Brésil: quand la chirurgie esthétique n'est plus un luxe

Le Dr Ivo Pitanguy pratiquant un «lifting» du... (PHOTO PAULO FRIDMAN, ARCHIVES BLOOMBERG)

Agrandir

Le Dr Ivo Pitanguy pratiquant un «lifting» du visage. Sa clinique de Rio de Janeiro se spécialise dans la chirurgie plastique pour les personnes à faible revenue.

PHOTO PAULO FRIDMAN, ARCHIVES BLOOMBERG

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Jean-Pierre Bastien

collaboration spéciale

La Presse

(RIO DE JANEIRO) Nouvelle Mecque de la chirurgie esthétique, le Brésil a dépassé les États-Unis pour le nombre d'opérations pratiquées en 2013. Autrefois réservée à l'élite, la chirurgie plastique est maintenant accessible à des personnes qui n'en avaient pas les moyens. Au pays du bikini, l'image corporelle est de plus en plus valorisée... et modifiable.

C'est après avoir subi plusieurs opérations pour soigner des brûlures que Nadia Martins Abib, mère célibataire de 47 ans, a songé à la chirurgie plastique. « J'étais dépressive, je restais enfermée chez moi et je ne faisais que manger, dit-elle. J'ai finalement réussi à perdre 18 kg et j'ai alors décidé de faire une opération de l'abdomen. Bientôt, je vais faire les seins et les fesses. »

L'Institut Ivo Pitanguy de Rio de Janeiro, où Nadia est passée sous le bistouri, se spécialise dans la chirurgie plastique pour les personnes à faible revenu. Les interventions réparatrices sont gratuites, et les opérations esthétiques comme les augmentations mammaires ou l'abdominoplastie sont facturées selon les moyens du patient.

Nadia a déboursé un peu moins de 1000 $, payés en cinq versements, pour aplatir son abdomen. Cette opération coûte normalement deux ou trois fois plus cher. « Auparavant, la chirurgie esthétique, c'était seulement pour les gens qui ont de l'argent, affirme Nadia. Maintenant, tout le monde y a accès », estime-t-elle.

Si la réduction de la pauvreté a donné des milliers de nouveaux clients potentiels à l'industrie de la chirurgie esthétique au Brésil, la concurrence entre médecins a aussi contribué à rendre la liposuccion et le silicone plus accessibles. « Les prix ont baissé, car l'offre de chirurgiens plastiques a augmenté de façon disproportionnée à la demande des patients », explique le président de la Société brésilienne de chirurgie plastique, le Dr Joao de Moraes Prado Neto.

Comme pour l'achat d'une voiture ou d'une maison, les institutions bancaires brésiliennes offrent du crédit pour le paiement d'une intervention de chirurgie plastique. L'une des principales banques brésiliennes compte un programme de crédit pour financer jusqu'à 70 % du prix d'une intervenrtion.

«Pour l'opération à l'abdomen, j'ai économisé en cessant d'acheter de nouveaux vêtements chaque mois, affirme la mère de famille. J'ai aussi dû retirer ma fille de son cours d'anglais.»

Une patiente

Le prêt est remboursable sur quatre ans.

Gabriela a plutôt choisi de demander une rhinoplastie et une augmentation mammaire en cadeau à son père. « Les actrices de la télévision brésilienne sont toutes refaites, affirme l'avocate de 25 ans. On se crée un stéréotype de beauté, et c'est difficile d'être différente, car le modèle idéal, c'est d'avoir un beau corps pour aller à la plage et un nez fin. »

Ce corps idéal a coûté à Gabriela plus de 10 000 $.

Selon Francisco Romao Ferreira, sociologue de l'Université de l'État de Rio de Janeiro, la chirurgie plastique est de plus en plus banalisée au Brésil. « Plusieurs femmes rêvent de faire une chirurgie plastique, mais elles ne réalisent pas qu'il s'agit d'une intervention chirurgicale complexe comportant des risques pour la santé », explique-t-il.

Le professeur Romao affirme par ailleurs que le corps s'est transformé en objet de consommation au Brésil. « D'un côté, il y a des consommatrices avides de produits nouveaux, et qui perçoivent le corps comme un objet qui peut être modifié. De l'autre côté, il y a l'industrie qui promet une métamorphose corporelle rapide, sans douleur, avec un paiement facile. »

Dans la salle d'attente où elle patiente avant de passer des examens, Nadia explique qu'elle demandera un prêt à sa banque pour payer son opération aux seins. « Pour l'opération à l'abdomen, j'ai économisé en cessant d'acheter de nouveaux vêtements chaque mois, affirme la mère de famille. J'ai aussi dû retirer ma fille de son cours d'anglais. »

Les mains déformées par les brûlures qu'elle a subies lors de l'incendie de sa maison, Nadia pense déjà à la prochaine étape. « Je vais peut-être effectuer une opération au visage. C'est pour améliorer mon estime personnelle », conclut-elle.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer