L'opposition vénézuélienne veut le départ du président Maduro

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro.

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Alexander MARTINEZ
Agence France-Presse
CARACAS

L'opposition à Nicolas Maduro, majoritaire au Parlement vénézuélien, a décidé vendredi d'accélérer la procédure pour faire partir le président socialiste après l'instauration de l'état d'urgence économique, qui lui donne des pouvoirs étendus pour affronter la crise.

«Dans les prochains jours, nous devrons faire déjà une proposition concrète de sortie (du pouvoir) de ce malheur national qu'est le gouvernement», a annoncé le président du Parlement, Henry Ramos Allup, même si les procédures envisagées nécessitent le feu vert d'organismes réputés proches du gouvernement, compliquant les chances d'aboutir.

«Je peux dire que si auparavant, certains trouvaient trop rapide le délai de six mois que nous nous étions donné pour parvenir à une solution démocratique, constitutionnelle, pacifique et électorale (pour amener M. Maduro à quitter le pouvoir, NDLR), aujourd'hui personne ne doute du fait que c'est peut-être trop long», a-t-il ajouté.

Il réagissait ainsi à la validation par la justice de l'état d'urgence économique dans ce pays asphyxié par la chute des cours du pétrole.

Ce décret, qui accorde des pouvoirs étendus au président pour 60 jours renouvelables, avait été pris par Nicolas Maduro le 14 janvier, mais avait été rejeté une semaine plus tard par le Parlement.

Il «est entré en vigueur à partir de sa publication et sa légitimité, sa validité, sa vigueur et son efficacité juridico-constitutionnelle sont irrévocables», a estimé le Tribunal suprême de justice (TSJ) dans un avis publié jeudi soir.

Le texte prévoit le recours par le gouvernement aux moyens des entreprises privées (transport, distribution) pour «garantir l'accès» aux aliments, médicaments et biens de première nécessité, ainsi qu'un contrôle des entrées et sorties d'argent liquide.

«Cela facilite beaucoup le travail», a salué Nicolas Maduro sur la télévision d'État, promettant d'annoncer les premières mesures dans les prochains jours.

«Le Tribunal suprême de justice a parlé, sa parole est sainte et doit être respectée», a-t-il insisté.

Sur Twitter, le député d'opposition Juan Guaido s'est insurgé : «Le TSJ ne peut pas usurper les compétences du pouvoir législatif».

Le député José Guerra, l'un des plus critiques envers le décret, a estimé que le Tribunal suprême «croit être un État au sein de l'État» et «pense être au-dessus de la volonté du peuple».

L'opposition, mais aussi les syndicats et les milieux d'affaires, craint que le décret menace la propriété et l'entreprise privées, détruise le pouvoir d'achat et nuise à l'emploi.

Des gens transportent des boîtes d'oeufs qu'ils viennent... (PHOTO ARIANA CUBILLOS, ARCHIVES AP) - image 2.0

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Des gens transportent des boîtes d'oeufs qu'ils viennent d'acheter au prix régulé par le gouvernement, à Caracas, le 27 janvier. Une pénurie touchant des produits de base perturbe au quotidien la vie des Vénézuéliens.

PHOTO ARIANA CUBILLOS, ARCHIVES AP

Solution «constitutionnelle»

Cette décision n'est pas une surprise, le TSJ étant réputé comme un allié du gouvernement chaviste (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), mais elle risque d'aggraver encore la guerre de pouvoirs entre exécutif et législatif.

Depuis l'installation début janvier du Parlement, désormais contrôlé par l'opposition, les joutes verbales et blocages institutionnels se multiplient, chaque camp tentant d'imposer son point de vue.

Pour l'économiste Asdrubal Oliveros, directeur du cabinet d'études Ecoanalitica, le grand problème «est l'absence d'un arbitre pour régler le conflit de pouvoirs, et cela complique encore plus la situation».

«Alors que le conflit entre les différents pouvoirs s'aggrave, comment cela peut-il se résoudre avec un TSJ partial?», se demande-t-il sur son compte Twitter.

Difficile aussi que le TSJ approuve l'amendement constitutionnel proposé par certains dirigeants de l'opposition pour réduire de six à quatre ans le mandat de Nicolas Maduro, qui court jusqu'en 2019.

L'autre option envisagée, pour provoquer son départ anticipé, est l'organisation d'un référendum révocatoire, mais la procédure doit être validée par le Conseil national électoral (CNE), autre organisme proche du gouvernement.

Selon Henry Ramos Allup, le gouvernement est «en train de faire tout son possible pour provoquer un coup d'État», mais l'opposition cherchera une solution «constitutionnelle».

Le pays sud-américain, autrefois un riche producteur pétrolier grâce à ses immenses réserves de brut - les plus importantes au monde -, est plongé dans une grave crise avec la chute des cours du pétrole, qui lui apporte 96 % de ses devises.

Celle-ci se traduit par des rayons vides dans les supermarchés, une inflation parmi les plus élevées au monde - 141,5 % sur un an en septembre 2015 - et un PIB attendu en recul de 8 % cette année par le Fonds monétaire international (FMI).

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