Gambie: tentative manquée de coup d'État

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Les assaillants «voulaient renverser le régime» de Yahya Jammeh, réélu en 2011 pour un quatrième mandat de cinq ans.

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Agence France-Presse
BISSAU

La Gambie a été secouée mardi par une tentative manquée de coup d'État contre le régime du président Yahya Jammeh, en visite à l'étranger, qui dirige depuis 20 ans d'une main de fer ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.

Le gouvernement n'a rien dit de l'attaque, qui a fait au moins trois morts, mais a tenu à assurer que «la paix et le calme règnent dans le pays».

Le palais présidentiel a été attaqué par des hommes en armes vers 3 h 00 (heure locale et GMT), alors que le président Jammeh, 49 ans, effectue depuis le week-end dernier une visite privée à Dubaï, aux Émirats arabes unis, selon une source gouvernementale.

Plusieurs sources ont évoqué un séjour privé en France mais une source proche du dossier à Paris a indiqué n'avoir aucune indication en ce sens.

Selon un officier gambien à Banjul, les forces loyales au président Jammeh ont tué trois des auteurs de l'assaut, dont leur chef présumé, un ancien militaire.

Les assaillants étaient «commandés par un ex-capitaine du nom de Lamin Sanneh, qui est un déserteur de l'armée». Trois d'entre eux «sont morts, dont l'ex-capitaine lui-même», a assuré à l'AFP cet officier.

De même source, un autre assaillant a été fait prisonnier et était interrogé mardi après-midi par l'Agence nationale du renseignement (NIA). «La police et l'armée contrôlent entièrement la situation», a ajouté ce responsable.

Un diplomate gambien a également fait état de trois assaillants tués, et de deux prisonniers. Selon lui, des membres de la garde présidentielle figuraient parmi les assaillants.

Via un communiqué laconique lu dans l'après-midi à la radio nationale, le gouvernement a affirmé que «contrairement aux rumeurs, la paix et le calme règnent dans le pays».

«Les populations sont invitées à vaquer à leurs activités normales. Nous prions pour que la paix et la tranquillité demeurent», a-t-il conclu.

Après une brève coupure à la suite de l'attaque, la radio et la télévision d'État diffusaient de la musique à la place de leurs programmes habituels.

Banjul, ville morte

Yahya Jammeh dirige depuis 20 ans la Gambie, pays anglophone de près de deux millions d'habitants, totalement enclavé dans le Sénégal à l'exception de sa façade maritime sur l'Atlantique.

Ancien militaire arrivé au pouvoir par un coup d'État sans effusion de sang en 1994, il a ensuite été élu et effectue depuis 2011 son quatrième mandat.

L'attaque de mardi a transformé Banjul en une ville morte placée sous haute surveillance de l'armée et de la police.

Certains soldats patrouillaient à pied, exhortant au calme et demandant aux gens de rester chez eux. Les boutiques, commerces, banques et services étaient fermés, très peu de voitures particulières circulant dans la ville.

Peu d'habitants osaient s'exprimer par crainte de représailles, particulièrement de la toute-puissante NIA, dans un pays régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense des droits de l'Homme.

Cette atmosphère dans la capitale contrastait mardi avec la liberté de ton manifestée sur les réseaux sociaux par des membres de la diaspora gambienne, qui ont rapidement donné l'identité du chef présumé de l'attaque.

Des habitants de la zone de Marina Parade, sur la corniche est de la capitale, où est située la résidence présidentielle, ont affirmé avoir été réveillés par des coups de feu, qui ont duré jusqu'en milieu de matinée.

«Des membres des forces armés ont été impliqués dans d'importants échanges de tirs aux alentours de 3 h 00. Ils voulaient renverser le régime», a rapidement reconnu une source militaire, alors qu'une source occidentale évoquait «une tentative de coup d'État».

L'opposant Sheikh Sidya Bayo a parlé sur une radio privée sénégalaise d'«un début de mutinerie qui s'est transformée» en tentative de prise du pouvoir.

La Gambie a connu plusieurs tentatives de putsch depuis que Yahya Jammeh a renversé en juillet 1994 le président Dawda Jawara, premier chef d'État de cette ex-colonie britannique indépendante depuis 1965.

Yahya Jammeh, militaire de carrière issu d'une famille paysanne de l'ouest du pays, cultive l'image d'un président musulman pratiquant.

Il s'illustre régulièrement par des déclarations fracassantes, comme il l'a fait récemment contre l'homosexualité, ou pour l'abandon de l'anglais au profit d'une langue locale qu'il n'a jamais précisée.

Il est régulièrement critiqué pour sa politique répressive envers la presse, l'opposition politique et les organisations de défense des droits de l'Homme.

La France a dit «suivre avec attention la situation». Condamnant la tentative de coup d'État, les États-Unis ont «appelé au calme» et conseillé à leurs ressortissants d'«éviter Banjul».

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