«Apartheid» en République dominicaine

Près de 250 000 personnes nées en République... (Photo archives AFP)

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Près de 250 000 personnes nées en République dominicaine de parents venus d'Haïti pour travailler dans les plantations de cannes à sucres sont maintenant chassées.

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Apartheid. C'est le mot que le cinéaste Nicolas-Alexandre Tremblay emploie pour parler de la situation des Dominicains d'origine haïtienne, sujet de son prochain documentaire. Nés en République dominicaine de parents venus d'Haïti pour travailler dans les plantations de canne à sucre, ils en sont maintenant chassés. La Presse a rencontré cette semaine l'instigateur du projet.

D'où est venue l'idée de faire ce film?

R C'est en allant faire du bénévolat en République dominicaine, en 2009, que Nicolas-Alexandre Tremblay a découvert la situation des Dominicains d'origine haïtienne. «On allait directement dans des villages qui étaient anciennement des plantations de canne à sucre, donc habités par des descendants d'Haïtiens, qui vivent dans des conditions difficiles», raconte-t-il.

L'idée de réaliser un documentaire «pour dénoncer les abus perpétrés» contre eux a commencé à germer dans sa tête après quelques séjours sur place. Quand le gouvernement dominicain a décidé, l'an dernier, de retirer leur nationalité à ces personnes, ce qui les a rendues apatrides, le projet est devenu incontournable.

Avec Régis Coussot, qu'il a rencontré durant ses études en réalisation documentaire à l'Institut national de l'image et du son (INIS), Nicolas-Alexandre Tremblay s'est rendu en République dominicaine et en Haïti au début de l'année, pour trois mois de tournage. Citizens of Nowhere prendra l'affiche en février.

Combien de gens sont concernés par la décision du gouvernement dominicain?

R «Environ un quart de million de personnes», répond Nicolas-Alexandre Tremblay. Ces gens sont des descendants des travailleurs haïtiens que le gouvernement dominicain a employés à faible coût dans ses plantations de canne à sucre jusqu'à la fin des années 80.

«Les gens que je connais dans les batay [villages d'ouvriers travaillant dans les plantations de canne à sucre], ils ne parlent pas créole, ils parlent juste espagnol. Certains sont étudiants à l'université ou ont un travail. Ils pourraient être un atout pour la communauté dominicaine. Et ils n'ont pas nécessairement de famille en Haïti.»

Quel est l'objectif du film?

R Nicolas-Alexandre Tremblay et Régis Coussot se sont donné la mission de dénoncer le sort des Dominicains d'origine haïtienne, qu'ils disent victimes d'une «nouvelle forme d'apartheid». Leur documentaire prend la forme d'un conte narré par le dramaturge et historien haïtien Jean-Claude Martineau.

Les deux cinéastes espèrent que leur film amènera les Québécois «à reconsidérer leur choix d'aller en vacances en République dominicaine» jusqu'à ce que la situation des apatrides d'origine haïtienne soit réglée. Ils souhaitent également que le Canada exerce des pressions diplomatiques en ce sens.

«Nous ne voulons pas nous attaquer à la population dominicaine», précise Nicolas-Alexandre Tremblay, qui critique plutôt «une élite raciste» qui profite de cette «crise humanitaire» et l'attise. «Pour nous, poursuit-il, les Dominicains font partie de la solution, c'est pourquoi nous voulons qu'ils puissent voir le film.»

Pourquoi faire une campagne de financement?

Citizens of Nowhere est un film indépendant. Les deux cinéastes ont reçu 38 000$ de divers organismes ainsi que de l'aide matérielle pour le tourner. Ils se chargent personnellement du montage, mais ils ont besoin de fonds supplémentaires pour le terminer.

«Essentiellement, ce qui nous manquait, c'est de l'argent pour la conception sonore, les droits musicaux, la traduction, le sous-titrage, l'enregistrement de la narration», explique Nicolas-Alexandre Tremblay. Une campagne de financement est en cours dans le but d'amasser 15 000$ d'ici au 21 décembre. Un peu plus de 50% de cette somme a été récoltée jusqu'ici.

Le lancement du film est prévu pour février, mois de l'histoire des Noirs. Il concorde également avec la campagne J'appartiens du Haut Commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR), qui vise à éradiquer l'apatridie d'ici à 10 ans. Plus de 10 millions de personnes sont apatrides dans le monde, et la République dominicaine se classe au cinquième rang des pays qui en comptent le plus.

Consultez la page de la campagne de financement: https://www.kickstarter.com/projects/1533100023/amenez-citizens-of-nowhere-sur-vos-ecrans

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