Égypte: prison à vie pour 230 militants anti-Moubarak

Ahmed Douma fait le V de la victoire... (PHOTO MOHAMED EL-RAAY, AFP)

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Ahmed Douma fait le V de la victoire lors de son procès, au Caire, le 4 février.

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Notre dossier sur le soulèvement populaire qui secoue l'Égypte. »

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Agence France-Presse
Le Caire

Deux cent trente militants de la révolte qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir en 2011 ont été condamnés mercredi en Égypte à la prison à vie, dont un leader du soulèvement, Ahmed Douma, ont indiqué à l'AFP des sources judiciaires.

Trente-neuf mineurs ont également été condamnés à 10 ans de prison par la cour criminelle du Caire pour des heurts entre manifestants et forces de l'ordre en décembre 2011.

Tous, à l'exception de M. Douma, ont été condamnés par contumace, a indiqué un responsable de la cour, précisant que ces 229 prévenus avaient été remis en liberté par un précédent tribunal.

Le jeune militant de 26 ans a applaudi l'énoncé du verdict, suscitant la colère du juge Mohamed Nagy Chehata qui a menacé de le condamner, une nouvelle fois, pour outrage à la justice, et s'est exclamé: «tu n'es pas place Tahrir (épicentre du soulèvement de 2011)? Comporte-toi correctement et ne parle pas trop.»

Les peines prononcées mercredi sont les plus lourdes infligées à des militants des mouvements laïcs et libéraux qui ont chassé M. Moubarak du pouvoir.

Depuis que l'armée a destitué le président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013 et réprimé dans le sang ses partisans, les condamnations à mort et à de longues peines de prison se sont multipliées. Les procès de masse expédiés parfois en quelques minutes ont suscité un tollé international. Les États-Unis se sont ainsi dits «profondément troublés» par le verdict de mercredi.

Les juges se montrent souvent plus répressifs que le gouvernement et certaines décisions ont même mis dans l'embarras les autorités, y compris le président Abdel Fattah al-Sissi, architecte de la destitution de M. Morsi.

Le tribunal a estimé que les 269 condamnés étaient coupables «d'agression des forces de l'ordre» et «d'incendie de bâtiments étatiques», selon le responsable. Tous doivent payer collectivement une amende d'environ 1,9 million d'euros, selon le responsable.

Les condamnés ont notamment été reconnus coupables de l'incendie du prestigieux Institut d'Égypte, à proximité de la place Tahrir au Caire.

Fondé en 1798 par Napoléon Bonaparte, l'Institut abritait quelque 200 000 ouvrages, certains rarissimes, relatifs notamment à l'histoire du pays.

En Égypte, la peine de prison à vie se traduit par 25 années de détention. Les condamnés peuvent faire appel du verdict.

«Haine de la révolution»

«C'est un verdict (...) qui montre la haine personnelle du juge pour la révolution et ses militants», a déploré Mohamed, le frère de M. Douma.

Depuis la destitution de M. Morsi, 1400 manifestants islamistes ont été tués, des centaines condamnés à mort et environ 15 000 personnes emprisonnées.

Des dizaines de militants laïcs et de gauche sont également derrière les barreaux pour avoir enfreint une loi controversée limitant le droit de manifester. M. Douma a ainsi été condamné à trois ans de prison pour avoir organisé une manifestation illégale contre les autorités mises en place par M. Sissi.

Et lors d'une audience précédente du procès, le juge Chehata l'avait déjà condamné à trois ans de prison pour insulte au pouvoir judiciaire.

Ce juge a rendu certains des verdicts les plus sévères prononcés ces derniers mois. Lundi, il a confirmé la condamnation à mort de 183 islamistes pour avoir tué 13 policiers en août 2013 dans une banlieue du Caire.

C'est lui également qui avait condamné trois journalistes d'Al-Jazeera à des peines de sept à 10 ans de prison pour «diffusion de fausses informations» en soutien aux Frères musulmans de M. Morsi. Dimanche, l'un des condamnés, l'Australien Peter Greste, a été remis en liberté et expulsé sur décret présidentiel.

Défenseurs des droits de l'Homme dénoncent régulièrement une justice sélective.

En novembre, un tribunal a abandonné l'accusation de complicité de meurtre qui pesait contre M. Moubarak, jugé pour la mort de centaines de manifestants durant le soulèvement de 2011.

Et les deux fils de l'ancien Raïs, Alaa et Gamal, ont été remis en liberté récemment, en attendant leur nouveau jugement dans une affaire de corruption.

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