Noël sanglant en RDC: au moins 35 civils tués

Plus de deux ans après les premiers massacres,... (Thomas Mukoya, REUTERS)

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Plus de deux ans après les premiers massacres, le gouvernement congolais et les Casques bleus de la Monusco (photo) s'avèrent toujours incapables de protéger la population locale et d'identifier les auteurs de ces crimes, régulièrement présentés comme de « présumés ADF », explication qui peine à convaincre.

Thomas Mukoya, REUTERS

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Albert KAMBALE
Agence France-Presse
Goma

Villages attaqués, combats entre milices et armée : pas moins de 35 civils ont été tués pendant un week-end de Noël sanglant au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, un pays très majoritairement chrétien.

Le décompte macabre de 22 morts recensés dimanche soir s'est alourdi avec l'annonce lundi du décès d'au moins 13 civils hutu tués dimanche par une milice d'ethnie nande sur le village de Nyanzale, dans le sud de cette province.

Le dimanche de Noël a été marqué par un nouvel épisode dramatique des rivalités entre Hutu et Nande qui endeuillent la zone reculée aux confins des territoires de Lubero, Masisi et Rutshuru depuis plus d'un an.

Trois jours après la mort de 13 civils nandes tués par un groupe d'autodéfense hutu (les maï-maï Nyatura) dans le village de Bwalanda, à environ 80 km au nord de Goma, la capitale provinciale, une milice nande (les maï-maï Mazembe) a attaqué une localité proche, Nyanzale.

Selon Alphonse Mahano, délégué local du gouverneur provincial, 13 civils ont été tués, ainsi que trois assaillants lors de l'intervention des militaires. L'armée fait état, elle, de six miliciens tués.

« Les victimes (civiles) sont toutes hutu », a détaillé M. Mahano.

Les Hutu, rwandophones, sont largement tenus pour des étrangers par les communautés se considérant comme « autochtones », comme les Nande ou les Hunde.

Cette querelle de « nationalité » se superpose à des conflits fonciers liés à une migration vers le nord de cultivateurs hutu contraints d'abandonner leurs champs du sud de la province pour des raisons économiques liées au prix de la terre ou à la pression exercée par de grands propriétaires fonciers.

Massacre à l'arme blanche

Dans le territoire de Beni, ensanglanté depuis octobre 2014 par des tueries à répétition qui ont fait plus de 700 morts, 22 civils ont été massacrés à Eringeti et dans ses environs, selon les autorités locales.

Comme le font les autorités congolaises depuis le début de cette vague de violences aveugles, l'administrateur du territoire, Amisi Kalonda, a imputé cette tuerie aux Forces démocratiques alliées (ADF), rébellion ougandaise musulmane installée dans la région depuis plus de vingt ans.

Selon un prêtre du diocèse catholique de Beni-Butembo, l'attaque aurait fait au moins « 27 morts » parmi la population.

« Le mode opératoire, c'est toujours le même », a détaillé à l'AFP, M. Kalonda : les victimes ont été tuées à l'arme blanche.

Une autre attaque, également attribuée aux ADF, a visé samedi en fin de journée la localité d'Oicha, située à une vingtaine de kilomètres au sud d'Eringeti.

Après quatre heures de combats, l'assaut a été repoussé par l'armée, officiellement sans aucune victime.

« Pour la première fois, ils (les ADF) n'ont pas tué de population civile sur leur passage », a remarqué Teddy Kataliko, coordinateur de la Société civile du territoire de Beni, coalition d'associations locales.

Province constellée de groupes armés, le Nord-Kivu est déchiré par les conflits depuis plus de vingt ans.

La France a « condamné » ces attaques et « réitéré son appel à une action résolue et coordonnée de l'armée congolaise et de la Monusco » (la Mission de l'ONU au Congo) pour « protéger la population civile et ramener la sécurité ».

Plus de deux ans après les premiers massacres, le gouvernement congolais et les Casques bleus de la Monusco s'avèrent toujours incapables de protéger la population locale et d'identifier les auteurs de ces crimes, régulièrement présentés comme de « présumés ADF », explication qui peine à convaincre.

Plusieurs chercheurs ou militants associatifs locaux dépeignent, eux, une violence aux rouages complexes dont seraient responsables, outre des rebelles ADF, des soldats de l'armée régulière et des combattants d'autres milices locales, comprenant trafics mafieux, différends ethniques et conflits fonciers.

Le mandat du président Joseph Kabila s'est achevé mardi dans un climat de violence. M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, compte se maintenir au pouvoir jusqu'à ce que soit élu quelqu'un pour lui succéder.

Indépendamment d'une attaque au bilan toujours inconnu dans le centre du pays, entre 98 et 175 personnes, selon les sources, ont été tuées dans des violences du 19 au 25 décembre.




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