Le «tueur numéro 1» de l'apartheid sortira de prison

Eugene de Kock avait été condamné en 1996... (PHOTO WALTER DHLADHLA, ARCHIVES AFP)

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Eugene de Kock avait été condamné en 1996 à deux peines de perpétuité et 212 ans de prison pour 89 crimes et délits commis lorsqu'il était à la tête d'une unité antiterroriste de la police du régime raciste.

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Kristen VAN SCHIE
Agence France-Presse
PRETORIA

Eugene de Kock, le plus célèbre tueur de l'apartheid, coupable de kidnappings, tortures et assassinats d'opposants, va bientôt sortir de prison, le ministre sud-africain de la Justice lui ayant accordé vendredi la liberté conditionnelle après vingt ans derrière les barreaux.

«Dans l'intérêt de la réconciliation nationale, j'ai décidé de mettre M. de Kock en liberté conditionnelle», a déclaré le ministre Michael Masutha lors d'une conférence de presse à Pretoria.

Alors que les médias sud-africains s'interrogeaient sur l'opportunité de libérer, ou non, le «tueur numéro 1» de l'apartheid, M. Masutha a précisé que le président Jacob Zuma lui avait dit d'être «guidé par l'État de droit et la Constitution».

L'ancien colonel de la police Eugene de Kock, 66 ans, est donc un justiciable comme les autres. Même si les plaies des crimes du régime raciste de l'apartheid, qui a tout fait pour maintenir la minorité blanche au pouvoir en Afrique du Sud jusqu'au début des années 1990, ne sont pas refermées.

Eugene de Kock a été un prisonnier modèle pendant sa détention, coopérant avec les autorités pour retrouver les corps de ses victimes et demandant pardon aux familles.

«Il a payé sa dette à la société, et je crois qu'il est temps que l'Afrique du Sud commence à digérer son passé», a réagi l'avocat de l'ancien colonel, Julian Knight.

Les modalités de sa libération ne seront pas rendues publiques, à sa demande, a précisé le ministre.

Eugene de Kock avait été condamné en 1996 à deux peines de perpétuité et 212 ans de prison pour 89 crimes et délits commis lorsqu'il était à la tête d'une unité antiterroriste de la police du régime raciste.

La Commission-vérité et réconciliation (TRC), mise sur pied pour révéler et éventuellement pardonner les crimes de l'apartheid, lui a ensuite accordé l'amnistie pour une bonne partie de ses crimes, y compris deux attentats à la bombe et 12 meurtres de militants anti-apartheid.

«Assassin d'État»

Mais elle lui a refusé l'amnistie pour six meurtres, estimant que les victimes n'avaient pas de lien avec la guérilla anti-apartheid et qu'un mobile politique ne pouvait être invoqué.

Il est donc resté en prison, tandis que ses supérieurs - et notamment Frederik de Klerk, le dernier président de l'apartheid, prix Nobel de la paix - sont restés libres.

Tant pendant son procès que devant la TRC, Eugene de Kock, qui s'est lui-même qualifié d'«assassin d'État», avait longuement et froidement détaillé une multitude d'atrocités commises par son unité secrète du Vlakplaas - du nom d'une ferme proche de Pretoria - entre 1985 et 1993, n'omettant aucun détail.

«Je suis le seul membre de la police sud-africaine qui purge une peine pour des crimes que j'ai commis dans le cadre des tentatives du Parti national (au pouvoir de 1948 à 1994, NDLR) pour défendre l'apartheid et combattre les mouvements de libération», avait souligné Eugene de Kock dans sa demande de libération conditionnelle.

«Pas un seul des généraux précédents ou des ministres qui ont été au gouvernement jusqu'en 1990 n'a été poursuivi», a-t-il ajouté, notant qu'il n'aurait jamais commis ces crimes hors du contexte de l'époque, et surtout s'il n'avait pas reçu d'ordres.

Le ministre de la Justice Michael Masutha a parallèlement refusé, faute d'éléments suffisants, une demande de mise en liberté conditionnelle de Ferdinand Barnard, condamné il y a dix-sept ans à deux peines de perpétuité et 63 ans de prison pour avoir tué en 1989 l'anthropologue David Webster, un militant anti-apartheid.

Le ministre, qui s'occupe aussi des prisons, a également rejeté une demande de libération, pour raisons médicales (car il souffrirait d'un cancer du poumon), de l'ancien député conservateur Clive Derby-Lewis, condamné à perpétuité pour avoir participé à l'assassinat du leader du Parti communiste sud-africain Chris Hani.

Michael Masutha a estimé que le dossier médical n'était pas assez bien ficelé, regrettant en outre l'absence de remords de M. Derby-Lewis.

L'assassinat de Chris Hani, en avril 1993, avait failli plonger l'Afrique du Sud dans la guerre civile, un an avant les élections multiraciales qui ont formellement mis fin à l'apartheid en portant Nelson Mandela au pouvoir.

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