Brésil: «Je n'ai commis aucun crime», plaide Dilma Rousseff

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« Je viens pour vous regarder dans les yeux, messieurs les sénateurs, et dire que je n'ai commis aucun crime de responsabilité, je n'ai pas commis les crimes pour lesquels je suis jugée injustement et arbitrairement accusée », a déclaré Dilma Rousseff, l'air sombre face à l'hémicycle.

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Sebastian Smith, Damian WROCLAVSKY
Agence France-Presse
BRASILIA

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a exhorté lundi les sénateurs à voter contre un « coup d'État », se disant victime d'un procès « injuste et arbitraire », dans un plaidoyer de la dernière chance avant sa probable destitution mardi ou mercredi.

« Je viens pour vous regarder dans les yeux, messieurs les sénateurs, et dire que je n'ai commis aucun crime de responsabilité, je n'ai pas commis les crimes pour lesquels je suis injustement et arbitrairement accusée », a déclaré sur un ton combatif la dirigeante de gauche, suspendue de ses fonctions depuis le 12 mai.

La voix calme, mais déterminée pour son discours de 45 minutes, Mme Rousseff, accusée notamment de maquillage des comptes publics, a fustigé « un coup d'État pour élire indirectement un gouvernement usurpateur » au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l'ont réélue en 2014.

« Votez contre l'impeachment, votez pour la démocratie », a-t-elle martelé.

Elle était arrivée souriante au Sénat, vêtue d'une jupe noire et d'une veste grise ornée de fleurs brodées, accueillie par plusieurs centaines de ses partisans scandant « Dilma, guerrière de la patrie brésilienne ! » avec des pancartes de son Parti des travailleurs (PT).

« Je suis venu pour défendre nos droits, les droits que les putschistes veulent nous arracher. Tout ça, c'est une farce, un complot de la droite », a témoigné Luis Saraiva, employé d'un commerce de 43 ans.

Même si tous les pronostics lui sont défavorables, l'ex-guérillera de 68 ans, emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), est venue à ce rendez-vous historique « décidée, préparée pour la bataille », a assuré aux journalistes le député de gauche Silvio Costa.

Pour affronter les sénateurs, dont plus des deux tiers requis sont favorables à l'« impeachment » selon les décomptes des médias brésiliens, elle était accompagnée de son mentor politique, l'ex-président Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2010), du chanteur-compositeur engagé de gauche Chico Buarque et d'une douzaine d'anciens ministres.

« La mort de la démocratie »

La première femme élue à la tête du Brésil en 2010 dénonce un complot ourdi par son ancien vice-président devenu rival, Michel Temer (PMDB, centre droit), 75 ans, qui assure l'intérim depuis sa suspension.

Si elle est destituée, il présiderait le pays jusqu'aux prochaines élections présidentielle et législatives fin 2018.

Dans son discours, la voix deux fois brisée par l'émotion, Dilma Rousseff a rappelé son combat contre la dictature : « J'avais peur de la mort, des séquelles de la torture dans mon corps et mon âme (...), mais je n'ai pas cédé. J'ai résisté ».

« Aujourd'hui, je ne crains que la mort de la démocratie ».

Sa probable éviction mettrait fin au règne de la gauche dans le plus grand pays d'Amérique latine, entamé en 2003.

« Ce qui est en jeu, ce sont les conquêtes des 13 dernières années en faveur de la population, des plus pauvres et de la classe moyenne », a affirmé Mme Rousseff.

« Pas un chèque en blanc »

Après son discours, elle a commencé à répondre aux questions des sénateurs, dont plus de la moitié sont soupçonnés de corruption ou visés par une enquête.

« Le vote (des électeurs) n'est pas un sauf-conduit, un chèque en blanc qui autorise un dirigeant à agir au-delà des limites de la loi » de finances, a critiqué le sénateur Ricardo Ferraço (PSDB, droite).

« Vous avez dépensé ce que vous aviez et vous avez demandé aux banques publiques de dépenser ce que vous n'aviez pas. Vous avez commencé à pédaler. Vous avez vendu un Brésil irréel, les chiffres irréels ont conduit à la perte de confiance des Brésiliens et nous affrontons la plus grave crise financière de l'histoire du pays », a renchéri la sénatrice Simone Tebet, du PMDB (centre droit) de M. Temer.

Un « oui » des deux tiers des sénateurs - 54 sur 81 - sera requis pour prononcer la destitution de Mme Rousseff.

« Malgré son discours intéressant et bien élaboré, elle n'a pas la force de modifier la conviction des sénateurs et j'estime qu'elle sera destituée par au moins 59 votes », a déclaré à l'AFP le sénateur Raimundo Lira (PMDB).

« Sa présence est importante parce qu'elle gratifie ceux qui la soutiennent (...), mais aussi parce qu'elle démontre que ce procès est totalement démocratique », a-t-il estimé.

Dilma Rousseff a été acculée après sa réélection par une triple tempête : la première économie d'Amérique latine est entrée dans une récession historique, le climat politique s'est brutalement tendu, envenimé par le scandale de corruption au sein du géant étatique Petrobras, qui éclabousse la majeure partie de l'élite politique.

Tout aussi impopulaire que sa rivale, Michel Temer attend la destitution de Dilma Rousseff pour s'envoler, mardi ou mercredi en Chine pour un sommet du G20. Il tentera d'y redorer le blason du géant émergent latino-américain.

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