La paix d'ici «six mois» en Colombie

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De gauche à droite: le président colombien Juan Manuel Santos, son homologue cubain Raúl Castro et du chef des FARC Timoleon Jimenez.

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Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
LA HAVANE

Le gouvernement colombien et la guérilla des FARC ont franchi une étape décisive vers la paix, qu'ils se sont engagés à signer d'ici six mois, en annonçant un accord sur le sort judiciaire des combattants, point crucial des pourparlers.

«C'est un pas énorme», a déclaré le président colombien Juan Manuel Santos après sa poignée de main historique mercredi avec le numéro un de la rébellion Timoleon Jimenez, dit «Timochenko».

Un peu plus tôt, les deux hommes s'étaient entretenus pendant une demi-heure, une rencontre inédite en compagnie du président cubain Raúl Castro, pour donner un élan final à la résolution du plus ancien conflit d'Amérique latine, qui a fait en un demi-siècle au moins 220 000 morts.

À l'issue de cette réunion, les délégués des pays médiateurs, Cuba et Norvège, ont annoncé la conclusion d'un accord sur «une juridiction spéciale pour la paix» chargée de traduire les auteurs de crimes pendant le conflit.

Les parties ont aussi conclu que ces négociations de paix menées à Cuba devront aboutir «au plus tard dans six mois», soit le 23 mars 2016, a annoncé M. Santos.

«Cela ne sera pas une tâche facile, a-t-il prévenu, parce qu'il reste beaucoup de points sur lesquels il est difficile de se mettre d'accord».

Jugeant la dernière avancée «extrêmement positive», la Norvège a également estimé que le chemin vers la paix était encore «difficile». «Tout le monde en Colombie ne souhaite pas un accord de paix», a fait valoir le chef de la diplomatie norvégienne Borge Brende auprès de la chaîne TV2.

Depuis le début des pourparlers de paix il y a près de trois ans, la question de la justice restait la plus délicate.

Les FARC refusaient un accord impliquant la prison pour ses guérilleros coupables de crimes ou de trafic de drogue, le gouvernement s'opposant à toute impunité.

Selon l'accord, la juridiction spéciale permettra à la Colombie de «mettre fin à l'impunité, d'obtenir la vérité, de contribuer à la réparation aux victimes et de juger» les responsables de crimes graves, avec le concours de la commission de la vérité créée en juin dernier.

Amnistie pour les crimes «politiques»

En vertu d'un système de jugement complexe, les auteurs de crimes qui coopèreront seront passibles de peines de cinq à huit ans sous des régimes spéciaux et ceux qui avoueront tardivement aux mêmes peines, mais sous un régime carcéral classique.

Tous les autres s'exposeront à des peines pouvant atteindre 20 ans.

Parmi les crimes visés figurent «les crimes contre l'humanité, le génocide et les crimes de guerre tels que la prise d'otages ou autre privation aggravée de liberté, la torture, le déplacement forcé, la disparition forcée, les exécutions extrajudiciaires et la violence sexuelle».

Une amnistie sera prévue pour les crimes «politiques ou connexes» dont la portée sera définie par une loi d'amnistie ultérieure.

Cette juridiction spéciale est prévue «pour tous les acteurs du conflit (...) et pas seulement pour un seul camp», s'est félicité «Timochenko», voyant en cet accord «la possibilité de découvrir la vérité pleine et entière» sur le conflit armé.

«Nous sommes désormais plus près de parvenir à la paix à laquelle aspire le peuple frère colombien, qui le mérite», a salué le président Raúl Castro.

Premier pas vers le désarmement

Autre point important, l'obligation pour les FARC de démarrer leur désarmement dans les 60 jours après la signature d'un accord de paix final, les modalités de l'abandon des armes constituant justement le dernier volet à l'agenda des pourparlers.

Avant le 23 septembre 2015, le président colombien ne s'était jamais rendu aux négociations de La Havane.

C'est la première fois depuis 14 ans qu'un président colombien rencontrait le plus haut dirigeant des FARC, dont le vrai nom est Rodrigo Londoño Echeverri.

À 56 ans, celui-ci a pu venir à La Havane grâce à la suspension temporaire de la centaine de mandats d'arrêt lancés contre lui pour homicide aggravé, terrorisme, enlèvement et rébellion. Il dirige les FARC depuis 2011.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a salué «des progrès historiques vers la conclusion d'un accord de paix final qui mettra fin à 50 ans de conflit armé».

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a salué un «pas en avant décisif», et appelé les parties à mettre en place une «justice efficace et crédible pour les victimes du conflit», élément «essentiel (...) à la construction d'une paix durable» .

Le Vatican a également qualifié de «bonne nouvelle» l'annonce de l'accord, la rapprochant de l'«appel très fort» lancé dimanche à Cuba par le pape François.

«Un échec de plus n'est pas permis», avait déclaré le pape argentin, en voyage sur l'île.

Le Mexique a «félicité» les parties engagées dans la négociation pour leurs «avancées significatives».

À Bogota, le Procureur général a annoncé avoir suspendu les procédures récemment engagées contre plus de 50 chefs des FARC pour «graves violations des droits de l'homme» suite à cet accord qui impose «un mode (d'investigation) propre à la justice transitoire».

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