Sécheresse au Zimbabwe: l'état de catastrophe naturelle déclaré

Deux fermiers zimbabwéens tentent de remettre sur ses... (PHOTO PHILIMON BULAWAYO, ARCHIVES REUTERS)

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Deux fermiers zimbabwéens tentent de remettre sur ses pattes une vache qui souffre de malnutrition, à Masvingo, le 21 janvier. Plus de 16 000 vaches sont déjà mortes et 75 % des récoltes ont été ravagées au pays de Mugabe.

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Fanuel JONGWE
Agence France-Presse
HARARE

Le Zimbabwe, victime de la grave sécheresse qui touche l'Afrique australe, peine désormais à nourrir sa population et s'est déclarée vendredi en état de catastrophe naturelle, une situation qui devrait s'aggraver à cause du phénomène climatique El Niño.

Le Zimbabwe compte désormais «2,44 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire, soit 26 % de la population», a annoncé le ministre des Gouvernements locaux et des Travaux publics, Saviour Kasukuwere.

Ce chiffre est en nette hausse par rapport aux 1,5 million de personnes touchées au début de l'épisode climatique, tandis que 2015 a été l'année la plus sèche depuis un siècle.

Les réservoirs d'eau sont à moitié vides dans le pays, où plus de 16 000 vaches sont déjà mortes et 75 % des récoltes ont été ravagées, selon le ministre qui assure que le gouvernement va prendre des mesures, sans donner de précision.

Dans les zones rurales, les villageois, privés de leur alimentation de base, sont contraints de consommer des fruits sauvages ou de réduire leur nourriture.

«L'actuelle insécurité alimentaire est d'abord due aux mauvaises récoltes de l'an dernier. Au Zimbabwe, la récolte de 2015 était déjà 50 % inférieure à celle de l'année précédente», explique à l'AFP David Orr, responsable de la communication du Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l'ONU, en Afrique australe.

«Il y aura probablement de maigres récoltes (en 2016) dans plusieurs pays et notamment dans le sud du Zimbabwe. L'impact d'El Niño en Afrique australe a considérablement réduit les précipitations dans le sud de la région», poursuit-il.

Le phénomène El Niño, courant chaud équatorial du Pacifique, réapparaît tous les cinq à sept ans et connaît cette année une forte intensité, causant à la fois des sécheresses dans certaines zones et de graves inondations dans d'autres.

Catastrophe régionale

«Les mois d'octobre, novembre et décembre ont été les plus secs depuis 35 ans en Afrique australe. Or c'est la période cruciale des semis», note David Orr.

«La majorité du maïs a flétri avant même d'arriver à hauteur d'un genou. Nous n'attendons rien de nos champs, le gouvernement doit agir en urgence pour nous fournir de la nourriture», confirme Enos Janhi, un fermier du district de Masvingo, l'une des zones les plus touchées.

«Nous allons faire face à des pénuries massives et nous devons importer 1,3 million de tonnes de maïs», aliment de base de la population, prédit Deon Theron, l'ex-président de l'Union des fermiers commerciaux du Zimbabwe.

Or l'Afrique du Sud est normalement le principal pourvoyeur de céréales de la région. Et le PAM estime que le prix des denrées a augmenté dans la région, celui du maïs ayant déjà bondi de 73 % par rapport à son prix moyen.

L'agriculture zimbabwéenne subit de plein fouet la sécheresse alors qu'elle est déjà fragilisée depuis les années 2000 par la réforme agraire du président Mugabe.

Des millions d'hectares de terres ont été redistribués à environ 300 000 Noirs, qui, pour nombre d'entre eux, n'avaient pas d'expérience agricole ou les moyens nécessaires pour les faire fructifier.

«Le gouvernement aurait dû réagir plus vite et importer du maïs. Malheureusement, certains fermiers producteurs sont toujours chassés de leurs terres, ça n'a aucun sens alors que le pays peine à se nourrir», assure Deon Theron.

Le président Mugabe estime de son côté que les sanctions, imposées par les pays occidentaux en raison des violations des droits de l'homme, ont aussi contribué à la baisse de la production agricole.

Le Zimbabwe n'est pas le seul pays affecté par cette catastrophe naturelle: l'ONU estime que 14 millions de personnes pourraient manquer de nourriture en 2016 dans la région en raison des maigres récoltes de l'an dernier combinées à cette grave sécheresse, citant par exemple le Malawi où 2,8 millions de personnes sont menacées par la faim.

La saison des pluies, correspondant à l'été austral, s'achève traditionnellement au mois d'avril pour laisser place à cinq mois de saison sèche, laissant présager une aggravation de la situation d'ici la fin de l'année 2016.

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