Afrique du Sud: les gangs à l'assaut des mines d'or abandonnées

L'exploitation minière illégale représente un manque à gagner... (PHOTO DENIS FARRELL, ARCHIVES AP)

Agrandir

L'exploitation minière illégale représente un manque à gagner très important pour l'Afrique du Sud, estimé entre 5 à 10 % de la production annuelle du pays, selon la Chambre des mines.

PHOTO DENIS FARRELL, ARCHIVES AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Béatrice DEBUT
Agence France-Presse
SPRINGS, Afrique du Sud

Dans son VUS blindé stationné à l'entrée d'une mine d'or sud-africaine partiellement désaffectée, un vigile, gilet pare-balles et revolver à la ceinture, monte la garde. Il n'a pourtant rien pu faire quand des mineurs illégaux se sont entretués fin septembre.

Bilan : cinq morts. «Les balles fusaient de partout», se rappelle, gestes à l'appui, l'agent de sécurité employé par la mine.

«J'ai appelé la police, mais elle n'est venue que le matin pour récupérer les corps. Elle a trop peur de venir ici», poursuit-il, sous couvert d'anonymat, à l'entrée de la mine de Grootvlei à Springs, située à une trentaine de kilomètres à l'est de Johannesburg.

L'Afrique du Sud compte quelque 6000 mines abandonnées faute de rentabilité. Entre 8000 et 30 000 mineurs illégaux ou «zama zamas» («ceux qui tentent leur chance» en zoulou) y opèrent, prenant des risques énormes à creuser dans des tunnels et puits désaffectés, selon la Commission sud-africaine des droits de l'homme. Mais ils doivent désormais faire face à un autre danger grandissant, celui des gangs.

En septembre, au moins 20 personnes ont été tuées dans des violences impliquant des gangs de mineurs illégaux dans la région de Johannesburg, longtemps capitale mondiale de la production d'or.

«Les guerres de gangs sont en augmentation», note la Chambre sud-africaine des mines dans un rapport publié en 2015. «L'exploitation illégale des mines et le crime organisé sont intimement liés. Les «zama zamas» sont souvent lourdement armés, ont des explosifs et montent des embuscades» contre «les employés, gardes et groupes rivaux de mineurs illégaux», poursuit-elle.

Près de la mine de Grootvlei, «les gamins de quatre ans reconnaissent le bruit des armes» à cause des affrontements récurrents, regrette un responsable local, Samson Jerry Aphane, qui tient pour preuve une balle qu'il manipule dans ses mains rugueuses. «Les enfants savent qu'ils doivent s'allonger quand ça tire», affirme-t-il.

Mineurs kidnappés sous terre

Devant l'ampleur du phénomène, la police a mis en place en septembre une force spéciale. Mais elle ne peut pas intervenir sous terre pour des raisons de sécurité, compte tenu de «la nature informelle des galeries», a reconnu un porte-parole de la police, Dlamini Lungelo.

Les gangs «kidnappent des mineurs sous terre et les utilisent comme force de travail», explique Sandile Nombeni, de l'organisation environnementale Ekurhuleni.

«On doit leur donner une partie de ce qu'on remonte à la surface», l'équivalent d'une assiette pleine de terre par sac de 12 kilos piochés, témoigne un mineur illégal zimbabwéen sous couvert d'anonymat. «Si on refuse, ils nous tirent dessus.»

Autour de ce jeune homme trapu, des zama zamas en sueur, essentiellement des Mozambicains et des Zimbabwéens, s'activent dans une mini-usine clandestine. Dans un bruit assourdissant, ils extraient quelques grammes d'or de la terre piochée dans des tunnels abandonnés.

Reynold, un Sud-Africain qui vit dans un petit bidonville de Randfontein, à l'ouest de Johannesburg, a récemment perdu un ami, tué par un gang. Il s'apprête cependant à descendre sous terre pendant deux mois. S'il en sort vivant, il gagnera 420 rands (près de 40 $) pour chaque gramme d'or découvert dans des conditions éprouvantes.

«Puisqu'il n'y a pas de travail, c'est la façon dont de nombreuses personnes arrivent à s'en sortir», explique Sandile Nombeni, qui appelle à une légalisation de cette activité.

D'autant plus que l'exploitation minière illégale représente un manque à gagner très important pour l'Afrique du Sud, estimé entre 5 à 10 % de la production annuelle du pays, selon la Chambre des mines.

«Au Zimbabwe, l'exploitation minière à petite échelle a été réglementée, et ils n'ont plus les problèmes de gangs que nous avons en Afrique du Sud», explique David Van Wyk, chercheur à la Bench Marks Foundation, comparant la régulation des activités minières à celle de la prostitution. «Vous avez bien moins de problèmes de violence associés au trafic du sexe dans les pays où c'est légal. Il faut penser à un système comparable pour l'exploitation minière illégale.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer