Hissène Habré, l'homme-orchestre de la répression tchadienne

Hissène Habré a dirigé le Tchad de 1982... (PHOTO DOMINIQUE FAGET, ARCHIVES AFP)

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Hissène Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990.

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Agence France-Presse
DAKAR

L'ex-président tchadien Hissène Habré en personne était «le cerveau et l'animateur» de la répression sous son régime (1982-1990), selon l'acte d'accusation lu mardi devant le tribunal spécial africain qui le juge à Dakar.

Malgré quelques perturbations, dont l'expulsion par les gendarmes d'un Tchadien qui disait vouloir faire une déclaration, les greffiers ont poursuivi la lecture entamée lundi de l'épaisse ordonnance de renvoi et de mise en accusation, en présence de l'accusé, exposant notamment les spoliations et tortures infligées aux détenus, dont le tristement célèbre «arbatachar».

«De tous les acteurs du système de répression, Hissène Habré est celui qui a été le plus mis en cause. Il en aurait été le cerveau, l'organisateur en chef. Il en était aussi l'animateur», selon le document.

Ces organes de répression «agissaient sous le contrôle direct de Hissène Habré» et le principal d'entre eux, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), sa police politique, était «l'oeil et l'oreille du président de la République», précise l'ordonnance.

Il «recevait quotidiennement le compte rendu des activités menées par la DDS et tenait à être informé de tout ce qui (s'y) passait. Les ordres d'arrestation, de détention et de libération venaient» de lui, selon le texte.

En outre, «il intervenait personnellement dans la mise en oeuvre de la répression», selon un témoin cité par le tribunal, qui affirme «avoir été interrogé puis giflé par Hissène Habré en personne».

Parmi les tortures pratiquées par la DDS - décharges électriques, pulvérisation de gaz dans les yeux, piment dans les parties intimes, ingurgitation forcée d'eau - figurait «l'arbatachar», caractéristique de la répression tchadienne, consistant à attacher dans le dos les bras et les jambes du détenu, provoquant de graves difformités et la paralysie des membres.

En outre, «parmi les personnes arrêtées, beaucoup ont vu leurs biens pillés ou confisqués. La confiscation se faisait sur ordre des autorités supérieures», selon l'acte d'accusation.

«Les biens étaient exposés à la direction générale de la DDS. Les salaires (des personnes arrêtées, NDLR) étaient bloqués. Les maisons étaient affectées aux militaires gradés», selon la Cour, citant les parties civiles.

Le procès devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), tribunal spécial créé en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA), s'est ouvert le 20 juillet et a été ajourné de 45 jours dès le lendemain pour permettre aux avocats commis d'office pour la défense de prendre connaissance du dossier.

Hissène Habré refuse de se défendre devant ce tribunal qu'il récuse et rejette tout contact avec ses trois avocats commis d'office.

En détention depuis deux ans au Sénégal, où il a trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, il est poursuivi pour «crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture». Il encourt entre 30 ans de prison ferme et les travaux forcés à perpétuité.

La répression sous son régime a fait 40 000 morts, selon les estimations d'une commission d'enquête tchadienne.

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