Choléra en Haïti: l'attitude «honteuse» de l'ONU dénoncée

Un homme présentant les symptômes du choléra attend... (photo v, archives AFP)

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Un homme présentant les symptômes du choléra attend d'être pris en charge dans une clinique de Randelle, petite localité du sud d'Haïti, le 19 octobre. La région a été lourdement touchée par le passage de l'ouragan Matthew.

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Agence France-Presse
NATIONS UNIES

Le refus des Nations unies d'admettre leur responsabilité juridique dans l'épidémie de choléra qui ravage Haïti depuis 2010 est « honteux », injustifiable et « affaiblit la crédibilité » de l'organisation, a dénoncé mardi un expert indépendant des droits de l'homme.

Cette attitude établit « un système de deux poids, deux mesures » qui contredit les efforts de l'ONU pour sanctionner les gouvernements coupables d'exactions, a estimé Philip Alston, rapporteur spécial de l'ONU sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme.

Mi-août, après avoir longtemps refusé de l'admettre, l'ONU a pour la première fois reconnu son « implication dans le foyer initial » de l'épidémie.

Selon de nombreux experts indépendants, la maladie a été introduite en Haïti par des Casques bleus népalais de la Mission de l'ONU sur place (MINUSTAH).

Mais l'organisation internationale maintient qu'elle n'a pas de responsabilité légale, tout au plus une « responsabilité morale ».

Son attitude pendant six ans « a été un désastre », a affirmé M. Alston, estimant que l'ONU était « moralement condamnable, indéfendable du point de vue légal, contraire aux intérêts (de l'ONU) et inutile ».

Il s'exprimait devant l'assemblée générale de l'ONU en présentant un rapport sur cette affaire.

Les rapporteurs spéciaux sont des experts indépendants mandatés par les Nations unies.

Selon M. Alston, la stratégie onusienne - consistant à « éviter à tout prix de reconnaitre sa responsabilité » et à poser « une chape de silence » sur cette affaire - a été dictée par son département des affaires juridiques et inspirée par les États-Unis.

Ceux-ci, qui sont les principaux contributeurs au budget de l'ONU, auraient poussé à suivre des stratégies de défense adoptées dans des litiges aux États-Unis.

Selon M. Alston, faire amende honorable ne remettrait pas en cause l'immunité dont l'ONU se prévaut en tant qu'organisation internationale.

Interrogé sur ces critiques acerbes, le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric a fait valoir que « la position juridique de l'ONU ne l'empêchait pas d'offrir une aide matérielle à ceux qui sont affectés et de prendre des mesures pour éradiquer le choléra ».

L'ONU a prévu d'apporter une aide matérielle directe aux familles des victimes du choléra et aux communautés les plus touchées et d'accélérer la lutte contre l'épidémie.

Elle espère mobiliser 400 millions de dollars, dont la moitié en aides directes aux Haïtiens, mais les donateurs sollicités sont réticents.

M. Alston a salué ces efforts et a demandé aux pays de se montrer généreux.

Le choléra a touché près de 800 000 personnes depuis le déclenchement de l'épidémie en octobre 2010 et 9300 en sont mortes. On recense toujours plus de 500 cas chaque semaine et le récent ouragan Matthew qui a dévasté une partie du pays a encore aggravé les choses.

-Avec l'Associated Press

«Conditions inhumaines» dans les abris de sinistrés de l'ouragan

PORT-AU-PRINCE - Les sinistrés en Haïti vivent dans des « conditions inhumaines » dans les abris provisoires depuis le passage de l'ouragan Matthew il y a trois semaines, a déploré mardi Gustavo Gallon, expert indépendant des Nations unies sur la question des droits de l'homme.

« Dans la ville de Jérémie, j'ai visité le lycée Nord Alexis qui abrite, d'après ce qu'on m'a dit, environ 3000 victimes du cyclone, 525 familles. J'ai pu constater qu'elles sont dans des conditions pénibles : sans nourriture, sans accès aux services de santé, sans eau potable, sans installations hygiéniques et sanitaires appropriées », a témoigné Gustavo Gallon lors d'une conférence de presse à Port-au-Prince, après une visite de neuf jours dans le pays.

L'ouragan Matthew a ravagé la péninsule sud d'Haïti le 4 octobre, causant, selon le dernier bilan officiel, la mort de 546 personnes. Plus de 175 000 personnes ont perdu leur domicile et survivent depuis dans des abris provisoires sans assistance humanitaire adéquate.

Au lycée Nord Alexis de Jérémie, « ces personnes sont entassées dans 20 salles du lycée : elles ont faim. Il y a deux bébés qui sont nés dans cet endroit sans assistance d'accouchement et il y a environ 20 femmes enceintes », a témoigné mardi le juriste colombien avant son départ du pays.

« Tous ces gens sont affectés psychologiquement à cause de ce qui s'est passé, du jour au lendemain avec leurs vies. Une jeune dame m'a dit : "Nous sommes tous devenus des malades mentaux". Les conditions dans lesquelles se trouvent ces personnes sont inhumaines et devraient être résolues immédiatement », a exhorté M. Gallon.

Selon la protection civile haïtienne, l'ouragan a détruit ou lourdement endommagé plus de 770 écoles et les établissements scolaires restés intacts sont occupés par les milliers de familles sinistrées.

Étant donnée la grande détresse des personnes qui ont tout perdu lors du passage destructeur de Matthew, l'expert onusien met en doute la volonté des autorités de faire reprendre les cours dans les établissements comme celui qu'il a visité à Jérémie.

« Le directeur du lycée Nord Alexis a reçu des autorités l'instruction de se préparer à organiser la rentrée scolaire dans deux semaines. Il ne voit pas comment il pourrait honorer cette demande », a encore témoigné Gustavo Gallon.

Nommé à son poste en juin 2013 par le conseil des droits de l'homme des Nations unies, Gustavo Gallon a achevé mardi sa sixième visite en Haïti depuis le début de son mandat.

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