Arrestation d'El Chapo: l'envers d'un coup de filet spectaculaire

L'arrestation du plus puissant baron de la drogue... (PHOTO MARCO UGARTE, AP)

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L'arrestation du plus puissant baron de la drogue du pays a une grande valeur symbolique pour le gouvernement mexicain. Mais cela n'empêchera pas les affaires des cartels de continuer de rouler.

PHOTO MARCO UGARTE, AP

Emmanuelle Steels

collaboration spéciale

La Presse

Après la capture du narcotrafiquant le plus puissant du Mexique, El Chapo, que va-t-il se passer? Rien, disent les experts. L'euphorie suscitée en sol mexicain par l'arrestation très médiatisée du leader du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán, cède la place à la désillusion. Les têtes des leaders des cartels tombent successivement, mais le narcotrafic continue de prospérer. Notre collaboratrice nous explique les raisons de cette désillusion.

Des «multinationales» bien rodées

Un leader en remplace un autre: c'est l'immuable rengaine des cartels mexicains. Le gouvernement se targue d'avoir capturé ou abattu 75 des principaux narcotrafiquants, dont Miguel Ángel Treviño, le chef des Zetas, ennemis du Chapo. Ces victoires, souvent exaltées dans les médias, ont des effets très limités, car elles n'affaiblissent pas les cartels, d'après les experts. «Ce sont des organisations complexes, qui ont diversifié leurs activités criminelles bien au-delà du trafic de drogue et fonctionnent comme des multinationales», analyse Guadalupe Correa-Cabrera, spécialiste du narcotrafic à l'Université de Brownsville (Texas). «Comme une entreprise, un cartel peut changer de dirigeant sans interrompre ses opérations. Il est même possible qu'un meilleur leader émerge. Le trafic continue et le sort d'une personne n'y change rien. Les États-Unis consomment toujours la même quantité de drogue, autrement dit, les affaires tournent.» La production de cannabis et le trafic de cocaïne aux mains du cartel de Sinaloa n'ont pas diminué depuis 2006, année où a commencé l'offensive contre le crime organisé.

Un geste spectaculaire, mais insuffisant

Sous la houlette d'Ismael El Mayo Zambada, appelé à succéder à Joaquín Guzmán, le cartel de Sinaloa devrait donc demeurer la principale organisation criminelle au Mexique. «La capture d'un baron de la drogue ne sert à rien si elle ne s'accompagne pas d'autres actions», relève José Reveles, journaliste d'investigation et spécialiste du cartel de Sinaloa. «Si le gouvernement veut réellement que l'arrestation du Chapo ait des retombées tangibles, il doit enquêter et démonter le réseau de corruption du cartel, saper sa structure économique, son système de blanchiment d'argent et saisir les entreprises qu'il possède dans le monde entier.» Or, les institutions et les forces de sécurité mexicaines sont toujours rongées par la corruption, comme le démontre l'émergence, dans plusieurs régions, de groupes d'autodéfense civils qui dénoncent la collusion entre les autorités et le crime organisé. Le président Enrique Peña Nieto doit encore mettre en place la très attendue réforme des polices.

Une hausse possible des violences

«L'arrestation du principal narcotrafiquant du pays a une grande valeur symbolique, estime Eduardo Guerrero, expert en matière de sécurité. C'est une bouffée d'oxygène pour le gouvernement, qui veut envoyer un signe que la situation va s'améliorer. Or ce ne sera pas forcément le cas», juge ce spécialiste. L'un des scénarios possibles de l'ère post-Chapo est une augmentation de la violence et des affrontements entre organisations ennemies. En effet, les adversaires du cartel de Sinaloa pourraient profiter de la restructuration de cette organisation pour reconquérir certains des territoires qu'elle contrôle. Une lutte de pouvoir au sein du cartel n'est pas à exclure non plus. Certains experts cherchent un parallèle avec la Colombie: après la mort du grand capo Pablo Escobar, la paix n'est pas arrivée subitement. «Au contraire, plusieurs années d'un conflit complexe et sanglant s'ensuivirent», souligne Guadalupe Correa-Cabrera. Malgré les coups portés aux cartels en 2013, première année du sexennat du président Enrique Peña Nieto, la violence n'a pas diminué.

En chiffres

3 milliards

C'est la fortune estimée du narcotrafiquant dans le classement des milliardaires réalisé par la revue Forbes.

5 millions

C'était la récompense offerte par les autorités américaines pour toute information menant à l'arrestation de Joaquín Guzmán.

7

Nombre de circonscriptions judiciaires des États-Unis, dont New York et Chicago, qui présentent des accusations contre El Chapo et réclament son extradition.

13

Nombre d'années de sa cavale, depuis son évasion de prison en 2001.

De 40 à 60%

Pourcentage de la drogue qui passe entre les mains du cartel de Sinaloa avant d'entrer aux États-Unis, selon divers experts.




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