Étudiants disparus au Mexique: le gouvernement maintient sa version

Des proches des 43 étudiants disparus attendent une... (Photo OMAR TORRES, archives AFP)

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Des proches des 43 étudiants disparus attendent une conférence de presse d'experts de la commission interaméricaines des droits de la personne, dimanche, à Mexico.

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Yemeli ORTEGA
Agence France-Presse
Mexique

Le gouvernement mexicain a affirmé lundi qu'un « grand nombre » des 43 étudiants disparus l'an dernier avait été incinéré dans une décharge malgré les conclusions d'une enquête indépendante contredisant cette version.

Le directeur des enquêtes criminelles du ministère de la Justice, Tomas Zeron, a indiqué que les autorités avaient en leur possession des analyses d'expert démontrant leurs affirmations.

« Nous sommes sûrs qu'il y a eu un grand feu » dans cette décharge, a indiqué Zeron sur une radio nationale.

« Un grand nombre d'étudiants a été incinéré dans cet endroit, sans que je puisse confirmer le chiffre de 43, mais il s'agissait d'un grand nombre », a-t-il ajouté.

S'exprimant au lendemain de la publication d'un rapport d'un Groupe international d'enquêteurs indépendants (GIEI) indiquant qu'il n'y avait « pas de preuve » d'un feu important sur le site en question, Zeron a annoncé que de nouvelles investigations seraient menées dans la décharge.

Le rapport indépendant de 500 pages, rédigé par des experts espagnols et latino-américains, met à mal la version du gouvernement dans cette affaire qui avait provoqué un tollé international et sapé la popularité du président Enrique Peña Nieto.

Les experts indépendants ont demandé aux autorités de vérifier les crématoriums privés et publics dans la zone où les étudiants ont disparu.

« Vérité historique »

Affirmant détenir une « vérité historique », le parquet mexicain avait conclu l'an passé que, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, des dizaines d'étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa, dans l'État de Guerrero, au sud, qui s'étaient emparés de bus pour manifester, avaient été attaqués par des policiers de la commune d'Iguala en lien avec le crime organisé.

Les étudiants auraient ensuite été livrés par les policiers au cartel des Guerreros Unidos, qui les suspectaient d'appartenir à un groupe rival.

S'appuyant sur les confessions d'un membre présumé du cartel, les autorités avaient conclu que les étudiants avaient été tués puis incinérés dans une décharge.

Une analyse ADN menée par l'Université d'Innsbruck, en Autriche, avait permis d'identifier les restes d'un seul étudiant, retrouvés dans un sac dans la rivière.

Les groupes de défenseurs des droits de l'homme avaient critiqué cette enquête s'appuyant sur les témoignages de membres présumés d'un cartel.

Selon un professeur de l'Université de Queensland en Australie, Jose Torero, membre du GIEI, la crémation de 43 corps aurait nécessité 60 heures et brûlé la végétation alentour, or seules des traces de petits feux ont été trouvées sur place.

Elle aurait par ailleurs nécessité 30 tonnes de bois ou 13 tonnes de pneus.

« Ce que nous disons c'est que le feu n'a pas eu lieu dans la décharge », a précisé à la chaîne Milenio Francisco Cox, un expert chilien qui a participé à la commission indépendante.

Peña Nieto va rencontrer les familles

Le président Peña Nieto a indiqué lundi que « les différences qui existent » entre les enquêtes officielle et indépendante pourront être surmontées grâce à de nouvelles investigations.

Critiqué pour n'avoir rencontré qu'à une seule reprise les familles, Peña Nieto a accepté de les recevoir avec la commission d'experts. Les familles avaient exigé de le voir après la publication du rapport.

« Je partage leur désir de connaître la vérité », a-t-il déclaré.

Les enquêteurs indépendants ont demandé au procureur de déterminer si les étudiants avaient été visés parce qu'ils auraient pu avoir volé un autobus servant habituellement à transporter de l'héroïne, dans cet État situé sur une des routes de la drogue.

Le rapport a également révélé que la police fédérale et l'armée surveillaient les agissements de ces étudiants provenant d'une école dont les étudiants étaient connus pour leur militantisme de gauche, avant qu'ils ne se rassemblent à Iguala pour manifester, posant ainsi la question du rôle des forces de l'ordre dans cette affaire.

La disparition des étudiants avait déclenché des manifestations parfois violentes au Mexique, causant une grave crise politique deux ans après l'élection du président Peña Nieto.

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