La pire attaque de Boko Haram

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Des centaines de personnes, «voire plus» selon Aministie, pourraient avoir péri pendant l'attaque de Baga (ci-dessus), de Doron Baga et des villages aux alentours, qui s'est étendue sur plusieurs jours.

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Phil HAZLEWOOD
Agence France-Presse
LAGOS, Nigeria

En six années d'insurrection, les islamistes de Boko Haram ont mené leur offensive la plus «destructrice» début janvier dans le nord-est du Nigeria, où ils ont commis «crimes de guerre» et «crimes contre l'humanité», dénonce jeudi Amnistie internationale.

Des images satellites des villes de Baga et Doron Baga (nord-est), sur les rives du lac Tchad, prises avant et après l'attaque lancée le 3 janvier par Boko Haram - et d'autres également publiées jeudi par Human Rights Watch (HRW) - montrent l'étendue des destructions dans les deux villes.



«L'une d'entre elles (a) presque été rayée de la carte en l'espace de quatre jours», explique Amnistie internationale dans un communiqué, précisant que «les meurtres délibérés de civils et la destruction de leurs biens par Boko Haram constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité et appellent une enquête en conséquence».

Des centaines de personnes, «voire plus» selon l'ONG, pourraient avoir péri pendant l'attaque de Baga - un grand carrefour commercial régional situé dans l'extrême nord-est du pays -, de Doron Baga et des villages aux alentours, qui s'est étendue sur plusieurs jours.

Kerry dénonce «un crime contre l'humanité»

Les massacres perpétrés récemment par Boko Haram au Nigeria sont «un crime contre l'humanité», a également jugé le secrétaire d'État américain John Kerry jeudi à Sofia.

«Le massacre récent est un crime contre l'humanité, et pas autre chose. C'est le massacre atroce d'innocents», a commenté le chef de la diplomatie américaine lors d'une conférence de presse.

L'armée nigériane, qui a tendance à minimiser les bilans de victimes, a affirmé cette semaine que 150 personnes avaient été tuées, qualifiant de «sensationnalistes» les estimations évoquant 2000 morts.

HRW estime de son côté impossible de donner un bilan précis pour l'instant, citant un habitant en fuite qui dit que «personne n'est resté sur place pour compter les morts».

Les photographies aériennes d'Amnistie, prises à Baga et à Doron Baga à cinq jours d'écart - la veille de l'attaque et quatre jours après - montrent de nombreuses habitations et commerces rasés.

Plus de 3700 bâtiments ont été endommagés ou détruits : 620 à Baga et 3100 à Doron Baga, selon un calcul d'Amnistie.

D'après HRW, la ville de Doron Baga, qui se trouve à 2,5 km à la sortie de Baga et abrite la base d'une force armée régionale, la Multinational Joint Task Force (MJTF), a été la plus durement touchée.

Au total, 16 localités ont été brûlées et 20 000 personnes ont dû fuir la région, ont indiqué des responsables locaux.

À lui seul, le Tchad voisin a accueilli 11 320 réfugiés nigérians en quelques jours, selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies, tandis que l'ONG Médecins sans frontières (MSF) a déclaré aider quelque 5000 survivants de l'attaque réfugiés à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, à quelque 200 kilomètres.

Pour Amnistie, cette attaque est «la plus grande et la plus destructrice» jamais perpétrée par le groupe armé depuis le début de sont insurrection en 2009, qui depuis a fait plus de 13 000 morts et 1,5 million de déplacés.

Une femme tuée en accouchant

Au fil des récits des survivants, de nouveaux détails émergent sur les atrocités des islamistes.

Un témoin cité par Amnistie, sous couvert d'anonymat, décrit une femme enceinte abattue en plein accouchement, en même temps que plusieurs jeunes enfants.

«La moitié du bébé (était) sortie et elle est morte dans cette position», raconte le témoin.

«Ils ont tué tellement de gens. J'ai peut-être vu 100 personnes tuées à un moment à Baga. J'ai couru dans la brousse. Alors que nous courions, ils mitraillaient et tuaient», décrit un quinquagénaire non identifié.

Une autre femme confirme : «Il y avait des cadavres partout où je regardais».

Ces témoignages corroborent les propos de responsables locaux, selon qui le nombre de victimes est extrêmement élevé, ainsi que de témoins contactés par l'AFP qui décrivaient des rues parsemées de cadavres en décomposition.

Un homme échappé de Baga après être resté caché trois jours avait ainsi déclaré avoir «marché sur des cadavres» sur cinq kilomètres, dans sa fuite à travers la brousse.

Des témoins ont aussi rapporté à Amnistie que 300 femmes avaient été enlevées. Détenues dans une école, les plus âgées, les mères et les enfants ont ensuite été libérées, mais les jeunes femmes seraient toujours captives.

L'attaque de Baga est survenue à un peu plus d'un mois des élections présidentielle et législatives prévues le 14 février, et s'inscrit dans une flambée de violence visiblement destinée à perturber la tenue du scrutin.

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