Le Pérou enquête pour la première fois sur la dictature

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Ce cas avait déjà fait l'objet en 2012 d'une demande de «détention préventive» aux fins d'extradition contre le général Morales Bermudez, émise par un juge argentin.

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Agence France-Presse
LIMA

La justice péruvienne a ouvert, pour la première fois, une enquête contre l'ancien dictateur Francisco Morales Bermudez (1975-1980), au sujet de l'enlèvement et la déportation en Argentine de 13 opposants au régime en 1978.

Ce cas avait déjà fait l'objet en 2012 d'une demande de «détention préventive» aux fins d'extradition contre le général Morales Bermudez, émise par un juge argentin.

L'ex-dictateur avait alors reconnu que son régime avait «éloigné du pays» 13 opposants de «gauche radicale qui faisaient obstacle à la transition», mais que cela n'avait «rien à voir avec le Plan Condor», pacte entre les dictatures sud-américaines des années 70 pour éliminer des opposants, comme l'affirment plusieurs organisations des droits de l'homme.

Cette fois, c'est un juge péruvien, Rafael Martinez, qui lance cette enquête inédite dans le pays, visant, outre l'ancien dictateur, aujourd'hui âgé de 94 ans, plusieurs ex-militaires : les généraux Jorge Tamayo de la Flor, ancien chef des forces aériennes, et Fernando Velit, ex-ministre de l'Intérieur, et Jaime Manrique, pilote de l'avion militaire qui avait transporté de Lima à Jujuy (Argentine) les opposants, selon la décision judiciaire à laquelle l'AFP a eu accès.

Les 13 Péruviens avaient été remis aux militaires de la dictature argentine, qui les avaient détenus, frappés, selon la plainte de Ricardo Napuri, l'une des victimes.

Selon l'association de défense des droits de l'homme APRODEH, chargée de sa défense, «les faits dénoncés entrent dans le cadre du dénommé Plan Condor, un dispositif de coordination entre les différentes dictatures en Amérique latine dans les années 1970 (Chili, Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Pérou) pour créer un réseau d'information et (mener) des opérations clandestines de persécution et d'élimination des opposants politiques, en traversant les frontières».

Carlos Rivera, avocat et militant des droits de l'homme, souligne que cette enquête constitue un précédent au Pérou, où aucune procédure judiciaire n'a été menée concernant les actes commis sous la dictature militaire (1968-1980).

«Il ne s'agit pas (de savoir) si le Pérou a fait partie du plan Condor, mais plutôt si Francisco Morales Bermudez doit être poursuivi pour crime contre l'humanité commis en mai 1978 contre 13 citoyens péruviens», a estimé, dans un courrier électronique envoyé à l'AFP, l'ex-dirigeant de gauche Ricardo Letts, 77 ans, qui fait aussi partie des victimes.

Ricardo Letts, qui tentait depuis 37 ans de porter ce cas devant les tribunaux, a rappelé que, si le qualificatif de crime contre l'humanité est retenu, il n'y a pas de délai de prescription.

Parmi les opposants enlevés en 1978 figuraient trois journalistes et deux militaires, déportés en Argentine puis remis à la brigade de répression de l'armée argentine où ils eurent le statut de «prisonniers politiques et de guerre du gouvernement argentin», selon l'APRODEH.

Une procédure parallèle est déjà menée en Italie contre le général Morales Bermudez, nationaliste arrivé aux commandes par un coup d'État (contre un autre général), mais qui remit le pouvoir à un civil élu en 1980. Ce procès, à Rome, vise des ex-militaires de Bolivie, Chili, Pérou et Uruguay, pour la disparition et la mort de 43 opposants dans le cadre du plan Condor.

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