Washington retire Cuba de la liste des «États soutenant le terrorisme»

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Barack Obama sert la main de Raúl Castro lors d'une rencontre à Panama City, le 11 avril.

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Nicolas REVISE
Agence France-Presse
WASHINGTON

Washington a retiré vendredi La Havane de la liste noire des États «soutenant le terrorisme», étape cruciale qui ouvre la voie à un échange prochain d'ambassadeurs entre les deux pays, perspective inimaginable il y a six mois.

Cette décision, attendue depuis que le président Barack Obama s'y était dit favorable à la mi-avril, marque un tournant dans le rapprochement entre les États-Unis et Cuba, après un demi-siècle de tensions héritées de la Guerre froide.

Il y deux semaines, le président cubain Raul Castro avait clairement indiqué que dès que cette «accusation» serait levée, des ambassadeurs pourraient être nommés dans les deux capitales. «Les choses avancent bien, à notre rythme bien sûr», avait-il ajouté.

La Havane figurait sur cette liste noire depuis 1982, aux côtés de la Syrie, du Soudan et de l'Iran. L'administration Reagan l'y avait placée pour son soutien aux séparatistes basques de l'ETA et aux rebelles des Farc en Colombie.

«Le secrétaire d'État [John Kerry] a pris la décision finale d'abroger la désignation de Cuba comme un Etat soutenant le terrorisme, de manière effective aujourd'hui le 29 mai 2015», a annoncé l'administration américaine.

Cette percée majeure pour Cuba est l'aboutissement d'une lourde procédure juridique aux États-Unis entre la Maison-Blanche, le département d'État et le Congrès.

M. Obama avait soumis sa proposition de retrait aux élus le 14 avril, lesquels avaient 45 jours, c'est-à-dire jusqu'à ce vendredi, pour manifester leur éventuelle opposition.

Plusieurs ténors républicains ont exprimé leur désaccord.

Pour John Boehner, président de la Chambre des représentants, l'administration Obama «a offert au régime Castro une victoire politique majeure sans rien obtenir en contrepartie». Jeb Bush, candidat probable à la présidentielle de 2016, a de son côté dénoncé des «concessions unilatérales» à un régime qui «continue à priver les Cubains des droits de l'homme les plus élémentaires».

La Maison-Blanche, qui a une nouvelle fois évoqué un possible voyage du président américain sur l'île communiste, s'est refusée à s'avancer sur un calendrier pour l'ouverture d'ambassades dans les deux capitales.

Épineuse question de l'embargo

«Des questions demeurent», a souligné Josh Earnest, porte-parole de M. Obama, évoquant les limites qui pourraient être imposées aux diplomates américains en poste à Cuba.

«Nous voulons nous assurer que nos diplomates aient la possibilité de faire leur travail. Il ne s'agit pas seulement de rencontrer des responsables gouvernementaux mais également des citoyens [...] y compris ceux qui ne soutiennent pas toutes les décisions» du pouvoir, a-t-il dit.

«Todos somos americanos» [Nous sommes tous américains], avait lancé Barack Obama, le 17 décembre 2014, en annonçant depuis la Maison-Blanche ce rapprochement après des mois de négociations secrètes dans lesquelles le pape François fut personnellement impliqué.

En déplacement à Miami jeudi pour une visite centrée sur la lutte contre le changement climatique, le président américain en a profité pour effectuer une visite hautement symbolique dans une église fréquentée par des exilés cubains.

Située à moins de 400 km de La Havane, cette ville du sud de la Floride compte près de la moitié des quelque deux millions de personnes originaires de l'île qui vivent aux États-Unis.

Si certains représentants de la première vague d'exilés - les émigrés «politiques» des débuts de la Révolution - restent farouchement opposés à tout rapprochement avec La Havane, les immigrés plus récents, venus davantage pour des raisons économiques, ont accueilli nettement plus favorablement l'annonce d'un dégel.

«Cela va apporter des bénéfices économiques» à Cuba qui «va aussi connaître vraiment ce qu'est la démocratie», a déclaré à l'AFP Ariocha Fernández Menas à La Pequeña Habana, un bar connu des exilés cubains à Miami.

Jorge González, 57 ans, se dit lui «favorable» à cette décision mais estime que «Cuba doit commencer à être moins terroriste avec son propre peuple».

Mais Carlos Picazo, 70 ans, n'est pas d'accord. Obama «donne, donne et donne, et eux ils ne donnent rien».

Le rétablissement des relations diplomatiques semble désormais à portée de main mais l'épineuse question de l'embargo, toujours en vigueur, reste posée.

Décrété en février 1962 et sévèrement renforcé par la loi Helms-Burton de 1996, l'embargo américain total sur les transactions économiques et financières avec Cuba est régulièrement dénoncé par La Havane comme un obstacle au développement de l'île.

La nomination d'ambassadeurs permettra d'améliorer les relations entre les deux pays, mais «la normalisation est un autre sujet», a d'ores et déjà averti le président Castro.

M. Obama a demandé au Congrès, dont les deux chambres sont contrôlées par ses adversaires républicains, de travailler à la levée de cet embargo. Mais l'issue des discussions en cours est incertaine et le processus législatif s'annonce long.

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