Guatemala: la forêt brûle pour faire atterrir les avions de la drogue

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«Il y a la présence du narcotrafic qui, chaque jour, veut avoir plus de terrains et pour cela, n'hésite pas à mettre le feu à la forêt ou payer des gens pauvres pour qu'ils le fassent», a expliqué dimanche aux journalistes Alma Polanco, directrice du Conseil national des zones protégées de Péten.

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Henry MORALES
Agence France-Presse
PETÉN

Depuis janvier, 8200 hectares de forêt ont brûlé dans le nord du Guatemala. Les coupables, selon les autorités et défenseurs de l'environnement? Les narcotrafiquants, qui font ainsi de l'espace pour construire notamment des pistes d'atterrissage clandestines.

Au total, le pays d'Amérique centrale a vu partir en fumée quelque 12 000 hectares de forêts depuis le début de l'année, mais c'est dans la région de Péten, frontalière avec le Mexique et le Belize, que les trois quarts des dégâts ont été constatés, selon les chiffres officiels.

La région est précieuse : elle abrite la Réserve de la biosphère Maya, une zone protégée de 2,2 millions d'hectares de nature et de sites archéologiques à la valeur inestimable, comme celui de Tikal.

Tikal est l'un des vestiges les plus emblématiques de la civilisation maya, déclaré patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1979.

Mais «il y a la présence du narcotrafic qui, chaque jour, veut avoir plus de terrains et pour cela, n'hésite pas à mettre le feu à la forêt ou payer des gens pauvres pour qu'ils le fassent», a expliqué dimanche aux journalistes Alma Polanco, directrice du Conseil national des zones protégées de Péten.

Les trafiquants cherchent ainsi des surfaces plus grandes pour y mener leurs activités illégales, comme l'élevage clandestin ou encore la construction de pistes d'atterrissage pour les avions transportant de la drogue.

Le Guatemala a en effet vu ces dernières années son territoire envahi par les puissants cartels de drogue mexicains, qui s'appuient sur des criminels locaux pour continuer leur trafic ainsi que du blanchiment d'argent.

Selon le ministère de l'Intérieur, le cartel mexicain le plus présent actuellement au Guatemala est celui de Sinaloa, de Joaquin «El Chapo» Guzman, actuellement détenu au Mexique et sur le point d'être extradé aux États-Unis.

Premier renfort mexicain

Devant l'étendue des zones détruites, le gouvernement guatémaltèque a déclaré ce week-end la région de Péten en état de calamité.

Avec cette mesure, «nous espérons obtenir l'aide d'organisations internationales aux pompiers afin de leur fournir des ressources, comme du combustible et des aliments», a indiqué le vice-président du pays, Jafeth Cabrera.

Dès dimanche, un hélicoptère de l'armée mexicaine est arrivé à Péten pour se joindre à la lutte contre les incendies, heureusement en baisse alors que démarre la saison des pluies.

Pour Luis Romero, de l'ONG de défense de l'environnement Société de conservation de la nature (WCS), il ne fait aucun doute que la majorité des incendies de forêts, dans la région de Péten, sont dûs aux narcotrafiquants, qui cherchent ainsi à «étendre leur territoire».

«Nous luttons et nous déposons les plaintes nécessaires auprès des autorités, nous lançons les enquêtes, mais compte tenu de l'étendue du territoire concerné, c'est très difficile d'arriver» jusqu'aux groupes criminels pour les amener devant la justice, reconnaît Luis Romero.

Il estime que le nombre d'hectares brûlés dans la région pourrait même dépasser le chiffre officiel d'environ 8000 hectares, précisant qu'une nouvelle estimation serait effectuée.

Les autorités expliquent toutefois que les narcotrafiquants ne sont pas les seuls à blâmer dans ces incendies de forêts : parfois, il s'agit aussi de populations locales cherchant à s'installer dans ces zones ou à y cultiver des produits agricoles.

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