Colombie: un accord de paix avec toutes les guérillas ou rien?

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Le dirigeant suprême de l'Armée de libération nationale, Nicolas Rodriguez.

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Philippe ZYGEL
Agence France-Presse
Bogota

Le processus de paix avec les FARC tient en haleine la Colombie. Mais que vaudrait un accord sans l'ELN, l'autre guérilla du pays? Une récente rencontre entre les chefs des deux dernières grandes rébellions latino-américaines relance les spéculations.

Fondées dans les années 60, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'Armée de libération nationale (ELN), qui comptent quelque 8000 et 2500 combattants, n'ont pas suivi le même chemin dans leur rapprochement avec les autorités.

Issues d'une insurrection paysanne d'obédience marxiste, les FARC mènent depuis plus de deux ans des pourparlers de paix délocalisés à Cuba, tandis que l'ELN, inspirée de la révolution cubaine, n'a jusqu'ici que des «contacts exploratoires» avec le gouvernement colombien.

Le président Juan Manuel Santos a révélé cette semaine avoir autorisé la rencontre entre les dirigeants des deux guérillas à La Havane, afin de «parvenir à des avancées dans la recherche de la fin du conflit», l'un des plus anciens de la planète avec quelque 220 000 morts selon des chiffres officiels.

«Cette rencontre est très importante car tout le monde comprend qu'il ne peut y avoir de post-conflit réussi si l'ELN ne se joint pas au processus de paix», explique à l'AFP Ariel Avila, spécialiste du conflit au sein de la Fondation colombienne «Paix et réconciliation».

La Colombie a déjà connu un précédent dans les années 90 lorsqu'un autre mouvement, la guérilla maoïste de l'Armée de libération populaire (ELP), opéra, seule, une démobilisation, après l'échec d'une coordination nationale des guérillas.

«La moitié de ses membres ont été assassinés par les rébellions qui continuaient le combat et les prenaient pour des traîtres», rappelle M. Avila.

Un processus, deux tables  

La leçon de l'histoire semble aussi avoir été retenue par le dirigeant suprême des FARC, Timoleon Jimenez, qui a exhorté son homologue de l'ELN, Nicolas Rodriguez, à l'imiter. «Il nous paraît urgent et nécessaire qu'elle se joigne aux pourparlers de paix», a-t-il écrit dans une lettre ouverte.

Une seule certitude. Si l'ELN ouvre des négociations, elle le fera séparément. Depuis La Havane, le numéro deux des FARC, Ivan Marquez, a évoqué un «même processus dans le cadre de deux tables» de discussions.

Selon des sources diplomatiques, contactées par l'AFP, les pourparlers avec l'ELN pourraient être hébergés en Equateur, dont le président socialiste Rafael Correa a déjà proposé ses bons offices.

«L'ELN ne veut pas s'unir aux discussions avec les FARC car elle considère que leur processus est trop rapide», indique à l'AFP le politologue Victor de Currea, professeur de l'Université Javeriana à Bogota.

La seconde rébellion considère ainsi que les pourparlers en cours à La Havane ne «prennent pas assez en compte la question des changements structurels», poursuit cet expert, auteur du livre «Pourquoi négocier avec l'ELN?».

Cette guérilla a notamment axé son combat sur le thème des ressources naturelles, pillées selon elles par les multinationales, multipliant les actes de sabotage des infrastructures ou séquestrant des employés du secteur.

Les divergences se traduisent sur le terrain: les FARC ont décrété une trêve unilatérale en décembre alors que l'ELN a intensifié ses actions, incitant le président Santos à ordonner le renforcement de l'offensive à son encontre.

Réélu en juin pour quatre ans, le chef de l'État, un dirigeant de centre-droit critiqué par l'opposition hostile au dialogue avec la guérilla, tient à parvenir à la paix avant de quitter le pouvoir.

Le négociateur en chef du gouvernement, Humberto de la Calle, a rappelé jeudi qu'il ne pouvait y avoir de négociations avec l'ELN si «la remise des armes» ne figurait pas clairement au menu.

«Le gouvernement a très envie de compléter et accélérer le processus. Le problème, c'est qu'il pense au calendrier électoral, alors que l'ELN ne s'intéresse qu'à celui des progrès sociaux», estime M. de Currea.

Selon lui, en cas d'accord avec les seules FARC, une partie des guérilleros démobilisés pourraient bien rejoindre les rangs de la rébellion encore en activité.

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