Vers une légalisation partielle de l'avortement au Chili?

Des activistes pro-avortement manifestent devant le palais présidentiel... (PHOTO MARTIN BERNETTI, ARCHIVES AFP)

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Des activistes pro-avortement manifestent devant le palais présidentiel à Santiago, le 11 novembre.

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Paulina ABRAMOVICH
Agence France-Presse
SANTIAGO DU CHILI

Violée par un parent, enceinte d'un bébé non viable, une gamine de 13 ans n'a eu d'autre issue que d'aller au bout de sa grossesse au Chili, où l'avortement n'est autorisé en aucune circonstance.

Son cas, et d'autres semblables dont celui de Belen, une fillette de 11 ans, enceinte après avoir été violée par son beau-père, ont ému l'opinion publique chilienne et relancent le débat sur une légalisation partielle de l'avortement, qui reprend mardi au Congrès après plusieurs mois d'interruption.

Jusqu'en 1989, l'avortement thérapeutique était autorisé au Chili, avant d'être interdit sous la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

En 24 ans de démocratie et sous la pression de l'Église catholique et de groupes conservateurs, aucune initiative juridique pour le rétablir n'a abouti.

Aujourd'hui pourtant, plus de 70 % des Chiliens approuvent l'avortement thérapeutique en cas de risque pour la santé de la mère, de non-viabilité du foetus ou de viol, selon les sondages.

«Il y a un changement très profond dans les mentalités et aujourd'hui les citoyens exigent» le droit à l'avortement thérapeutique, assure Claudia Dides, du Mouvement pour l'avortement légal.

La perte d'influence de l'Église catholique après des cas de pédophilie impliquant des prêtres influents, une population mieux informée et une activité sexuelle plus précoce expliquent ce changement, ajoute-t-elle.

Sans d'autres choix que de continuer sa grossesse, l'enfant de 13 ans - dont l'identité n'a pas été révélée - a donné naissance le 5 novembre à un bébé qui n'a survécu que quelques heures en raison de malformations cardiaques.

La jeune Belen a, elle, accouché l'an dernier d'un bébé en bonne santé, confié à un réseau d'adoption.

Toutes deux, si elles avaient avorté, risquaient jusqu'à cinq ans de prison, même si, selon une étude officielle, aucune femme chilienne n'a été emprisonnée ces dernières années pour ce délit.

Le gouvernement de Michelle Bachelet s'est donné jusqu'au 31 janvier prochain pour envoyer au Congrès un projet de loi visant à dépénaliser l'avortement en cas de risque pour la mère, de viol ou de non-viabilité du foetus.

«Obscurantisme»

Lors de son premier mandat (2006-2010), la présidente socialiste, pédiatre de formation, avait bataillé dur pour faciliter l'accès à la «pilule du lendemain», qui lui avait valu d'être dénoncée devant le Tribunal constitutionnel et qui reste encore difficile à obtenir dans ce pays de 17 millions d'habitants.

Elle est revenue au pouvoir en décembre dernier en gagnant haut la main les élections, après avoir dirigé l'organisation d'ONU-Femmes.

«Le Chili doit cesser de vivre dans l'obscurantisme et de faire partie des rares pays de la planète qui refusent de légiférer sur cette question», estime le sénateur socialiste Guido Girardi, promoteur d'un texte en faveur de la légalisation.

À l'inverse, les groupes conservateurs considèrent qu'il n'est pas nécessaire de légiférer lorsque la vie de la mère est en danger, laissant la décision aux médecins, et défendent l'accompagnement des futures mères en cas de viol ou de non-viabilité du foetus.

«Il n'est pas démontré que l'avortement est ce qu'il y a de mieux pour les femmes et provoquerait moins de souffrances. Nous avons vu un plus grand nombre de cas de stress post-traumatique et de tentatives de suicide» après des avortements, assure à l'AFP le médecin Jorge Acosta, qui dirige un institut conservateur, Res-publica.

Selon l'ONU, jusqu'à 70 000 avortements clandestins seraient pratiqués chaque année au Chili, la plupart dans des conditions précaires mettant en danger la vie des femmes.

Une situation dramatique vécue par Natalia Ahumada, 34 ans, qui à 20 semaines de grossesse a appris que son bébé souffrait d'une grave malformation. Son médecin lui a affirmé qu'il était viable.

Elle admet avoir pensé à se faire avorter, mais a préféré renoncer par crainte des dangers d'un avortement clandestin.

«J'ai eu peur de mourir», dit-elle à l'AFP.

Le bébé est mort dans son ventre 12 semaines plus tard. Elle a appris qu'il n'avait jamais eu aucune possibilité de vie.

Aujourd'hui, elle dénonce les médecins qui ont nourri ses espoirs durant cette grossesse douloureuse, au terme de laquelle elle n'a pu qu'enterrer son bébé.

«On ne nous permet pas à nous, qui sommes les mères, celles qui donnent la vie, de décider par nous-mêmes si nous voulons avoir des enfants handicapés, si nous voulons vivre huit mois de souffrances ou si nous voulons avoir des enfants qui sont le fruit du viol ou de l'inceste», lâche-t-elle, alors qu'elle tente de recueillir l'argent pour rembourser les dettes que lui ont values sa grossesse et l'enterrement du bébé.

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