ce point de passage pour se rendre chez son employeur à San Diego où elle emballe de la nourriture mexicaine congelée.

Quitter Tijuana, une ville de 1,9 million d'habitants située dans une zone désertique et poussiéreuse, pour traverser la frontière peut prendre jusqu'à trois heures en voiture aux heures de pointe.

Beaucoup sont aujourd'hui préoccupés à l'idée que ce délai puisse s'allonger considérablement après la décision de Donald Trump de lancer la construction du fameux mur frontalier.

Plus d'un million de personnes et 400 000 véhicules franchissent légalement chaque jour les 3200 kilomètres qui séparent les deux pays, selon le président mexicain Enrique Peña Nieto.

Mayra tremble à l'idée que les choses puissent changer pour elle. «J'ai le privilège de travailler là-bas, parce qu'ici je ne pourrais pas faire grand-chose. Je suis une mère célibataire», explique cette femme vivant dans un quartier modeste et qui passe en moyenne deux heures et demie chaque jour dans les transports en commun.

Mayra craint désormais de perdre son travail car elle a la quasi-certitude que la construction du mur ralentira le passage vers San Diego.

Sur la plus grande partie de la frontière qui sépare les deux villes se dresse une grande muraille en métal rouge oxydé.

Paradoxalement, Mayra - comme beaucoup d'autres Mexicains qui dorment en territoire mexicain et travaillent aux États-Unis - a bénéficié, grâce aux menaces protectionnistes de Trump, de la forte dépreciation du peso face au dollar.

«En ce moment nous sommes privilégiés, grâce à Dieu», avoue timidement cette mère d'une autre adolescente inscrite dans le secondaire dans une école privée.

«Je ressens des sentiments contradictoires. D'un côté, mes enfants vivent bien ici grâce aux dollars que je gagne de l'autre côté, mais je ne veux pas aller vivre là-bas, et j'ai peur de ne plus pouvoir y aller quotidiennement», explique-t-elle en regagnant à pied son domicile.

«Incertitude insupportable»

Au point de passage destiné aux véhicules, la circulation est lente. Des marchands ambulants circulent entre les voitures pour proposer de la nourriture ou encore des statuettes de la Sainte Vierge. Immobilisés dans des voitures souvent en mauvais état, immatriculées pour la plupart en Californie, les passagers parlent avec empressement de leurs craintes face à la politique de Trump.

«C'est sûr que nous allons perdre beaucoup de temps. Certains vont perdre leur travail à cause de cela», craint Julian Tamayo, 49 ans. Mais ce qui le dérange plus, c'est l'humiliation qu'il craint d'avoir à subir plus fréquemment de la part des fonctionnaires de l'immigration. «Avec son discours, Trump est en train de leur donner carte blanche pour encore plus d'abus», estime-t-il.

Hector Renteria, étudiant en architecture dans une université publique à Tijuana, pense «que le mur n'est pas nécessaire car il y aura toujours des moyens de passer» pour les migrants illégaux.

Pour lui, la première conséquence de la construction du mur sera le ralentissement de la circulation. Le contrôle des documents «sera plus strict».

Tijuana est un important point de passage pour des camions transportant toutes sortes de produits.

Des sociétés de transport ont mis des années à obtenir les permis leur permettant de faire entrer des marchandises aux États-Unis et aujourd'hui les chauffeurs ne trouvent plus le sommeil à l'idée de perdre ces autorisations.

Chaque mois, plus de 70 000 camions passent ici, selon des chiffres de 2016 fournis par le gouvernement.

Si Trump «met à exécution tout ce qu'il dit, on ne pourra plus traverser, et ce travail disparaîtra», s'inquiète Roman Diaz, 45 ans, tandis que son camion transportant des téléviseurs avance tout doucement. «On vit dans une incertitude insupportable».




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